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« Les climatosceptiques sont de sortie » : les journalistes météo ciblés à chaque canicule

Les journalistes météo Daniela Prepeliuc, Myriam Seurat et Kévin Floury

Visés sur les réseaux sociaux lors de la canicule de mai, les journalistes météo et climat s’attendent à de nouvelles attaques avec le retour de la chaleur. Ils dénoncent ces insultes venant d’une « petite partie de l’opinion ».

« Ce matraquage n’est plus possible. Ils nous font chier avec le réchauffement climatique : il y a déjà eu de très grosses canicules, et on n’en faisait pas tout un fromage ! » Voilà le genre de commentaires que Myriam Seurat, journaliste météo et climat à France 2 et France 3, a reçu fin mai sur les réseaux sociaux à l’occasion de l’épisode de chaleur précoce « inédit » et « exceptionnel », selon Météo-France, qui a touché le pays pendant dix jours.

Elle n’est pas seule : Kévin Floury, de BFM-TV, a évoqué les « messages d’insultes et de menaces » reçus à la suite de ses passages à l’antenne et sa consœur de TF1 Daniela Prepeliuc a dénoncé « les insultes et les fake news » relayées « en permanence » sur X.

Une minorité bruyante

Alors, à l’heure où une nouvelle vague de chaleur a débuté en France mercredi 17 juin, Myriam Seurat s’attend de nouveau à voir ses messages privés et ses posts pris d’assaut. « Je sais que les climatosceptiques vont être de sortie mais, pour le coup, je suis totalement hermétique à ces attaques », dit celle qui, en tant que femme, est en outre la cible d’un sexisme crasse : « J’ai aussi reçu des messages du genre : “Vous êtes une miss météo, contentez-vous de faire la météo.” Mais aujourd’hui, avec le changement climatique, évidemment qu’on ne peut pas se cantonner à ça ! »

Un avis partagé par son collègue Sébastien Thomas, qui officie aussi à France Télévisions : « Les gens n’ont plus besoin de nous pour savoir s’il fera beau ou non demain, tout le monde peut consulter son téléphone. En revanche, là où nous avons de la plus-value en tant que journalistes, c’est en expliquant les phénomènes qui sont à l’œuvre, en relayant des faits scientifiques documentés et en faisant de la pédagogie sans être donneurs de leçon, notamment sur le côté anthropique du réchauffement climatique. »

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« J’ai conscience que c’est une toute petite partie de l’opinion qui envoie ce genre de messages et je crois qu’on leur accorde trop d’importance, tranche-t-il. L’immense majorité de la population a envie d’avancer sur le sujet. »

« Hold-up médiatique »

Pour le climatologue Christophe Cassou, lui-même régulièrement harcelé sur les réseaux sociaux, ce genre de commentaires haineux relève au fond d’une « stratégie de diversion ». « Alors que le traitement de la canicule était bien meilleur que d’habitude, j’ai l’impression qu’à la fin de l’épisode, il y a eu une forme de hold-up médiatique : le débat a été monopolisé par le climatoscepticisme à deux balles de Pascal Praud sur CNews et les attaques contre les journalistes TV et les scientifiques », note-t-il.

« Ça fait perdre du temps à tout le monde »

« Cela a empêché de parler des vrais sujets, à savoir l’impréparation du gouvernement et le fait que des stratégies d’adaptation ne sont pas à la hauteur des enjeux ou ne sont pas mises en place, ajoute-t-il. Cela transfère en outre la responsabilité de l’inaction sur une minorité visible sur les réseaux sociaux, mais qui n’a pas accès au pouvoir. »

Ainsi, pour le directeur de recherche au CNRS, il ne faut pas « se tromper de cible ». « Il faut arrêter de se focaliser sur le climatoscepticisme classique : il y en aura toujours, et c’est une minorité. Ce à quoi on assiste est plutôt du climato-obscurantisme ou du climato-bellicisme, qui est en guerre contre les valeurs de ceux qui portent les enjeux de transformation », renchérit-il.

Myriam Seurat, qui compte bien poursuivre son travail d’information, ne dit pas le contraire : « Ce qui me chagrine profondément, c’est que cela nous fait perdre énormément de temps : si une partie des messages sont issus de gens qui ont peur qu’on leur demande de changer leurs habitudes de vie — d’où la nécessité de les accompagner et de se mettre à leur hauteur —, l’autre est très organisée politiquement pour noyer le poisson. » De quoi, alors que « l’urgence » est déjà là, « invisibiliser le discours des scientifiques et faire perdre du temps à tout le monde ».

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