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ReportageLuttes

Pourquoi des écologistes, favorables au solaire, s’opposent à des projets photovoltaïques

Lors du Printemps photorévolté à Cajarc (Lot), le 13 juin 2026, contre les centrales photovoltaïques industrielles.

Plusieurs centaines de militants écologistes, paysans et citoyens ont participé au Printemps photorévolté dans le Lot. Loin de rejeter les panneaux solaires, ils dénoncent les grands projets industriels sur des terres agricoles.

Cajarc (Lot), reportage

Concerts, spectacles, projections de documentaires et tables rondes, du 12 au 14 juin, le Printemps photorévolté a transformé Cajarc, dans la vallée du Lot, en lieu de résistance festif. Plusieurs centaines de militants écologistes, paysans et citoyens venus de toute l’Occitanie ont convergé pour dénoncer le développement de centrales photovoltaïques industrielles sur des terres agricoles et des espaces boisés.

Neuf associations locales et nationales, dont la Confédération paysanne et l’Association environnementale Lot-Célé (AELC), ont fait le choix symbolique d’organiser ce festival à quelques kilomètres du site où TotalEnergies prévoit l’installation de 44 000 panneaux sur 19 hectares de bois des Causses du Quercy. Démarrée localement en 2020, la contestation a depuis dépassé les frontières du Lot, rejoignant d’autres mobilisations contre des parcs solaires portés par des industries pétrolières.

Dénoncer l’objectif capitaliste

Des militants écologistes opposés aux énergies renouvelables ? C’est un raccourci que rejette Adeline Garric, porte-parole de la Confédération paysanne 46 : « Pour moi, ce n’est pas dissonant, insiste cette éleveuse de brebis de 43 ans en essorant sa robe rouge en sortie de baignade fluviale. Ce qu’on dénonce, c’est l’accaparement des terres dans un but capitaliste sous couvert de greenwashing. »

« L’arrivée de ces grands projets fait grimper les prix et rend l’accès à la terre encore plus difficile », argumente à son tour Hélène Brunet, son homologue au sein du syndicat agricole. Antirenouvelables, elle ? L’agricultrice secoue la tête et balaye les derniers doutes d’un revers de main : « Mon hangar à foin est recouvert de panneaux solaires ! »

À quelques mètres de là, assise sur le théâtre de verdure, Johanna Bouillot, robe à fleurs et baskets noires, partage un pique-nique avec son amie. Pour elle, la critique n’est pas dirigée contre le solaire des particuliers, mais contre ses usages. « L’idée n’est pas de mettre des panneaux partout, mais d’avoir une réflexion sur le territoire. Quand il existe des zones déjà artificialisées, pourquoi aller sur des espaces naturels ? » Cette réalisatrice de 32 ans comprend toutefois la confusion que peut susciter une opposition à des énergies perçues comme « vertes ».

« On ne peut pas détruire l’environnement au nom de l’environnement »

À l’ombre d’une tonnelle, Yves Abibou sert des boissons fraîches et locales aux festivaliers écrasés par les 30 °C de cet après-midi. Chapeau de paille, chemisette marron et barbe blanche, le bénévole de 73 ans se présente comme « le plus vieux écologiste de l’Aveyron ». Et il peut se vanter d’en connaître un rayon sur le solaire !

En 2019, Yves Abibou a cofondé Enercoa, une société coopérative photovoltaïque. « Il n’y a aucune contradiction à être écologiste et à critiquer certains projets, affirme-t-il. Les énergies renouvelables sont nécessaires, mais sur des toitures, des parkings ou des espaces déjà artificialisés. On ne peut pas détruire l’environnement au nom de l’environnement. »

Pour les membres de l’AELC, à l’initiative de cet événement, l’objectif de ce rendez-vous était aussi pédagogique. « On est super heureux d’avoir pu informer autant de monde. Il y a eu de belles rencontres », estime Pierre Dufour, paysan lotois. Selon lui, l’association ne compte pas s’arrêter là : « Ça donne de la joie collective pour continuer à mener d’autres actions. »

Une énergie militante appelée à durer, alors qu’une dizaine de projets photovoltaïques restent contestés dans le Lot et que le développement de l’agrivoltaïsme continue d’alimenter le débat à l’échelle nationale.

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