JO 2030 : rénover la piste de bobsleigh, une opération coûteuse et inutile ?
L'équipe de France de bobsleigh aux Championnats du monde de bobsleigh et de skeleton 2021, en Allemagne. (Photo d'illustration) - Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0/Sandro Halank
L'équipe de France de bobsleigh aux Championnats du monde de bobsleigh et de skeleton 2021, en Allemagne. (Photo d'illustration) - Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0/Sandro Halank
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L’unique piste de bobsleigh de France, en Savoie, doit être rénovée pour les JO 2030. Celle-ci, située sur un site Seveso, n’a pourtant jamais été rentable et ne bénéficie qu’à une minorité.
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C’est un long couloir glacé où des luges dévalent la pente jusqu’à 120 km/h. Une vingtaine de virages qui zigzaguent à travers la montagne de La Plagne, en Savoie. L’unique piste de bobsleigh du territoire français, inaugurée en 1991 pour les Jeux olympiques (JO) d’hiver de 1992 à Albertville, devrait accueillir les épreuves des JO d’hiver 2030. Une infrastructure « impressionnante », selon la ministre des Sports Marie Barsacq, qui l’a visitée en avril dernier. « [...] Réutiliser les anciens sites, presque dans le même état, c’est un symbole extrêmement fort », affirmait-elle dans Le Dauphiné libéré.
Malgré l’enthousiasme de la ministre, il va falloir entreprendre d’importants travaux avant que les athlètes olympiques puissent faire de la luge. Isolation thermique, changement des bâches, agrandissement des bâtiments d’accueil... Le cahier des charges n’est pas encore bouclé. « Nous sommes dans une phase de diagnostic et d’études préalables », explique Bruno Thomas, le directeur de la piste.
Combien cette rénovation coûtera-t-elle ? Les opposants aux JO 2030 s’inquiètent de voir à nouveau de l’argent public dépensé dans une infrastructure qui ne sert qu’à une minorité. Le nombre de personnes licenciées pratiquant le bobsleigh n’a jamais dépassé 100 personnes. Et le nombre de touristes utilisant la piste chaque année s’élève à 15 000 individus. « Les orientations budgétaires vont à l’inverse de ce vers quoi elles devraient être orientées, comme la transition écologique », dénonce Delphine Larat, juriste et membre du Collectif citoyen JOP 2030.
Lors d’une visite du site en décembre 2023, Laurent Wauquiez, alors président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, avait donné une première estimation du montant des travaux. « Nous ne dépasserons pas les 10 ou 15 millions d’euros pour la mettre aux normes », avait-il déclaré au Parisien. Deux ans plus tard, c’est toujours le grand flou financier. « Aucun budget n’a été finalisé », précise Bruno Thomas.
« Cela montre bien que Laurent Wauquiez donne des chiffres à la louche. Il a peut-être confondu avec une facture de restaurant », ironise Éric Adamkiewicz, chercheur en économie du sport et développement territorial. Il connaît bien l’histoire de la piste de bobsleigh. En 1991, à la demande du secrétariat d’État de la Jeunesse et des Sports, il a publié une étude proposant diverses solutions d’aménagement du site post-olympique.
Il assure que l’équipement est déficitaire depuis sa construction et continue de l’être. « Ces déficits sont portés par les collectivités. Or, les organisateurs des Jeux vont présenter cet équipement comme économique parce qu’on n’aura pas besoin de le construire. Mais ils oublient toutes ces subventions publiques qui ont été versées depuis des années pour combler ses déficits de fonctionnement », poursuit-il.
De la luge sur un site Seveso
Pour comprendre l’origine de la dette, il faut se plonger dans l’histoire. Le terrain choisi pour la construction de cette piste à l’occasion des JO d’Albertville en 1992 était trop instable.
« Il a fallu buser deux torrents de montagne dans une zone d’éboulis. On avait une faille sismique à la verticale. Il a fallu créer un système antisismique et antisecousses pour assurer la sécurité de la piste », se rappelle Éric Adamkiewicz auprès de France Inter. Résultat : une facture finale de 232,8 millions de francs au lieu des 70 millions prévus au départ. Même les coûts révisés ont dû être augmentés de 30,8 %, a dénoncé un rapport sénatorial des années 1990.
Une fois la piste inaugurée, les ennuis n’étaient pas terminés. Les experts désignés par l’État estimaient que le site était « mal adapté », selon un article du Monde.
Durant la compétition, les mouvements de foule auraient pu provoquer des fissures dans les canalisations qui contenaient 45 tonnes d’ammoniac — un produit hautement toxique utilisé à l’époque pour refroidir la piste. Le site était d’ailleurs classé Seveso, présentant des risques majeurs. Il a fallu attendre 2006 pour que ce produit soit remplacé par un mélange d’eau et d’antigel. Montant de la facture : 4 à 5 millions d’euros, financés par la communauté de communes, le conseil général, l’État et la région.
Des impôts pour servir une minorité
Bien avant cette rénovation, les coûts de fonctionnement ont toujours été élevés : 4 millions de francs par an en 1992, rappellent Les Échos. Tout le monde devait mettre au pot pour éponger les dettes.
Depuis, les activités touristiques visent à rééquilibrer les comptes. Les amateurs peuvent choisir entre le bob raft (assis) à 57 euros, la speed luge (semi-couché) à 137 euros, le bob racing (dans des conditions comparables à la compétition) à 149 euros. L’hiver dernier, 12 5000 personnes ont dévalé ces boyaux glacés, contre 14 000 visiteurs en 2023-2024. Le site accueille également une vingtaine d’équipes sportives internationales pour l’entraînement, soit 500 à 600 athlètes par saison.
Des prestations qui rapportent 1,1 million d’euros par an, selon Bruno Thomas, le directeur de la piste. Insuffisant pour faire face aux coûts de fonctionnement qui s’élèvent à 1,2 million d’euros. Pour combler le déficit, le département et le propriétaire de la piste, le Syndicat intercommunal de La Grande Plagne, doivent mettre la main au portefeuille.
« La piste en elle-même n’est jamais bénéficiaire »
« Ce sont des impôts locaux qui ne servent à une minorité », s’indigne Éric Adamkiewicz. Bruno Thomas, lui, met en avant le tournant écologique que permettront les futurs travaux des JO : « Décarbonner la piste, optimiser sa consommation d’énergie pour la rendre plus vertueuse. »
Ils seront financés par la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) et le Syndicat intercommunal de La Grande Plagne. « Les subventions ne sont pas dépensées à perte. C’est un outil qui génère de l’activité économique, des emplois et participe au rayonnement d’un territoire », assure Bruno Thomas. Une affirmation qui laisse Éric Adamkiewicz assez dubitatif : « Dans tous les cas, il n’y a pas de retour sur investissement, la piste en elle-même n’est jamais bénéficiaire. »
Alors que la dette publique s’envole, et que l’État cherche à faire des économies, les investissements qui seront faits dans cette piste de bobsleigh ne feront qu’alourdir la facture des JO d’hiver 2030, un véritable gouffre financier en pleine austérité.