« Combien faudra-t-il de canicules pour agir ? » : après une semaine de fournaise, la colère monte
Une femme transporte un ventilateur, le 23 juin 2026 à Toulouse. - © Ed Jones / AFP
Une femme transporte un ventilateur, le 23 juin 2026 à Toulouse. - © Ed Jones / AFP
Alors que si peu semble avoir été fait pour éviter ou préparer la canicule qui étouffe la France, de nombreux lecteurs et lectrices de Reporterre ont fait part de leur colère. École, logement, travail... leurs griefs sont nombreux.
Depuis dix jours, nous suffoquons. Il n’a jamais fait aussi chaud en France. Pendant ce temps, le gouvernement se félicite de ses actions et de l’avancée de son plan d’adaptation au changement climatique. Emmanuel Macron assure qu’un « gros travail a été fait ». De quoi provoquer la colère de celles et ceux qui tentent de survivre à ces températures insoutenables.
Reporterre a décidé de laisser la parole à ses lectrices et lecteurs pour qu’ils puissent exprimer les raisons de leur colère face à cette canicule, qui risque d’être celle d’un mois de juin ordinaire d’ici quelques années.
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« À l’école, je vois des enfants qui capitulent »
Les enfants souffrent des fortes chaleurs dans l’indifférence de l’État. Audrey vit à Paris avec sa fille de 2 ans, et elle s’inquiète. « La crèche n’est pas climatisée, il fait jusqu’à 30 °C à l’intérieur. Les professionnels avaient pris l’habitude de rafraîchir les enfants avec de petites piscines mais la Protection maternelle et infantile le leur a désormais interdit. » Une situation devenue insoutenable pour elle : « Donc les enfants sont cloués là, sauf ceux, bien entendu, des parents qui peuvent se permettre de payer la crèche sans y emmener leur enfant : voilà comment redoubler les inégalités. »
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Même constat pour Aurore. Professeure des écoles depuis vingt ans, elle est à bout de nerfs. « Jusqu’à quand va-t-on tenir ? », s’inquiète-t-elle. « Aujourd’hui encore [mardi 23 juin], il faisait plus de 30 °C dans la classe. Un air irrespirable, des fenêtres qu’on ne peut même pas ouvrir... Derrière mon bureau, je vois des enfants qui capitulent : maux de tête, nausées… Ce n’est plus de l’enseignement, c’est de la survie. On apporte nos propres ventilateurs et clims mobiles de la maison. On remercie infiniment les parents qui le peuvent de garder leurs enfants au frais. Mais le reste du temps, on étouffe. Nos enfants méritent mieux que des classes-saunas. Je suis en colère, et j’ai peur. »
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Sur les chantiers, « les responsables ne prennent pas de nouvelles »
Les ouvriers sont parmi les premiers à souffrir des températures extrêmes. Pour Natasha, qui travaille pour une grande entreprise de distribution d’électricité à Paris, la situation est insupportable. « Je suis sur le terrain, dans une équipe relativement protégée comparé à beaucoup de mes collègues. J’ai accès à des sanitaires et à un point d’eau potable sur les lieux d’intervention. Cependant, les équipements sont à l’extérieur dans des zones sans ombre, ni végétation, et les bâtiments ne sont pas isolés. Il fait tellement chaud à l’intérieur que les équipements tombent en panne. Donc, nous installons des climatiseurs portatifs qui réchauffent l’air extérieur déjà suffocant. Quand je parle à mon responsable d’isoler les bâtiments, il me répond que “ce n’est pas dans les tuyaux”. Les décisions sont prises dans les bureaux climatisés de La Défense, loin des réalités du terrain. »
Protéger les salariés pendant les vagues de chaleur n’est pas une priorité : c’est le constat de Nicolas, ouvrier du BTP. « Aucun de nos responsables ne vient prendre de nos nouvelles alors que nous effectuons la plupart de nos chantiers en plein soleil. Même si nos horaires ont été aménagés, nous travaillons de 6 heures à 13 heures, mais il fait déjà très chaud à 10 heures. Et si on a le malheur de dire quelque chose, on est traité de “chochotte”. »
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« Chez moi, c’est une véritable fournaise »
La souffrance continue une fois de retour à la maison. Sonia, assistante d’édition à Vanves (Hauts-de-Seine), vit dans un logement entièrement rénové. Pourtant, dans son appartement, impossible de respirer. « C’est une véritable fournaise malgré un prétendu DPE C. Pendant les rénovations, ils ont laissé aux fenêtres des volets métalliques datant des années 1930, qui transforment les logements en four. Il n’y a aucune protection sur les nombreuses fenêtres de la cage d’escalier. Moi qui vis au dernier étage, je dois attendre plusieurs jours après la fin d’une vague de chaleur pour que la température commence à baisser dans le logement. Il fait plus de 30 °C à l’intérieur. J’essaye désespérément de déménager. »
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Pour Paul, étudiant de 20 ans à Nogent-sur-Oise (Oise), le désespoir dépasse la colère. « Je fais partie de ces étudiants qui louent une chambre dans une maison, je suis sous les toits et je n’ai qu’un store en intérieur, donc inutile pour combattre la chaleur. Elle est difficile à évacuer puisque la fenêtre s’ouvre d’à peine 10 degrés. Je n’ai pas trop la possibilité de partir, mon stage est payé 650 euros par mois et, si je veux manger, cette chambre est la seule du coin à rentrer dans mon budget. »
Propriétaire d’une maison à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), Clément tente de trouver des solutions durables pour survivre à ces températures, en vain. « Suite aux chaleurs de l’été 2025, j’ai demandé à la mairie de pouvoir peindre mon toit en blanc. La réponse a été défavorable au prétexte que cela nuirait à l’harmonie alentour. Alors oui, une harmonie d’ardoises, c’est sûr que cela rentre au patrimoine. J’ai bien essayé de proposer à la mairie d’être un site pilote, faire des mesures avant/après de températures, etc. Aucune réponse. Cela me met en colère, car ce n’est pas la dernière canicule que nous allons supporter. »
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« Les débats politiques ont vingt ans de retard »
Ce manque d’action publique est fatigant pour Audrey, guide touristique à Bordeaux. « Je suis en colère contre un système économique qui, par 43 °C, continue à faire comme si de rien n’était. Les débats ont vingt ans de retard. On avait déjà toutes les cartes en main : les connaissances scientifiques, les leviers d’action… Et c’est comme si les journalistes, scientifiques, militants et associations avaient parlé dans le vide. »
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C’est justement ce qui révolte Estelle, ancienne professeure d’éducation physique et sportive. « Combien faudra-t-il encore de canicules pour se résoudre à agir, à baisser drastiquement nos émissions de C02 ? Je considère que cette absence de volonté politique s’apparente à un crime contre l’humanité. Le réveil collectif tarde. Il semblerait que nous souffrions d’amnésie : les feux, les inondations, l’extrême chaleur, les maladies graves, les eaux de source polluées, les sols impropres aux cultures… Mais quand interrogerons-nous le fond ? Quand taxerons-nous les plus pollueurs à la hauteur des dégradations infligées ? Quand seront-ils jugés à la hauteur de l’irréparable ? »