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Guerres et Armées

« 45 °C sous les tentes » : Israël restreint l’accès des Palestiniens à l’eau et à la fraîcheur en pleine canicule

Un homme transporte de l'eau dans le camp de réfugiés de Nousseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 11 juin 2026.

Alors que la bande de Gaza suffoque sous une chaleur de plomb, Israël empêche les Palestiniens de se rafraîchir. Humanitaires et experts dénoncent un « apartheid environnemental », qui vise à rendre la Palestine invivable.

Beyrouth (correspondance)

À Gaza, les Palestiniens étouffent. Sous les tentes, dans une humidité totale, impossible de se rafraîchir, ou même de trouver de l’ombre face au soleil brûlant. Tout a été détruit, arbres et maisons, et il fait 30 °C dès 9 heures. « L’été était notre saison préférée, il est devenu un enfer », écrit, sur le site d’Al Jazeera Qasem Waleed, un commentateur gazaoui, qui témoigne des solutions faites de bric et de broc pour se soulager.

À Ramallah aussi, en Cisjordanie occupée, les températures sont supérieures de 4 °C aux normales, selon l’institut météorologique palestinien. Encerclés par 700 checkpoints, les Palestiniens n’y ont plus accès à la mer et cuisent sous une chape de plomb imposée par l’occupation israélienne.

Maladies et épuisement

Ces conditions difficiles sont vécues par les équipes médicales présentes dans l’enclave, dont celles de Médecins sans frontières (MSF) à Gaza. « La plupart des membres du personnel vivent dans des tentes ou des bâtiments insalubres dépourvus de ventilation, et font état de températures atteignant 45 °C à l’intérieur des tentes », rapporte Prue Coackley, cheffe de mission adjointe de MSF Belgique, depuis Amman (Jordanie). « Cela rend le sommeil difficile, provoque un épuisement physique et une tension psychologique. Les gens deviennent irritables et les esprits s’échauffent, menant à des tensions sociales », ajoute-t-elle.

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La travailleuse humanitaire s’inquiète surtout des conséquences de santé publique à long terme : rats, insectes, déchets, pollution de l’air, irritations de la peau, malaises, déshydratation. La chaleur extrême « pourrait être corrélée à une surmortalité, surtout chez les personnes âgées et les enfants en bas âge », dit-elle, même si le nombre de morts liées à ces conditions reste difficile à estimer.

Or, avec un réchauffement climatique estimé à 2 °C à Gaza d’ici à 2055 par la Banque mondiale, « les conditions vont devenir plus extrêmes en été comme en hiver, et mener à une baisse de l’immunité à long terme », s’inquiète-t-elle, réclamant l’entrée de l’aide humanitaire sans blocage pour soulager ces maux.

« Cette tactique participe au crime de génocide »

Israël ne laisse entrer qu’un tiers des convois d’aide humanitaire promis par l’accord de cessez-le-feu signé en octobre 2025, empêche la reconstruction de l’enclave en interdisant l’entrée de matériel de construction et bloque l’entrée de carburants. Pour Omar Sharkir, directeur exécutif de l’organisation de défense des droits humains Democracy for the Arab world now, « cette tactique empêche les Gazaouis de se protéger de la chaleur extrême et participe au crime de génocide, en rendant l’enclave invivable ».

En même temps, les bombardements et tirs continuent, alors qu’Israël occupe entre 50 et 70 % de la bande de Gaza : depuis le début de ce « cessez-le-feu » de 275 jours, l’armée israélienne a fait 1 122 morts et 3 599 blessés parmi les Palestiniens, faisant grimper le bilan de cette « guerre génocidaire » à plus de 73 000 morts depuis le 7 octobre 2023, d’après le ministère de la Santé de Gaza, dont les chiffres font consensus.

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Or, « alors que les problèmes immédiats et visibles (démolitions, frappes aériennes) retiennent l’attention, les conséquences climatiques sont progressives, mais leur effet cumulatif est cataclysmique », estime Omar Sharkir. Pour lui, le génocide continue ainsi de manière lente et moins visible.

Écocide continu depuis un siècle

Ces effets ne se font pas ressentir seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie occupée et pour les citoyens palestiniens d’Israël. Interdiction de rénovation et de construction de puits, entassement démographique, accaparement des terres, interdiction de se rendre à la mer ou dans des parcs naturels : des chercheurs dénoncent un « apartheid environnemental et climatique ». Les Israéliens bénéficient par exemple de 165 litres d’eau par jour, selon l’Unicef, contre 73 litres en Cisjordanie, d’après Amnesty International, et 6 litres à Gaza.

« L’expression “apartheid climatique” rend, certes, compte du fait que les Palestiniens sont privés des mêmes capacités d’adaptation au changement climatique que les Israéliens, mais la question doit aussi porter sur l’utilisation de cette privation comme arme à des fins de colonisation et de nettoyage ethnique », dénonce Gabriella Neubert, chercheuse et porte-parole du Groupe arabe pour la protection de la nature.

Pour cette organisation, la tactique n’est pas récente, mais s’inscrit dans un « écocide » continu depuis la colonisation britannique, au début du XXe siècle. « Après la privatisation et l’exploitation des terres sous le mandat britannique [1920-1948], c’est l’occupation israélienne [depuis 1948] qui a provoqué un véritable effondrement écologique », explique Gabriella Neubert. Face à la destruction, la seule voie possible reste, selon elle, le « soumoud » : la résistance active des Palestiniens contre l’effacement.

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