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JO 2030

Forêts rasées, montagnes bétonnées : la vraie carte des JO 2030 dans les Alpes

La carte des sites qui vont accueillir les JO d’hiver 2030 est enfin connue. Abattage d’arbres, constructions de villages olympiques, de télécabines : Reporterre fait le point avec une carte exclusive.

Villages olympiques, remontées mécaniques, parkings, neige artificielle... Des dizaines d’infrastructures vont être rénovées ou créées à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) d’hiver 2030 dans les Alpes françaises.

Reporterre a réalisé une carte dessinée pour illustrer ces projets et leurs conséquences néfastes, tant sociales qu’écologiques. Dans les jours qui viennent, cette carte va être imprimée sous forme de poster. Pour être informé de sa sortie et la commander sur notre boutique en ligne, inscrivez-vous ici.

© Vincent Sorel / Reporterre
  • L’environnement, « angle mort » du projet

Les organisateurs ont promis de faire des JO 2030 la compétition « la plus sobre de l’histoire », en utilisant 93 % des sites déjà existants ou en fabriquant des installations temporaires. Ils estiment que seulement 15 hectares vont être artificialisés et que l’ensemble de l’événement émettra entre 689 000 et 804 000 tonnes de CO2, l’équivalent des émissions de 80 000 Français.

Ces estimations sont-elles réalistes ? En mars 2025, les services de Matignon publiaient une note pointant l’absence de « durabilité » de l’événement. Celle-ci « constitue un angle mort du projet, qui n’a pas bénéficié des effets d’apprentissage des Jeux de Paris 2024  », résumaient les conseillers du Premier ministre, dans une note révélée par Médiacités.

Cette compétition, dont la carte des sites s’étale sur 40 000 km2, aura lieu dans un territoire fragile, qui se réchauffe deux fois plus vite que le reste du pays, où les glaciers disparaissent à une vitesse folle et où les éboulements engloutissent parfois des villages entiers. « La feuille de route environnementale des JOP 2030 ne peut être que le vernis d’une logique de développement des territoires qui ne tient pas compte des enjeux d’atténuation indispensables pour garantir l’habitabilité de notre planète », estime le Groupe régional d’expertise sur le climat Alpes-Auvergne

  • Des villages olympiques flambants neufs

Loger des milliers d’athlètes et leurs équipes : voici le plus gros chantier des JO 2030, pour lesquels quatre villages vont sortir de terre. À Briançon (Hautes-Alpes), les organisateurs ont jeté leur dévolu sur le fort des Têtes, un site classé à l’Unesco qu’il faudra entièrement rénover pour 67 millions d’euros, dont 60 % d’argent public. Les appels d’offres ont été lancés et les entreprises déjà choisies, au grand dam d’une partie de la population, qui a exprimé son mécontentement lors d’une réunion publique, le 18 juin.

Lire aussi : Dans les Alpes, le projet de village olympique avance à marche forcée

En Haute-Savoie, c’est le village de Saint-Jean-de-Sixt qui a été choisi pour accueillir 500 fondeurs et biathlètes. Ici encore, les habitants ont fait part de leurs inquiétudes, craignant des hausses d’impôts pour financer l’équipement, qui coûtera 51 millions d’euros. « Je ne peux pas garantir qu’il n’y aura pas d’augmentation d’impôts, mais ce n’est pas le but », avait précisé le maire de Saint-Jean-de-Sixt, Didier Lathuille, lors de la réunion publique du 6 novembre.

Le troisième village sera construit à Bozel (Savoie), au pied de la très chic station de Courchevel. Il pourrait accueillir 700 athlètes et coûter plus de 85 millions d’euros.

Le dernier village se situera à Lyon, qui a remplacé Nice pour accueillir les épreuves de glace — excepté le patinage de vitesse, organisé aux Pays-Bas faute d’infrastructure en France —, après de rocambolesques tergiversations. Le site définitif n’est pas encore déterminé et plusieurs lieux sont encore à l’étude pour trouver 1 650 lits.

Ces hébergements pour athlètes seront ensuite reconvertis en hôtels ou en logements permanents pour les habitants. Pour le moment, seul le programme de Briançon comporte un volet de logement social.

Les villages pour athlètes ne sont pas les seuls hébergements construits pour les Jeux. Il faudra aussi loger les équipes qui entourent les sportifs et tout le personnel des JO. Une partie ira à Brides-les-Bains (Savoie), où des travaux de rénovation du site de la Villa des Roses sont prévus, ainsi qu’au Grand-Bornand, où une résidence de tourisme exploitée par le groupe touristique MMV logera le personnel du comité d’organisation. À La Clusaz (Haute-Savoie), un pôle multifonctionnel sera construit pour accueillir les bénévoles, une salle de presse ainsi que des espaces de restauration, de bureaux et de stockage de matériel.

  • Des ascenseurs valléens pas toujours utiles

Pour desservir les sites de compétition, trois nouveaux ascenseurs valléens vont être construits. Il s’agit de remontées mécaniques reliant le bas de la vallée et les stations de ski, pensées à l’origine pour désengorger la circulation routière.

L’un reliera le village de Bozel et Courchevel, pour un coût global estimé à 110 millions d’euros. Les opposants estiment que ce projet ne répond absolument pas à l’objectif de relier efficacement le futur village olympique de Bozel aux sites des compétitions, car le trajet depuis la gare la plus proche n’est pas inclus dans la réflexion.

Le second ascenseur valléen sera construit à La Plagne pour relier le centre du village à la piste de bobsleigh. Un projet à 106 millions d’euros. Le dernier sera construit à Briançon, pour un montant de 26 millions d’euros.

  • Un héritage routier et ferroviaire ?

C’est l’une des promesses les plus alléchantes des Jeux olympiques : offrir un héritage routier et ferroviaire pérenne. Un engagement important pour les Hautes-Alpes, un territoire enclavé qui souffre depuis des années d’un manque d’investissement dans les transports. Plusieurs millions d’euros vont être engagés dans la rénovation de ronds-points, la sécurisation face aux chutes de blocs et glissements de terrain, la remise en état de la chaussée, ou encore l’agrandissement de routes. Sauf que certains travaux suscitent déjà des inquiétudes, comme dans le val d’Avance, où les agriculteurs craignent le bétonnage de leurs terres avec les travaux de remise à niveau de la route départementale D942.

Côté ferroviaire, 342 millions d’euros vont être investis pour rénover 120 km de voie ferrée, remplacer des aiguillages, moderniser la signalisation et réaménager six gares. De quoi permettre aux trains de relier Marseille à Briançon en 3 h 40, soit près d’une heure de moins qu’actuellement, et d’améliorer la circulation du train de nuit entre Briançon et Paris.

« L’investissement consenti sur le train n’est que la concentration budgétaire, sur trois années, de ce qui aurait été fait sur quinze ans. Il n’y a aucun financement magique dû aux JO », dénoncent les opposants du Comité d’alerte sur l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques. Le collectif redoute aussi « des surcoûts liés à la réduction drastique des délais. Cela accentue le risque de malfaçons, tout en décuplant le nombre d’interruptions totales de circulation des trains ».

Une ligne olympique réservée devrait permettre la circulation d’un bus à haut niveau de service entre Briançon et Le Monêtier-les-Bains, le dernier village de la vallée où pourront loger les spectateurs. Pour la réaliser, il faudra agrandir la route actuelle, donc empiéter sur des parcelles privées. « Nous voulons limiter cet impact au maximum, y compris sur le volet environnemental », a assuré Pierre Bossard, directeur des sites olympiques dans le Briançonnais, au Dauphiné libéré.

La Société de livraison des ouvrages olympiques, chargée de construire les infrastructures liées aux JO, promet qu’aucune maison ne sera détruite, mais le tracé définitif n’est pas encore connu. Face à ce flou, les habitants s’inquiètent, comme le montrent les avis de la concertation publique : « gabegie financière », « saccage de la biodiversité », « projet mal étudié »...

  • Des nouvelles pistes de ski

Qui dit JO d’hiver dit pistes de ski. On pourrait croire les stations des Alpes largement équipées, mais les organisateurs prévoient quand même l’agrandissement de certaines pistes et la rénovation d’infrastructures. À Montgenèvre (Hautes-Alpes), 3 hectares d’arbres sont menacés par les futures pistes de snowboardcross et de skicross, comme l’a révélé Le Monde. Dans cette station frontalière avec l’Italie, il est également prévu de remplacer un télésiège, de construire un chalet de chronométrage et de moderniser le système de production de neige artificielle. Le tout pour un coût de 16 millions d’euros.

Plus au nord, la piste de bobsleigh de La Plagne, construite pour les JO d’Albertville en 1992, doit être rénovée pour 30 millions d’euros. Un budget conséquent pour un sport qui ne rassemble qu’une centaine de licenciés en France.

À Courchevel, les tremplins de saut à ski du Praz, également édifiés pour les Jeux d’Albertville, doivent être rénovés pour 60 à 70 millions d’euros, selon Le Dauphiné libéré. Un nouveau bâtiment de 3 000 m2 comprenant des vestiaires, des cabines de fartage et des salles de réunion va être construit. Le funiculaire permettant de se rendre au sommet des tremplins sera démonté et remplacé. Toujours dans cette station prisée des milliardaires, la piste de l’Eclipse va être réaménagée, avec notamment la création d’un tunnel de traversée et d’une piste de liaison.

  • Des canons à neige à foison

Pour recouvrir toutes ces pistes d’or blanc, il va falloir fabriquer de la neige. Car, même si les flocons naturels sont au rendez-vous — ce qui est loin d’être acquis — ils seront inutiles, puisque la neige naturelle est grattée pour faire place à de la neige artificielle, afin d’assurer aux sportifs les mêmes conditions de descente.

« La neige artificielle garantit la qualité et la cohérence des pistes » et « des conditions de compétition sûres, équitables et cohérentes pour les athlètes », expliquait le comité d’organisation à Libération. Au total, 1,6 million de m3 de neige ont été produits pour ces Jeux italiens. Un fardeau écologique qui demande de l’eau, de l’énergie et qui coûte cher. En Italie, plus de 3 millions d’euros ont été dépensés selon les calculs du Monde.

  • Une surveillance tous azimuts

La loi prévoit de prolonger l’expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique, testée pendant les JOP de Paris 2024. Pourtant, un rapport du comité d’évaluation a émis des doutes sur l’efficacité du dispositif. Il ressort de ce document, consulté par Le Monde et Franceinfo, que « le recours aux traitements algorithmiques mis en place dans le cadre de l’expérimentation s’est traduit par des performances techniques inégales ».

Par exemple, le logiciel a eu du mal à comptabiliser un nombre d’individus trop resserrés. Il peut aussi confondre des sans-abri avec des objets abandonnés. Sur simple décision administrative du ministère de l’Intérieur, le texte prévoit également des interdictions individuelles de paraître près des sites des Jeux, selon des critères flous.

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