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Monde

Réouverture du détroit d’Ormuz : un accord où le pétrole est roi

Des navires dans le détroit d'Ormuz, le 18 juin 2026.

Le pétrole est au cœur du protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran pour « ramener la paix » au Moyen-Orient. Un retour au statu quo, qui consacre encore les énergies fossiles plutôt que le développement des renouvelables.

Beyrouth (Liban), correspondance

Le pétrole va couler à flots. C’est ce qu’a affirmé le président étasunien Donald Trump le 15 juin, quand il vantait l’accord-cadre négocié avec l’Iran au bout de plus de trois mois de guerre.

Présenté comme la première étape vers une paix durable au Moyen-Orient, ce texte doit encore être décliné en mesures concrètes. Or les discussions prévues vendredi 19 juin en Suisse pour en préciser les modalités ont été reportées sine die. Des navires ont cependant pu franchir le détroit d’Ormuz pour la première fois depuis plus de deux mois. L’accord entre l’Iran et les États-Unis semble donc tenir malgré la poursuite de l’offensive israélienne au Liban, qui a fait 25 morts libanais dans la nuit du 18 au 19 juin alors que 5 soldats israéliens ont été tués par le Hezbollah.

Les questions les plus sensibles — programme nucléaire iranien, levée des sanctions et garanties de sécurité — restent donc en suspens. Une chose, toutefois, apparaît déjà clairement : l’or noir est au cœur du rapprochement engagé entre Washington et Téhéran.

Un accord pour l’économie, pas les civils

« Les accords diplomatiques sont indissociables des ententes économiques. Le pétrole est un outil stratégique pour les États-Unis, qui ne sont pas motivés par le sort des civils en Iran et au Liban mais bien par l’inflation et les élections de mi-mandat », analyse Layal Mansour, chercheuse et enseignante en crises économiques au Koweït.

La réouverture du détroit d’Ormuz, fermé pendant plus de deux mois par l’Iran aux navires de ses pays ennemis, doit permettre de retrouver le flux de 20 % du pétrole mondial — un soulagement pour l’économie planétaire et les électeurs étasuniens, mécontents des effets de la guerre sur leur portefeuille. Depuis l’annonce de l’accord, le cours du pétrole brut a déjà chuté de 2 à 3 dollars en moyenne.

« En réalité, les effets vont mettre plusieurs mois à être ressentis par les consommateurs, car l’économie réelle est plus lente que les marchés financiers et les prix vont mettre du temps avant de se résorber », nuance la chercheuse.

« Les seules qui ont profité de cette crise sont les grandes compagnies pétrolières »

Pour Trump, il s’agirait de pouvoir vanter une victoire afin de regagner en popularité, peu avant les élections de la Chambre haute prévues en novembre prochain. « Mais en réalité, on revient seulement au point de départ. Les seules qui ont profité de cette crise sont les grandes compagnies pétrolières : pour le reste du monde, cette guerre a été une catastrophe », souligne-t-elle. Greenpeace EU estime le profit de ces majors pétrolières à 81,4 millions d’euros de profits de guerre par jour, rien que dans l’Union européenne.

Même le régime iranien, s’il peut crier à la victoire puisqu’il a réussi à s’imposer en égal lors des négociations grâce au détroit d’Ormuz, sort affaibli économiquement. « Son peuple est en grande souffrance, alors que l’inflation y a mené à l’introduction d’un billet de 10 millions de rials et qu’une grande partie du pays est détruite », soupire Layal Mansour.

Dans cette victoire à la Pyrrhus, c’est le pétrole qui ressort gagnant. « La guerre a érodé la confiance mondiale dans le Golfe en tant que région pétrolière, mais pas dans le pétrole, qui est devenue une valeur refuge et un outil diplomatique », estime-t-elle. Pour Mansour, ce recours à la diplomatie pétrolière n’est « rien de moins qu’une forme de colonialisme moderne : acquérir des ressources par la force, comme avec l’enlèvement de Maduro au Vénézuéla et les menaces contre le Groenland ».

Ère fossile

Pire encore : la réouverture du détroit d’Ormuz installe une nouvelle ère fossile, où la sécurité énergétique domine face aux renouvelables. « C’est terrifiant de voir à quel point le pétrole et les énergies fossiles sont revenues au cœur des manœuvres diplomatiques dans le monde, et surtout de la Maison Blanche », critique John Noel, responsable stratégique chez Greenpeace International aux États-Unis.

Bien que mettant fin à un épisode de « grande menace » pour les écosystèmes locaux du détroit d’Ormuz à cause de la guerre, sa réouverture laisse craindre un retour au statu quo. « Cette crise a été un signal d’alarme face à la dépendance mondiale au pétrole, et de nombreux gouvernements ont commencé à réinvestir dans les renouvelables pour assurer leur sécurité énergétique. Mais vont-ils réellement aller au bout de cet effort ? » s’interroge-t-il.

Pour l’activiste, la guerre Iran-US aura, au moins, montré la nécessité de développer des alternatives et le danger de construire nos sociétés autour des énergies fossiles. Les 60 jours de négociations à venir entre l’Iran et les États-Unis seront décisifs pour déterminer la marche qui sera suivie.

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