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Une journée de canicule devant CNews : clim partout, changement climatique nulle part

Eliot Deval, animateur de « L'Heure des pros week-end », le 21 juin 2026 sur CNews.

Alors que la canicule actuelle pourrait être la pire jamais enregistrée en France, Emmanuel Clévenot, journaliste climat à Reporterre, a passé son dimanche devant CNews. Des heures d’antenne, et pas un mot sur l’urgence climatique.

Dimanche matin, je me suis levé en sachant que le lendemain serait peut-être la journée la plus chaude jamais enregistrée en France. Ça m’a foutu le vertige. J’ai enfilé un tee-shirt, avalé un paracétamol post-nuit suffocante, et allumé la télé. Curieux, je me branche sur CNews, histoire de voir si la chaîne d’extrême droite réussira à persister dans son déni climatique.

À 8 h 39, l’ex-député Meyer Habib, proche de Benyamin Nétanyahou, est apparu à l’écran, mais la chaleur, pourtant déjà étouffante, n’était pas à l’ordre du jour : « La haine d’Israël, mais aussi la haine du juif, est le carburant de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise », a tranché celui qui qualifie Gaza de « cancer ». Clap de fin de la matinale, place à l’émission phare de la chaîne, « L’Heure des pros ».

C’est dimanche, l’animateur star Pascal Praud est remplacé par son joker du weekend, Eliot Deval. Et pas question pour lui de contourner l’actualité : « À la une ce matin : après le confinement sanitaire, le confinement sécuritaire… Place au confinement caniculaire. » D’entrée de jeu, le présentateur a tenté de montrer patte blanche et assuré que jamais on ne l’entendrait « minimiser le phénomène qui écrase la France en ce moment-même ». Deux salles deux ambiances, en comparaison à ce que son mentor, Pascal Praud, déclarait du même fauteuil un mois plus tôt.

Le 21 mai, un épisode de chaleur millénaire, qualifié par le climatologue français Christophe Cassou d’« ovni climatique », frappait en effet l’Hexagone. Journaliste sportif de formation, Pascal Praud balayait d’un revers de manche le consensus scientifique. Non, ce n’est pas exceptionnel, avait-il dit avant de dénoncer « la petite musique, sur toutes les antennes, alors qu’il a fait un mois de mai plutôt frileux ».

Règle n° 1 : ne pas nommer la crise

Bientôt un mois après cette séquence, la France est donc à nouveau en proie à des chaleurs extrêmes. Dimanche, 35 départements avaient été placés en vigilance rouge à la canicule par Météo-France. Lundi, ce chiffre est grimpé à 49. D’après l’établissement public, cette canicule pourrait être d’« une durée et une sévérité identiques à celle d’août 2003 », ayant engendré près de 15 000 morts dans l’Hexagone et en Corse. Un ovni de plus, à peine l’été commencé.

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Ces données, Eliot Deval ne les a pas démenties durant ses quarante minutes d’antenne. La journaliste météo de CNews, Sandra Larue, non plus. En revanche, ni eux, ni les quatre invités de l’émission — parmi lesquels aucun scientifique — n’ont évoqué le rôle du réchauffement planétaire d’origine anthropique dans l’apparition de cet épisode caniculaire. Durant près de sept heures de direct, alors même que les chaleurs hors normes monopolisaient une grande majorité des débats diffusés sur la chaîne, les mots « changement climatique » n’ont pas été prononcés une seule fois.

Ce décompte s’est arrêté à 15 h 25, heure à laquelle Olivier Vial, président de l’organisation universitaire d’extrême droite UNI, a dénoncé dans l’émission « 60 minutes info » les politiques écologistes des années écoulées. À quoi bon s’évertuer à lutter contre le réchauffement climatique, dès lors que l’on sait qu’on n’arrivera pas à le freiner suffisamment, s’est interrogé l’homme en costard-cravate.

À force d’en traquer les responsables, on aurait raté le coche de l’adaptation, dont la recette est pourtant simple : mettre la clim partout. « Il y a une forme de méfiance de la climatisation », a-t-il regretté, alors même que « le Giec dit qu’il faut un grand plan de climatisation ».

Marine Le Giec

À moins qu’Olivier Vial n’ait confondu « Giec » avec « Marine Le Pen » — qui a promis une telle politique si elle débarque à l’Élysée en 2027 — cette affirmation est fausse. Dans son rapport d’évaluation le plus récent, publié en 2023, l’organisme intergouvernemental écrit que « la climatisation peut réduire les risques individuels, mais est inadaptée à l’échelle de la société ».

Et ajoute : « [Elle] peut constituer une inadaptation en raison de sa forte consommation d’énergie et des émissions de chaleur qu’elle génère, en particulier dans les villes à forte densité de population. Elle peut également engendrer des inégalités face à la chaleur, car elle n’est pas abordable. » Mais ce contradictoire, personne sur le plateau ne l’apportera.

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Cette question de la climatisation a occupé chroniqueurs et journalistes toute la journée durant. Les solutions structurelles à la canicule, comme la rénovation thermique et la végétalisation des villes, n’ont en revanche pas effleuré une seule fois leur esprit.

La programmation de CNews, en ce dimanche 21 juin, illustre un phénomène observé à maintes reprises par l’association QuotaClimat, qui lutte contre la désinformation climatique : les épisodes caniculaires provoquent des pics d’attention médiatique sur les enjeux environnementaux… mais sont également propices à la désinformation climatique.

« Les médias qui se saisissent de cette fenêtre de visibilité pour désinformer doivent être régulés. En l’espace d’une semaine, nous avons saisi l’Arcom à huit reprises pour des propos climatosceptiques sans contradictoire, lors de l’épisode de chaleur de mai, m’informe la secrétaire générale de l’association, Eva Morel. Et là, on anticipe que ce soit à nouveau le cas. »

Il est 20 heures. Dehors, le thermomètre affiche 36 °C. Ressenti 45 °C, à en croire Météo-France. J’ouvre les volets pour la première fois de la journée. Ma voisine de palier, une petite femme au dos voûté par les années, sort au même moment et remplit une coupelle d’eau pour les mésanges et les moineaux. « Je supporte mal la chaleur », me dit-elle, comme la veille. Lundi promet d’être pire, mais cette fois, ma télé restera éteinte.

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