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ReportageJO 2030

Village des JO 2030 : « Avec des délais aussi serrés, on court vers des malfaçons »

Le budget des travaux prévus à Briançon est de 133 millions d'euros, dont 71 millions d'argent public.

Les projets liés au village olympique des JO 2030 continuent d’inquiéter à Briançon. Les organisateurs ont présenté un plan déjà trop bien ficelé pour faire marche arrière, craignent les opposants.

Briançon (Hautes-Alpes), reportage

Un public hostile pour un projet olympique controversé. Mercredi 17 juin, près de 220 personnes sont venues assister à la première réunion de concertation sur la transformation du fort des Têtes de Briançon (Hautes-Alpes) en village olympique pour les Jeux olympiques d’hiver 2030, organisés dans les Alpes françaises.

La salle de cinéma du Cosmo était pleine à craquer et n’a pas pu accueillir toute une foule avide de détails sur ce projet. Une partie de la population s’inquiète du coût des travaux — dont la moitié sera payée par de l’argent public —, des délais pour les réaliser et de leurs conséquences sur le patrimoine. À l’intérieur, Arnaud Murgia, le maire divers droite de la ville, était accompagné par l’équipe de la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), l’établissement public chargé de construire les infrastructures liées aux Jeux.

Sans se départir de leur calme, ils ont détaillé les trois infrastructures prévues à Briançon. La plus controversée est le village olympique, qui devra loger entre 900 et 1 200 athlètes au sein d’un fort Vauban du XVIIIe siècle, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, sur les hauteurs de la ville. Après la compétition, l’ensemble deviendrait un nouveau quartier comprenant une centaine de logements — dont 72 en accession sociale à la propriété — ainsi que des commerces, un hôtel et sans doute un théâtre. « Je suis extrêmement heureux qu’on puisse sauver cet élément absolument incontournable de notre patrimoine et de le valoriser aux yeux du monde entier », s’est réjoui Arnaud Murgia.

La rénovation du fort, à l’abandon depuis le départ de l’armée fin 2008, coûterait cher. « Il faut 40 à 50 millions d’euros pour le restaurer », détaille Nicolas Laurent-Brouty, directeur de la maîtrise d’ouvrage de la Solideo.

« Un vieux rêve » du maire

Pour accéder à ce futur quartier fortifié, perché à 1 400 m d’altitude, il faudra construire un nouveau téléphérique depuis le bord de la Durance, qui coule dans la partie basse de la ville. Il montera d’abord les passagers dans le centre historique, avant de finir au fort. « C’est un vieux rêve que de relier la ville historique et la ville basse avec un projet de transport par câble », assure Arnaud Murgia.

À côté de la gare de départ, l’ancienne usine textile de la Schappe, aujourd’hui à l’abandon après un incendie, sera réhabilitée pour en faire une centaine de logements, qui pourront héberger les forces de police et d’autres membres du personnel des JO avant d’être vendus comme appartements haut de gamme. L’ensemble comprendra également 1 000 m2 d’espaces commerciaux.

Les entreprises en charge de ces trois projets ont déjà été choisies. Il s’agit du groupement mené par le promoteur Linkcity, une filiale de Bouygues Construction, pour le fort des Têtes, et d’Icade Promotion pour la Schappe.

Le budget total pour ces travaux est estimé à 133 millions d’euros. Un chiffre plus de deux fois inférieur aux 296,58 millions d’euros prévus dans le premier schéma préférentiel des ouvrages, dont Reporterre avait dévoilé les chiffres en janvier. Cette baisse est liée à un projet moins ambitieux que ce qui était initialement prévu.

Sur ces 133 millions, 71 millions seront financés par de l’argent public, dont 80% par l’État et la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Pour les 20 % restants, les collectivités locales devront mettre la main au portefeuille. Quelle sera la facture pour la ville de Briançon ? Le maire n’a pas souhaité répondre pour le moment. « J’ai écrit ce matin au conseil municipal pour présenter le détail du financement afin d’avoir un débat qui fera l’objet d’un vote et d’une délibération », a-t-il déclaré.

Un projet trop avancé pour reculer ?

Des entreprises déjà lancées, des dessins d’architectes très aboutis, des budgets provisionnés : le rêve olympique briançonnais semble bien engagé, voire déjà trop bien ficelé, selon les personnes présentes dans la salle. « Ce qui est proposé est tellement avancé que j’ai du mal à croire qu’une marche arrière soit possible. Je trouve dommage de se voir imposer un certain nombre de projets sans que la population ait pu donner un avis avant », a expliqué un participant. « Vous n’avez jamais posé la question franchement aux gens de Briançon : veulent-ils ce village olympique ? » s’est insurgée une femme lors de la séance de questions.

« Rien n’est encore ficelé. Cela dépendra des retours de la concertation », promet Nicolas Laurent-Brouty. Il a par ailleurs expliqué que cette concertation n’était pas une obligation légale, avant de se faire huer par le public. « Je comprends qu’il y ait beaucoup de questions et il y a beaucoup de supports où vous pouvez faire vos remarques. On s’engage à y répondre », assure Damien Robert, le directeur général exécutif de la Solideo.

« Avec des délais aussi serrés, on court vers des malfaçons »

Les habitants peuvent déposer leur avis sur un registre à la mairie, ou sur le site de la concertation jusqu’au 26 juin. Et les premières remarques s’avèrent dans leur majorité assez négatives : « Hypocrisie, mascarade, déni de démocratie », « la folie des grandeurs »... Même les personnes qui pourraient être favorables s’inquiètent du délai pour réaliser ces travaux colossaux. « Je suis un ancien ingénieur qui a participé aux JO d’Albertville et de Grenoble [en 1992 et 1968]. Ici, avec des délais aussi serrés, on court vers des malfaçons, des travaux supplémentaires et des contentieux », s’inquiète un participant à la réunion.

« Le temps est un vrai sujet, mais nous allons construire beaucoup moins de choses que pour les autres Jeux. C’est la candidature la plus sobre de l’histoire », assure Damien Robert. L’hostilité de nombreuses personnes dans la salle ne l’a pas étonné. « Cela fait vingt ans que je fais de l’aménagement urbain. Dans toutes les réunions publiques, les gens qui viennent sont souvent les plus critiques. Leur virulence ne m’inquiète pas ».

Une solution alternative tombée à l’eau

Pour faire passer la pilule, le maire et l’équipe de la Solideo insistent sur l’héritage positif des Jeux, notamment sur la création de nouveaux logements dans une ville qui en manque cruellement. Avec la hausse des prix de l’immobilier, les locaux peinent à se loger et Briançon perd chaque année des habitants.

« Le besoin de nouveaux logements est fort, mais nous venons d’adopter un PLU [plan local d’urbanisme] qui applique la politique du zéro artificialisation nette et nous avons divisé par deux le nombre de terrains constructibles. Il faut donc réhabiliter des espaces déjà construits. Et une partie du fort des Têtes sera réservée à l’accession sociale à la propriété pour que nos enfants puissent acheter là-bas », assure Arnaud Murgia.

Sauf qu’avant que des familles modestes puissent emménager, il va falloir entreprendre des travaux titanesques : construire une route carrossable pour s’y rendre, faire monter les réseaux d’eau et d’électricité, rénover les anciennes cellules des soldats... « Vous êtes sur un planning serré, à la merci d’aléas climatiques, juridiques ou autre. Avez-vous un plan B ? », a demandé Stéphane Faure-Brac, membre de l’association Comité d’alerte sur les JOP 2030. « Le plan B est le plan A. Si on vous présente ce projet, c’est qu’il est faisable », promet Élie Patrigeon, le directeur impact, héritage et durabilité de la Solideo.

Pourtant les opposants avaient en tête une alternative : l’ancien sanatorium Rhône Azur, situé dans la partie haute de Briançon. Mais pour le maire, cette option n’était pas envisageable : « Rhône Azur, ce n’était pas gratuit. Refaire les réseaux aurait coûté 1,4 million d’euros ». Le site a de toute façon déjà été vendu au promoteur immobilier Cogedim, qui va le rénover afin d’y construire 350 logements.

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