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Animaux

Les insectes s’écrasent-ils toujours autant contre les voitures ? À vous de compter !

Un nouveau programme de science participative demande aux conducteurs de photographier les insectes écrasés sur leur plaque d’immatriculation. Le but : les compter et les identifier pour mieux comprendre leur déclin.

Compter les insectes écrasés pour aider la science. Voilà qui pourrait devenir l’activité de vos vacances estivales. Au printemps dernier, le Muséum national d’histoire naturelle, l’ONG de protection de la nature Noé et l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie) ont lancé une nouvelle application baptisée Bugs Matter (Les insectes, ça compte).

Elle propose de prendre en photo sa plaque d’immatriculation après chaque trajet en voiture afin d’y recenser les bestioles écrasées. L’objectif est d’obtenir des chiffres précis sur leur déclin en France.

Le processus est simple. Avant de partir, sortez votre chiffon, astiquez votre plaque puis lancez l’application. Une fois arrivé à destination, prenez une photo de votre plaque constellée (ou pas) d’insectes morts avant de l’envoyer sur le portail dédié.

« On n’a même pas besoin d’aimer la nature pour participer »

« C’est presque un peu morbide. C’est un programme où on n’a même pas besoin d’aimer la nature pour participer », dit Grégoire Loïs, ornithologue et directeur adjoint du programme de sciences participatives Vigie-Nature au Muséum national d’histoire naturelle.

Cette idée simple vise à séduire à la fois les entomologistes amateurs et les automobilistes. Et surtout, permettre aux participants de constater par eux-mêmes le faible nombre d’insectes écrasés sur leur plaque. De quoi battre le flanc aux idées reçues.

« Le déclin des insectes, beaucoup n’y croient pas. Quand vous en parlez sur les réseaux sociaux, les gens répondent qu’ils en voient encore plein écrasés sur leur pare-brise », se désole Mathieu de Flores, de l’Opie.

Cartographie des populations d’insectes

Au 1er juillet, près de 5 300 trajets ont été réalisés totalisant plus de 400 000 km en France continentale et en Corse. Les chercheurs vont ensuite analyser chaque photo en vue d’identifier les espèces grâce aux traces d’ailes, d’abdomen ou d’autres morceaux encore collés sur la plaque.

Ils pourront ensuite dresser une cartographie globale de l’état des populations dans l’Hexagone. « C’est la première fois que nous aurons des données aussi massives sur l’ensemble du territoire au fil des saisons », se réjouit Grégoire Loïs.

En Angleterre, où le programme a été lancé en 2021, les résultats sont sans appel : les automobilistes ont constaté une réduction de 20 % par an des insectes écrasés sur les plaques d’immatriculation.

Ce chiffre confirme les nombreuses études scientifiques sur le sujet. Au total, on estime que la population d’insectes a diminué de 70 à 80 % en Europe. Si le rôle des pesticides agricoles a été clairement établi, le programme va permettre d’aller plus loin dans l’identification des coupables.

Une baisse sérieuse du nombre d’insectes écrasés contre les voitures a été constatée en Angleterre, où le programme est en place depuis plusieurs années. © P-O. C./ Reporterre

« Il nous manque les détails qui nous permettraient de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à ce déclin », poursuit Grégoire Loïs. Les chercheurs pourront notamment croiser les cartes d’exposition aux pesticides sur chaque commune avec les photos prises par les contributeurs à Bugs Matter.

« En France, nous manquons d’études quantitatives, sauf sur les papillons de jour, les libellules et les sauterelles. Ce programme répond à un vrai besoin car dans les publications scientifiques, on parle souvent d’autres pays », dit Yves Bas, chargé de recherche chez Vigie-Nature, inscrit sur l’application il y a un mois.

Une pratique qui sensibilise au reste du vivant

Ce type d’application possède également une forte dimension pédagogique. Des chercheurs ont étudié les comportements des participants à l’opération Papillon, un programme de sciences participatives basé sur l’observation des lépidoptères dans les jardins. Ils ont constaté que celles et ceux qui le suivent deviennent plus écologistes.

« Au-delà de l’apprentissage des noms d’espèces, ils ont amélioré leur compréhension des caractéristiques fonctionnelles et dynamiques de l’environnement, même lorsque leurs motivations initiales étaient davantage d’ordre éthique, ludique ou esthétique », écrivent les chercheurs.

Un changement également remarqué par Mathieu de Flores, de l’Opie : « Les gens nous disent qu’après avoir participé [à un programme de sciences participatives], ils ne peuvent plus tondre la pelouse comme avant. »

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