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Climat

« On pensait pouvoir échapper à ce type d’événements » : l’agriculture dans le flou face à la canicule

Vaches, poulets, dindes... souffrent de la chaleur (image d'illustration).

Quels effets a la chaleur sur les cultures et les élevages ? Les chercheurs de l’Inrae, qui cherchent à adapter l’agriculture au chaos climatique, sont dans le flou. Une certitude : les animaux suffoquent dans des infrastructures inadaptées.

Nîmes (Gard), correspondance

Même les spécialistes peinent à évaluer les conséquences sur l’agriculture des températures exceptionnelles de ce mois de mai.

« Nous faisons face à une situation inédite, avec des températures bien supérieures à ce que les plantes connaissent habituellement, à une période où elles n’y avaient encore jamais été confrontées, pointe d’emblée Iñaki García de Cortázar-Atauri, agronome et directeur de l’unité Agroclim (Inrae Paca), lors d’une conférence de presse du 27 mai. Nous n’avons pas encore les connaissances ni la visibilité nécessaires pour mesurer les conséquences de cette vague de chaleur sur la quantité et la qualité des productions en cours. »

Des récoltes plus avancées ? Des pertes de culture ? Le chercheur, pour qui « chaque vague de chaleur a ses spécificités », reste prudent. Spécialisé dans la recherche sur les effets du changement climatique sur les écosystèmes agricoles, il sait que les effets sur les plantes de la chaleur dépendent en partie de leur stade de croissance. « Pour certaines espèces fruitières qui sont en fin de cycle, l’effet de la chaleur actuelle est beaucoup moins marqué. Pour celles qui sont en début de croissance, comme la pomme ou la vigne, c’est une période critique et la canicule peut potentiellement affecter les rendements. »

« Ici, les journées sont très chaudes mais les nuits sont fraîches »

Selon les régions, le type de sol et les précipitations annuelles, les conséquences ne seront pas les mêmes. Dans les régions où les sols sont encore humides, les arbres fruitiers comme l’abricotier, le pêcher ainsi que le blé, le sorgho, semblent bien résister, selon les témoignages recueillis par Reporterre.

« Nous avons certes des journées très chaudes, mais les nuits sont fraîches avec de la rosée qui permet à la plante de moins souffrir que durant les canicules estivales », observe Marc Bastide, céréalier dans le Gard. Même son de cloche du côté de Pierre Collard, arboriculteur, proche de Beaucaire, à la frontière avec les Bouches-du-Rhône : « Certes, la chaleur peut accélérer la maturation des fruits, comme les pêches, ou la freiner, mais à ce stade nous constatons que le végétal résiste bien. »

« On peut s’attendre à un assèchement soudain de la végétation »

En revanche, pour les régions concernées par un déficit en pluie, comme dans le centre et le nord-est de la France, « l’élévation des températures pourrait provoquer une évapotranspiration rapide des plantes et une perte de l’eau disponible dans les sols. On peut donc s’attendre à un assèchement soudain de la végétation dans quelques jours », alerte Iñaki García de Cortázar-Atauri. Le chercheur compte bien étudier les effets à plus long terme de cette vague de chaleur précoce, notamment sur les graines en formation. Les futures plantes en sortiront-elles affaiblies ou, à l’inverse, plus résistantes ?

Mortalité des animaux d’élevage

Pour ce qui concerne l’élevage, les enseignements tirés des précédentes vagues de chaleur éclairent sur la catastrophe que représente cette canicule printanière. L’ouest de la France, qui bat tous les records de températures avec des maximum à 37 °C, est aussi la région qui concentre 75 % de la production de viande de porc, 80 % de celle de poulet de chair et 20 % des vaches laitières — l’immense majorité en élevage intensif.

Les études de l’Inrae montrent, dans de telles circonstances, une surmortalité. « En 2003, c’est une augmentation de 10 % de la mortalité parmi les animaux d’élevage, 25 % chez les bovins allaitants. Rien que pour la filière avicole [élevage d’oiseaux comme les poulets, dindes, canard, pintade, etc...], les pertes s’élevaient à 45 millions d’euros », retrace David Renaudeau, zootechnicien et directeur de recherche au sein de l’unité Physiologie, environnement et génétique pour l’animal et les systèmes d’élevage (Inrae Bretagne-Normandie).

En cause, notamment des bâtiments d’élevage inadaptés à la canicule. « Ils ont été construits il y a vingt-trente ans plutôt pour résister à la rigueur de l’hiver et pas pour protéger les animaux contre les problématiques estivales », poursuit David Renardeau. S’ajoute à cela la surmortalité pendant le transport des animaux à l’abattoir.

« Au-delà de 25 °C, les vaches souffrent de stress thermique »

Si la mortalité est l’effet visible immédiat, les vagues de chaleur provoquent aussi des réactions en chaîne : par exemple des œufs plus petits et plus fragiles, du lait moins protéiné et plus difficile à transformer. Et autant de pertes de revenus pour les éleveurs. « Chez la vache laitière, c’est à peu près une baisse instantanée de 5 % de la production de lait en cas de forte chaleur », illustre David Renaudeau. « Au-delà de 25 °C, on estime qu’elle commence à souffrir de stress thermique, avec des conséquences sur leur santé et la production de lait. »

Avec cet épisode de chaleur précoce, ce sont les scénarios d’adaptation qui vont devoir être élargis à la saison du printemps, analyse Iñaki García de Cortázar-Atauri : « Jusqu’à cette année, notre fenêtre d’adaptation à la canicule explorée allait de juin à début septembre et là on vient de l’augmenter d’un mois. Pour la stratégie d’adaptation [sélection génétique d’espèces plus résistantes à la chaleur, changement d’alimentation des animaux...], cela change beaucoup de choses, on pensait pouvoir échapper à ce type d’événements mais il va falloir désormais les intégrer à tous les niveaux pour faire face à l’avenir. »

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