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Canicule

Les chaleurs humides mettent « en danger la vie de millions de personnes »

Un homme s'essuie le visage lors d'une vague de chaleur au Paraguay, en 2026. Les jours de chaleur humide dangereuse vont se multiplier dans ce pays.

Le nombre de journées de chaleur humide dangereuse, pouvant provoquer lésions et mort, est en train d’exploser à cause du changement climatique. Des régions entières du globe risquent de devenir inhabitables.

Chaque année, les chaleurs liées au changement climatique tuent 546 000 humains, d’après les données du Lancet Countdown dévoilées en novembre. Les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants, et tous ceux et celles n’étant pas en capacité de se rafraîchir facilement sont en première ligne face à cette menace que l’on peine parfois à comprendre. Car ce qui rend la chaleur particulièrement dangereuse est un facteur bien souvent négligé : l’humidité.

Si la température de l’air est la partie émergée de l’iceberg, l’humidité en est la partie immergée. Et elle « peut rendre des journées en apparence clémentes bien plus dangereuses qu’elles n’en ont l’air », écrit dans une analyse publiée le 24 juin Climate Central, une association réunissant principalement des scientifiques.

On y apprend que, depuis les années 1970, le nombre de journées de chaleur humide dangereuse a plus que doublé à l’échelle planétaire. Il est passé de 10 jours il y a une cinquantaine d’années à désormais 23 par an en moyenne.

« La chaleur humide est désormais une caractéristique déterminante, mettant en danger la vie de millions de personnes »

Et la crise climatique n’est pas étrangère à cette augmentation : « À mesure que notre planète se réchauffe, principalement en raison de la combustion des énergies fossiles, la chaleur humide devient plus fréquente et plus intense », précise Kaitlyn Trudeau, climatologue étasunienne à l’origine de ces travaux.

De toutes les journées de chaleur humide dangereuse comptabilisées sur Terre depuis 1970, 64 % sont attribuables au changement climatique d’origine anthropique, avance l’analyse. Une proportion qui ne cesse de croître de décennie en décennie. Ainsi, en 2025, près de 83 % de ces journées — soit 19 sur 23 — étaient dus à la crise climatique.

« Ces résultats sont sans équivoque : le changement climatique, qui ne contribuait qu’à titre mineur aux journées de chaleur humide dangereuse, en est désormais le principal facteur. Dans certaines régions du monde, la chaleur humide — qui autrefois était rare, voire pratiquement impossible sans le changement climatique — est désormais une caractéristique déterminante, mettant en danger la vie de millions de personnes », poursuit l’autrice.

L’augmentation globale du nombre de jours dangereux à cause de la chaleur humide, avec en hachuré la hausse causée par le changement climatique. CC BY 4.0 / Climate central

Qu’entend-on par « journée de chaleur humide dangereuse » ? L’analyse qualifie comme telle toute journée où la température maximale au thermomètre-globe mouillé (°C WBGT) — une mesure combinant la chaleur et l’humidité — est égale ou supérieure à 25 °C WBGT. Seulement 25 °C ? Oui, car le taux d’humidité dans l’air influence fortement comment notre corps réagit à la chaleur.

Pour le comprendre, il faut s’intéresser au principal mécanisme utilisé par l’organisme pour se prémunir de la chaleur : la transpiration. Pour être en bonne santé, un corps humain doit se maintenir à une température avoisinant les 36,5 °C. Et ça, il parvient à le faire en évacuant la chaleur excédentaire grâce, notamment, à la sudation.

L’eau libérée à la surface de la peau à ce moment-là s’évapore en utilisant l’énergie thermique du corps. Autrement dit, ce n’est pas le fait de suer qui nous refroidit mais bien l’énergie évacuée lorsque celle-ci s’évapore.

Problème : plus l’air est chargé en humidité, moins cette évaporation est efficace. Si l’air est saturé à 100 % en humidité, la transpiration n’est plus du tout opérante et le corps devient incapable de se refroidir seul. La chaleur s’y accumule alors jusqu’à des niveaux dangereux. C’est la raison pour laquelle 25 ou 30 °C seront beaucoup plus durs à supporter en pleine forêt tropicale humide que dans un désert sec.

Décès en quelques heures

La littérature scientifique évalue communément le seuil physiologique limite, au-delà duquel le corps humain ne peut plus se refroidir, à 35 °C TW — c’est-à-dire 35 °C au thermomètre mouillé, donnée qui participe au calcul de l’indicateur WBGT. À partir de là, les processus biochimiques se dérèglent, les organes vitaux deviennent défaillants et le cœur est soumis à un effort accru.

Peut alors survenir un coup de chaleur, une urgence médicale susceptible d’entraîner des lésions organiques voire le décès d’une personne en seulement quelques heures. La valeur précise de ce palier fatidique est toutefois encore discutée par certains scientifiques, comme le décrit ici Reporterre.

Toujours est-il que, dès 2020, une étude étasunienne publiée dans Sciences Advances dévoilait que ce seuil des 35 °C TW avait été récemment franchi dans plusieurs territoires côtiers, comme au Pakistan et aux Émirats arabes unis. Ce, alors même que les modèles climatiques ne prévoyaient pas un tel franchissement avant 2050.

Des événements extrêmes de plus en plus fréquents

Les chercheurs précisaient en outre que la fréquence des événements météo extrêmes compris entre 27 et 35 °C TW avait doublé depuis 1979. Des données que Climate Central vient aujourd’hui conforter.

Si Climate Central comptabilise aujourd’hui une moyenne de 23 journées de chaleur humide dangereuse par an, ce chiffre masque cependant une répartition géographique de celles-ci complètement inégale : aucun pays d’Europe ni d’Amérique du Nord ne figure dans le tableau référençant les vingt pays présentant le plus grand nombre moyen annuel de ces journées entre 2016 et 2025.

7 d’entre eux sont des pays d’Asie, 7 autres des îles et archipels du Pacifique, 3 sont en Afrique, et 3 autres en Amérique centrale et du Sud. Tous ont observé entre 202 et 302 jours de chaleur humide dangereuse annuels sur la dernière décennie, et la crise climatique est parfois responsable de la quasi totalité de ces épisodes — à l’image des Îles Marshall, dont 97 % des journées de chaleur humide dangereuse sont attribuables au réchauffement planétaire. La Guyane, collectivité territoriale française, en compte 221 jours par an en moyenne.

Régions inhabitables pour l’humanité

Ces données illustrent une fois encore l’ampleur de la dette climatique. Dans une triste ironie du sort, les pays participant le moins au changement climatique — parmi lesquels les États insulaires du Pacifique — sont aussi ceux qui en subissent les plus lourdes répercussions. À l’inverse, les États les plus riches, historiquement responsables à l’image de la France, y sont parfois moins durement exposés et disposent de meilleurs outils pour y faire face.

Même si nous parvenions à maintenir le réchauffement global sous les 1,5 °C, ce qui est désormais impossible, les extrêmes de chaleur continueront d’augmenter en fréquence et en intensité ces prochaines décennies, d’après le Giec. Certaines régions pourraient dès lors devenir inhabitables pour notre espèce.

D’après les modélisations de la Nasa, l’Asie du Sud et le Golfe persique pourraient connaître des températures mortelles régulières d’ici 25 ans. Idem pour le Brésil, l’est de la Chine et une partie de l’Asie du Sud-Est à partir de 2070.

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