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Canicule

« Il fait 30 °C dans ma salle » : la canicule rend les écoles invivables

Déjà plus de 1 300 établissements scolaires ont été fermés à cause de la vague de chaleur en cours pour préserver la santé de ses usagers (illustration).

La canicule touche durement les établissements scolaires, nombreux à être mal isolés. Plus de 1 300 d’entre eux ont été fermés, une grave « absence d’anticipation » de l’État, selon des enseignants qui font classe à plus de 30 °C.

Qui aurait pu prédire que les canicules allaient rendre les écoles invivables ? Depuis le 27 juin et le début de l’« épisode caniculaire intense » — dixit Météo-France — qui touche la quasi-totalité de la France, des professeurs se voient obligés de travailler dans des salles à plus de 30 °C. Face à de telles chaleurs, plus de 1 300 écoles ont été contraintes de fermer leurs locaux en ce début de semaine pour protéger les élèves et le personnel éducatif.

Mais pour Élisabeth Borne, ministre de l’Éducation nationale, « ce n’est pas une circulaire depuis la Rue de Grenelle qui va régler le sujet », estimait-elle le 29 juin devant la caméra de France TV. Alors pas question d’avancer les vacances scolaires de quelques jours mais plutôt une « gestion au cas par cas », selon les besoins des territoires.

Une déclaration irréfléchie pour Coline Wiatrowski, cosecrétaire fédérale du syndicat Sud Éducation. « Fermer quelques écoles, c’est un échec total. Ça montre l’absence d’anticipation de la part du gouvernement. Le ministère de l’Éducation doit agir avec urgence pour le bien-être de nos enfants », alerte-t-elle.

« C’est insupportable de voir l’inaction gouvernementale »

Avec le réchauffement climatique, le plus dur est à encore venir. Les épisodes de grande chaleur vont se multiplier, commencer plus tôt, et durer de plus en plus longtemps. Face au manque d’investissement politique, l’Alliance écologique et sociale s’est emparée de la problématique thermique dans les établissements scolaires et a lancé la campagne « L’école bien dans ses murs », pour la rénovation écologique du bâti scolaire public, le 26 juin.

L’objectif : dénoncer les situations de travail, souvent atroces, lors d’épisodes caniculaires du fait du manque d’isolation de la plupart des établissements scolaires en France. « C’est insupportable de voir l’inaction gouvernementale. Derrière, il y a des élèves et du personnel qui vivent dans des conditions insoutenables au quotidien », dénonce Isabelle Vuillet, cosecrétaire générale de la CGT Éduc’action.

« On refuse de nous acheter des ventilateurs à cause du coût »

Sur place, c’est une fournaise. Des élèves de première sont encore convoqués pour l’oral de français du baccalauréat. Les autres jeunes continuent leurs cours, sous une forme un peu différente. « Nous devons nous adapter, nous n’avons pas le choix », dit Simon Duteil, professeur d’histoire-géographie dans un collège à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et ex-porte-parole de l’Union syndicale Solidaires.

Dans sa classe, la température est plus élevée qu’à l’extérieur. Pour ses élèves, difficile de rester concentrés. « Il faisait 30 °C dans ma salle ce matin. On est en sueur. J’ai acheté des pulvérisateurs d’eau et j’arrose ceux qui le souhaitent trois à six fois dans l’heure. Mais on refuse de nous acheter des ventilateurs à cause du coût que cela représente, alors j’en ai pris un avec mon salaire. Des élèves se sont acheté des ventilateurs portables, et même si ce n’est pas une solution, je les laisse faire, ça les soulage un peu », raconte-t-il.

Simon Duteil tente aussi d’adapter ses cours à base d’activités plus légères, des petits jeux basés sur le programme. « Mais tout se complique l’après-midi. Les élèves se liquéfient et n’arrivent plus à se concentrer, ils n’ont plus l’énergie pour le faire. Alors parfois, je les envoie dehors. »

« C’est presque impossible d’apprendre des choses dans ces conditions »

Même son de cloche pour Charlotte Andrieu, enseignante dans le premier degré à Toulouse et syndiquée à la FSU. Dans l’école dans laquelle elle travaille, toutes les salles ne sont pas équipées de volets ou de brise-soleil extérieurs. « Ces températures ont un impact sur la santé, et sur la continuité du service d’éducation. C’est presque impossible de faire classe et d’apprendre des choses dans ces conditions qui mettent à mal les organismes des enfants », s’inquiète-t-elle.

Même si elle et ses collègues tentent d’améliorer au mieux le quotidien des élèves, certains se plaignent de maux de tête, de maux de ventre, voire de saignements. « On s’inquiète pour les enfants. On est complètement délaissé par l’Éducation nationale, dit-elle. On ne peut pas porter un système à bout de bras. On a besoin d’aide. »

Des congés pour sortir ses enfants de la fournaise

Avec de telles chaleurs, pour Murielle Kosman, membre de l’association Une école un avenir, et mère d’un élève d’une école de Montpellier, il était hors de question de laisser son fils en classe. « Ils sont une quarantaine d’élèves, et il fait 38 dans les salles. C’est extrêmement dangereux pour la santé des enfants », dit-elle.

Alors pour cette orthophoniste libérale, pas le choix. Elle a posé une semaine de congés pour pouvoir garder son fils, « mais je m’assois sur mon salaire », précise-t-elle, consciente d’avoir la chance de pouvoir le faire.

La chaleur, un marqueur d’injustice sociale

« Selon les richesses des communes, certaines écoles seront climatisées, d’autres non. Concrètement, les enfants des classes populaires sont ceux qui vont dans des écoles où il est impossible d’apprendre à cause de la chaleur », dit Raphaël Pradeau, professeur en cadre préparatoire et porte-parole de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne.

Pour lui, le ministère doit agir de façon urgente et mettre en place un plan massif d’investissement pour isoler les bâtiments et végétaliser les cours de récréation. « Il en va de la santé de nos enfants, dit-il. C’est une urgence absolue. »

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