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Canicule

Terminer de travailler à 15 h : l’idée des Espagnols qui pourrait inspirer la France

En Espagne, le travail peut se terminer vers 14 ou 15 heures pendant les fortes chaleurs. Ici à Séville (Andalousie), le 17 juillet 2023.

Horaires de travail adaptés, congé climatique, terrasses fermées... Face à des épisodes de chaleur de plus en plus précoces et intenses, l’Espagne multiplie depuis longtemps les mesures pour protéger les travailleurs.

Madrid (Espagne), correspondance

Alors qu’une canicule historique touche la France et que le débat sur les conditions de travail a été relancé après la mort d’un jeune ouvrier en pleine vague de chaleur le mois dernier, en Espagne des mesures existent déjà depuis des années pour protéger les travailleurs et travailleuses de la chaleur. À tel point que pour affronter la fournaise, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a récemment évoqué le modèle d’adaptation espagnol, estimant qu’il faudra « peut-être, à terme, faire comme les Andalous ».

La journée de travail intensive, « jornada intensiva » en espagnol, permet par exemple aux travailleurs de pouvoir débuter et terminer plus tôt leur journée de travail en ne prenant pas de pause prolongée. La journée commence généralement vers 7 ou 8 heures le matin pour se terminer vers 14 ou 15 heures.

« Ça devenait de plus en plus intenable, on avait souvent des vertiges et un employé s’est même un jour évanoui », se rappelle Jonathan Urbina González, un jardinier qui entretient les espaces verts dans la ville de Madrid. Cela fait maintenant plus d’une dizaine d’années que ses horaires de travail sont adaptés de début mai à la mi-septembre.

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Cette mesure, qui permet d’éviter de travailler aux heures les plus chaudes de la journée, n’est pas encadrée par une loi, mais repose plutôt sur des accords individuels au sein de chaque entreprise. « Ça a été très facile de conclure cet accord avec l’entreprise, elle a tout de suite compris les risques. Au final, cela n’a pas beaucoup d’impacts [sur le travail], on décale seulement de quelques heures les horaires pour se protéger », explique l’homme de 38 ans, ajoutant que les espaces sans ombre sont aussi traités en priorité le matin.

Travail adapté, auvents et eau

Le cas de Jonathan Urbina González illustre une pratique plus large dans le pays, alors que l’été 2025 a été le plus chaud jamais enregistré en Espagne avec près de 4 000 morts liés à la chaleur.

« La journée de travail intensive est de plus en plus populaire et étendue bien au-delà des mois de juillet et d’août, explique Eva María Blázquez Agudo, professeure en droit du travail à l’université Carlos III de Madrid. Cela permet de protéger les travailleurs, mais offre aussi une meilleure conciliation travail-famille et augmente la productivité. Les entreprises ont donc tout à gagner. » Les études montrent en effet que l’efficacité d’un travailleur ayant une meilleure conciliation travail-famille tend à augmenter. Pour faire garder leurs enfants le matin, les Espagnols peuvent compter sur les garderies périscolaires ou l’aide des grands-parents.

« Une nécessité dans le pays »

Selon des données de l’Institut national de la statistique, plus de la moitié des entreprises espagnoles proposent à leurs employés cette mesure, particulièrement dans les grandes entreprises et la fonction publique — le nombre d’entre elles la mettant concrètement en œuvre reste inconnu. « Avec les vagues de chaleur de plus en plus intenses que connaît l’Espagne, accentuées par le changement climatique, adapter l’organisation du travail pour protéger les travailleurs est peu à peu devenu une nécessité dans le pays », résume la spécialiste.

Depuis 2023, les employeurs espagnols sont tenus d’adapter les conditions de travail lors d’alertes météorologiques, ce qui peut parfois conduire jusqu’à la suspension de certaines tâches — comme des cueillettes dans les champs aux heures les plus chaudes de la journée. Des entreprises du secteur de la construction, en première ligne face aux canicules, ont ainsi mis en place une série de mesures pour protéger leurs travailleurs.

« Avant chaque début de vague de chaleur, nous effectuons un contrôle sur tous les chantiers afin d’évaluer la situation et garantir la mise en place de mesures préventives minimales comme l’accès à de l’eau, des ventilateurs et de la crème solaire, explique Victor Carnero, responsable de la prévention des risques professionnels à Kalam, une entreprise spécialisée dans la restauration et la réhabilitation de bâtiments. Des tentes, auvents et filets d’ombrage sur des échafaudages sont installés pour faire de l’ombre et nous adaptons aussi les horaires, en réduisant parfois la journée de travail de 3 ou 4 heures. »

Congé climatique et terrasses fermées

La réglementation espagnole encadre aussi la température dans les lieux de travail fermés où elle doit être maintenue entre 17 et 27 °C. Cette exigence favorise toutefois le recours à la climatisation, qui reste néfaste pour le climat en raison de ses rejets de gaz à effet de serre.

Lire aussi : Congé climatique : l’exemple espagnol qui inspire la France

Le pays a aussi instauré ces dernières années un congé climatique de quatre jours lors des phénomènes extrêmes (en cas d’alerte orange ou rouge pour canicule, inondations, tempêtes, etc.). Mais face à des vagues de chaleur de plus en plus intenses, l’Espagne vient d’adopter une mesure supplémentaire pour protéger les travailleurs : la fermeture des terrasses extérieures en cas d’alerte rouge émise par l’agence météorologique espagnole (Aemet).

« Travailler ne peut pas coûter la santé ou la vie »

« Travailler ne peut pas coûter la santé ou la vie. Au XXIe siècle, personne ne doit tomber malade ou mourir sur son lieu de travail », a déclaré la ministre du Travail espagnole Yolanda Díaz. L’inspection du travail vient d’ailleurs d’envoyer plus de 100 000 avis à travers le pays pour informer et rappeler aux entreprises leurs obligations.

Au-delà du monde du travail, c’est toute la société espagnole qui s’est adaptée, particulièrement dans le sud du pays, en Andalousie, où la chaleur est plus virulente. Certains commerces ferment naturellement aux heures les plus chaudes de la journée alors que les horaires de vie sociale et de sorties extérieures sont pensés en conséquence. Pour rendre les villes plus fraîches, les façades sont aussi souvent blanchies à la chaux pour réfléchir les rayons du soleil. Autant d’idées qui pourraient inspirer la France !

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