Le gouvernement fait encore des économies... sur l’adaptation aux vagues de chaleur
Le ministre de l'Action et des Comptes publics lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale au printemps 2026. - © Telmo Pinto / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Le ministre de l'Action et des Comptes publics lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale au printemps 2026. - © Telmo Pinto / NurPhoto / NurPhoto via AFP
La transition écologique fait une nouvelle fois les frais des coupes budgétaires annoncées par le gouvernement. Dans son viseur : le Fonds vert et MaPrimeRénov’, dont les moyens avaient déjà été réduits ces dernières années.
Même un épisode de chaleur « inédit, historique, exceptionnel » selon les mots de Météo-France n’aura pas suffi à convaincre le gouvernement. Alors que la vague de chaleur de la fin du mois de mai a une nouvelle fois mis en lumière l’inadaptation des écoles, des logements, des villes et des élevages face au dérèglement climatique, cette impréparation n’est pas près d’être rattrapée.
À peine l’épisode terminé, lundi 1ᵉʳ juin, le gouvernement a annoncé six milliards d’euros de mesures d’économies face aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient, qui pèsent sur les finances publiques. Parmi les ministères concernés : la Justice, l’Intérieur, le Travail. Et comme d’habitude lorsqu’il faut faire des économies, l’écologie trinque aussi, avec 275 millions d’euros de crédits annulés ou gelés.
« Une fois de plus, la transition écologique sert de variable d’ajustement budgétaire »
Deux des principaux dispositifs destinés à adapter le pays au dérèglement climatique sont touchés : le Fonds vert et MaPrimeRénov’. Les autorisations d’engagement du Fonds vert — c’est-à-dire les dépenses maximales que l’État peut engager — sont réduites de 163 millions d’euros, soit 19 % du budget initial, auxquels s’ajoute le gel 54 millions d’euros de crédits de paiement, d’après les calculs d’Éric Coquerel, président La France insoumise de la commission des finances à l’Assemblée nationale.
De son côté, MaPrimeRénov’ voit ses autorisations d’engagement fondre de presque 300 millions d’euros — soit une baisse de 16 % par rapport au montant initialement programmé — ainsi que le gel de 144 millions d’euros de crédits de paiement.
« Une fois de plus, la transition écologique sert de variable d’ajustement budgétaire », déplore Émeline Notari, responsable financements de la transition écologique au sein du Réseau Action Climat. Ces coupes, décidées dans un contexte de hausse des prix des carburants lié à la guerre au Moyen-Orient, montrent que « l’on paie le coût de notre dépendance aux énergies fossiles avec l’argent de la transition écologique ».
Des élus dans le flou
Créé en 2023, le Fonds vert aide les collectivités locales à financer des projets concrets d’atténuation ou d’adaptation au changement climatique comme la rénovation énergétique des écoles, l’installation de panneaux photovoltaïques sur des bâtiments publics, la création de pistes cyclables… Sauf que son enveloppe a été divisée par près de trois depuis sa création. Elle est passée de 2,5 milliards d’euros en 2024 à 1,15 milliard d’euros en 2025, avant de chuter à près de 840 millions en 2026.
« C’est pourtant un dispositif plébiscité par les collectivités, plus de 25 000 projets ont pu être menés grâce au Fonds vert, souligne Émeline Notari. De leur côté, ce n’est pas l’envie qui manque, mais les moyens. Cette nouvelle coupe envoie un très mauvais signal aux élus qui comptaient sur le Fonds vert pour financer des projets en lien avec la transition écologique et qui se retrouvent désormais dans l’incertitude. »
Parmi eux, la rénovation des écoles occupe une place centrale. Aujourd’hui, 80 % des établissements scolaires nécessiteraient une rénovation thermique importante pour faire face aux canicules futures, un chantier estimé entre 40 et 50 milliards d’euros.
Pendant la vague de chaleur de la fin du mois de mai, professeurs, élèves et parents ont alerté sur les classes en surchauffe. Dans les Landes, 53 °C ont été mesurés dans une école primaire, entraînant un malaise et des vomissements.
Dispositifs suspendus, accès durcis...
Concernant MaPrimeRénov’, le dispositif n’en est pas non plus à sa première cure d’austérité. La principale aide publique à la rénovation énergétique des logements est passée d’un budget de 5 milliards d’euros en 2024 à 3,4 milliards en 2025 avant d’être porté à 3,6 milliards cette année.
Surtout, elle a connu plusieurs interruptions : le guichet a été suspendu l’été dernier à cause d’un trop grand nombre de demandes et de tentatives de fraudes. À partir de septembre, le guichet a rouvert uniquement pour les ménages très modestes et avec un barème d’aides plus restreint. Début 2026, faute de budget voté, il a de nouveau fermé avant de rouvrir fin février.
« Avec cette instabilité et le durcissement des conditions d’accès, de plus en plus de gens renoncent à engager des travaux de rénovation, constate amèrement Damien Barbosa, coordinateur du collectif Rénovons pour le réseau Cler. Il y a une véritable volonté de rendre ce dispositif le moins attractif possible pour décourager les gens. »
Comme si l’urgence n’était pas là. Lors de la vague de chaleur du mois de mai, des millions de Français ont souffert dans leur bouilloire thermique, qui concerne un logement sur trois. « À chaque vague de chaleur, on compte les morts, le problème des bouilloires thermiques n’est pas seulement un enjeu environnemental, mais de santé publique », insiste Darmien Barbosa.
« La France devrait, chaque année, mobiliser 34 milliards d’euros pour la transition climatique »
Pour lui, l’une des priorités est de mieux identifier ces logements. « Le diagnostic de performance énergétique ne prend pas assez compte la chaleur, il a été conçu avant tout pour mesurer les performances d’un logement face au froid », dit-il. Face à « l’indécence du gouvernement » d’annoncer ces baisses au lendemain d’une canicule inédite, Damien Barbosa se dit lassé de tous ces reculs successifs et n’en attend plus grand-chose.
Même constat du côté d’Émeline Notari, du Réseau Action Climat : « Le rapport Pisani-Mahfouzpublié en 2023 estimait que la France devrait, chaque année, d’ici 2030, mobiliser 34 milliards d’euros de financement public pour la transition climatique. Il proposait des pistes très concrètes, mais personne ne s’en est saisi. Nous en sommes encore loin, et ce montant ne fait qu’augmenter à mesure que l’on retarde l’échéance. » À ce manque de moyens s’ajoute l’instabilité politique de ces deux dernières années : « On manque d’un cap clair et de visibilité sur le long terme », dit-elle.
Face au discours selon lequel il n’y aurait pas d’alternative à la rigueur budgétaire, Émeline Notari rappelle que des leviers de financement existent : taxation des superprofits de TotalEnergies, création d’un ISF climatique, mise en œuvre de la taxe Zucmann…
D’autres coupes à venir
« On nous fait croire qu’il n’y a pas d’alternative à cette rigueur budgétaire alors qu’il s’agit avant tout d’un choix politique », estime Éric Coquerel. Selon lui, « avec ce budget, on est perdant sur les deux tableaux : non seulement ce n’est pas ainsi que l’on réduira le déficit, mais en plus on retire des moyens à la transition écologique pendant que le ministère des Armées n’est pas concerné par ces coupes ».
Le député critique aussi la méthode employée : « Annuler des crédits en cours d’année est devenu la réponse systématique du gouvernement face aux difficultés budgétaires. »
Alors que le projet de loi de finances 2026 a été adopté par 49.3, il déplore que les parlementaires soient encore écartés de ces décisions et appelle à un véritable débat devant le Parlement à travers une loi de finances rectificative.
D’autant que ces restrictions budgétaires ne sont qu’un début : le ministre de l’Action et des Comptes publics David Amiel, qui refuse toute hausse des impôts, a affirmé vendredi 5 juin que le coût de la guerre au Moyen-Orient « sera supérieur » à six milliards d’euros. Et qu’il s’agit seulement « d’une première étape » car « si la crise dure […] des mesures d’économies supplémentaires seront nécessaires ». Elles devraient être annoncées à la fin du mois de juin.