Combien coûteront les JO d’hiver dans votre région ? Les chiffres en exclusivité
Le tremplin de saut à ski de Courchevel, qui accueillera les compétitions des JO d'hiver de 2030, ici le 2 décembre 2025. - © Arnaud Finistre / AFP
Le tremplin de saut à ski de Courchevel, qui accueillera les compétitions des JO d'hiver de 2030, ici le 2 décembre 2025. - © Arnaud Finistre / AFP
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Reporterre s’est procuré en exclusivité le coût des infrastructures qui seront construites ou rénovées pour les JO 2030 dans les Alpes. Pistes de ski, villages olympiques... Découvrez comment sera réparti l’argent public.
297 millions d’euros pour le village olympique de Briançon. 149 millions d’euros pour le complexe olympique de Nice. 78 millions d’euros pour le village olympique de Bozel... On sait enfin combien coûteront les infrastructures qui seront construites ou rénovées pour les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) d’hiver 2030 dans les Alpes. Jusqu’à présent, seules quelques estimations assez vagues avaient fuité dans la presse.
Ces chiffres inédits que Reporterre s’est procurés sont réclamés depuis des mois par les opposants aux JOP. Ils ont été obtenus grâce à un recours au tribunal administratif de Marseille mené par le Collectif citoyen JOP 2030. La Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), organisme chargé de l’aménagement des infrastructures nécessaires aux Jeux, a été contrainte de livrer ce document, appelé schéma préférentiel des ouvrages, qui liste une quarantaine de sites entre la Savoie, la Haute-Savoie, le Briançonnais et Nice. Le tout pour un montant total de 1,4 milliard d’euros.
Cela représente près d’un tiers du coût total de ces Jeux 2030, estimé au moins à 3,5 milliards d’euros, puisqu’aux coûts des infrastructures s’additionne le budget d’organisation (2,1 milliards d’euros) du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop).
Reporterre a épluché dans le détail le budget dédié aux infrastructures.
• Les 4 villages olympiques, le gros du budget
Au total, quatre villages olympiques sont prévus : celui de Saint-Jean-de-Sixt en Haute-Savoie (51,84 millions d’euros), celui de Bozel en Savoie (78,50 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 7 millions d’euros pour aménager une ligne électrique de RTE), celui de Nice dans les Alpes-Maritimes (86,62 millions d’euros) et le village olympique de Briançon dans les Hautes-Alpes, le plus onéreux, avec un budget total de 296,58 millions d’euros. Soit quasiment trois fois plus cher que les premières estimations.
Ce prix inclut la construction du village (202 millions d’euros), la réhabilitation de l’usine de la Schappe (68 millions d’euros) et diverses infrastructures, notamment un ascenseur valléen (26,6 millions d’euros) nécessaire pour monter jusqu’en haut du fort Vauban où seront logés les athlètes, perchés à 1 440 mètres d’altitude.
• Les ascenseurs valléens, des résultats mitigés
Plusieurs projets d’ascenseurs valléens sont également intégrés dans le budget dédié aux infrastructures. Celui de Bozel, qui servira à rejoindre Courchevel, coûtera 74,80 millions d’euros, soit presque trois fois plus que les premières estimations à 25 millions d’euros.
Celui d’Aime-la-Plagne et La-Plagne-Tarentaise est estimé à 101,90 millions d’euros. À noter que les aménagements annexes, comme la gare de départ du téléphérique ainsi qu’un parking de 1 000 places, sont comptabilisés séparément, pour un montant de 22,18 millions d’euros.
À l’origine, ces funiculaires ont été imaginés pour désengorger les petites routes de montagne et réduire le trafic vers les stations de ski. Une intention louable avec des résultats mitigés, comme le montre l’ascenseur valléen des Arcs (Savoie), mis en service en 1989. Malgré une fréquentation de 600 000 passages par an, cette infrastructure reste largement concurrencée par la voiture, comme l’explique le site spécialisé Altitude News.
• Les autres infrastructures sportives
Les patinoires de Nice :
Le budget de la Solideo comprend également des infrastructures sportives, notamment les patinoires de Nice, considérées comme un « caprice de riches » par le député Frédéric Maillot (groupe Gauche démocrate et républicaine), rapporteur pour avis du budget sports 2026.
Deux patinoires sont prévues pour les JOP d’hiver, afin d’accueillir les épreuves de short-track, de curling, de patinage artistique et de hockey sur glace. L’une sera installée dans le stade Allianz Riviera, et une autre sera construite à l’extérieur de celui-ci. En août, le coût de la patinoire extérieure était estimé à 138 millions d’euros, selon l’avis d’appel public à la concurrence publié par la Solideo. À quoi il faut ajouter la facture relative à l’aménagement de l’Allianz Riviera pour 80 millions d’euros. Soit un total de 218 millions d’euros selon les calculs du Monde. Or, le document dévoilé par Reporterre est plus vague. Il est question d’un « complexe omnisport olympique » d’un montant de 148 millions d’euros, auquel s’ajoutent 37,21 millions d’euros pour les « aléas ». Sans détailler le montant précis des deux patinoires. Interrogée par Reporterre, la Solideo n’a pas répondu à nos questions.
« Le rapport du député [Frédéric Maillot] expliquait déjà qu’il y avait une différence entre les montants, car les périmètres ne sont pas toujours les mêmes, explique à Reporterre Jean-Christophe Picard, conseiller municipal à Nice (Les Écologistes). J’ai bombardé Christian Estrosi [maire de Nice] de questions. Il m’a simplement dit que la ville subventionnerait la patinoire à hauteur de 20 %, sans parler de la couverture du stade de foot. Quant à la Métropole, ils ne veulent pas donner le montant des subventions. Il y a une véritable opacité. Je pense que nous n’aurons rien avant les élections municipales [de mars 2026]. »
Le tremplin de saut à ski de Courchevel :
Autre facture, la rénovation du tremplin de saut à ski de Courchevel pour un budget de 43,60 millions d’euros, et la rénovation de la piste de l’Éclipse, dans la même station, qui s’élève à 2,53 millions d’euros.
Pourtant, cette piste de ski est récente. Elle a été créée à l’occasion des Championnats du monde de ski alpin de 2023 pour un montant de 21 millions d’euros. Une retenue collinaire avait également été construite afin d’alimenter les canons à neige assurant son enneigement.
La piste de bobsleigh de La Plagne :
Enfin, la rénovation de la piste de bobsleigh de La Plagne, en Savoie, coûtera 43,02 millions d’euros. En 2023, Laurent Wauquiez, alors président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, avait pourtant assuré qu’elle ne dépasserait pas les 10 ou 15 millions d’euros.
Une opacité dénoncée
Le coût total de ces infrastructures atteint un montant total de 1,4 milliard d’euros, dont 587 millions de financements publics, répartis entre l’État et les deux régions organisatrices : Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Sollicitées par Reporterre, les deux régions n’avaient pas répondu au moment de la publication de cet article.
Et le mystère persiste sur le montant précis qu’elles devront débourser. « Nous n’avons aucun détail sur qui va payer quoi. C’est le flou artistique », explique à Reporterre Claudie Ternoy-Léger, conseillère régionale Les Écologistes en Auvergne-Rhône-Alpes.
Lors du vote du budget 2026 fin décembre, aucune information précise n’a été délivrée à ce sujet. « L’exécutif de la région nous a dit qu’il n’avait pas d’informations et qu’il nous les transmettrait quand il les aura », poursuit-elle.
Pourtant, selon les documents dévoilés par Reporterre, tout était prêt début décembre. « Cela pose un problème démocratique. En tant qu’élus, nous ne sommes pas en mesure de prendre des décisions sur le budget sans éléments financiers précis [sur le montant des JOP] », poursuit Claudie Ternoy-Léger.
L’opacité dans laquelle s’organise cet événement sportif est dénoncée de longue date par le Collectif citoyen JOP 2030. En novembre, ses membres ont été reçus par le comité du respect de la Convention d’Aarhus. Un texte ratifié par la France en 2002 qui impose aux États l’obligation d’informer ses citoyennes et citoyennes dans les décisions en matière d’environnement.
Au vu du coût élevé des Jeux, ses organisateurs devront saisir la Commission nationale du débat public (CNDP), une institution publique qui veille au respect du droit à la participation du public dans l’élaboration des projets ayant un impact sur l’environnement, assure à Reporterre Delphine Larat, juriste et cofondatrice du collectif : « Si on additionne le montant de tous les projets, nous sommes au-dessus du seuil de saisine obligatoire de la CNPD qui est de 460 millions d’euros. »
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