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Quotidien

Pompes à chaleur : comment limiter les nuisances sonores ?

L'Association française pour les pompes à chaleur (Afpac) recommande de toujours recourir à un installateur certifié RGE (reconnu garant de l’environnement) Qualibat.

Performante, écologique… La pompe à chaleur est un mode de chauffage intéressant mais qui peut générer des nuisances sonores. Comment limiter les désagréments ? Nos conseils pour épargner vos oreilles et celles de vos voisins.

« Les chauffagistes nous mettent en garde contre les nuisances sonores des pompes à chaleur (PAC) pour le voisinage. Qu’en est-il ? », nous demande Sandrine [1], qui réfléchit à installer ce mode de chauffage dans sa future maison située en centre-ville.

Avec les PAC, « le voisin ne peut pas profiter du calme de son jardin », assure Cyril, « écologiste convaincu, architecte et artiste » qui dit détester ces machines dont il pointe également « la pollution visuelle considérable ». « Un gros bémol aux PAC, c’est le niveau sonore qu’elles émettent. Leur généralisation peut devenir un vrai problème », s’inquiète un troisième lecteur. Nous avons reçu plusieurs remarques liées au bruit des PAC à la suite de la publication de notre guide pratique sur le sujet.

Lire aussi : Les pompes à chaleur écolos… à certaines conditions

Alors que le gouvernement encourage à investir dans ce moyen de chauffage beaucoup plus performant et écologique que les chaudières à gaz, qu’en est-il de la pollution sonore de ces équipements ? « Nous recevons beaucoup de victimes de ces engins, et de plus en plus au fil des années. Elles représentent à peu près un tiers des dossiers que nous recevons ! » témoigne l’Association antibruit de voisinage.

Le Centre d’information sur le bruit (CIDB) reçoit également des plaintes liées aux PAC : il en a comptabilisé 77 sur les 1 149 sollicitations reçues en 2025, et déjà 21 depuis le début de 2026. « Aujourd’hui, le bruit des PAC, même neuves, parce qu’elles sont mal installées — sur un mauvais emplacement par exemple —, est un vrai problème de santé publique », considère Justine Monnereau, juriste et responsable du pôle communication au CIDB.

Comparer la puissance acoustique des appareils

« C’est un sujet qui monte, confirme Nicolas Balanant, responsable de l’activité acoustique au sein de Qualitel, association qui promeut la qualité de l’habitat. On augmente le bruit de fond partout dans nos villes avec ces appareils. » Avec leurs unités extérieures composées d’un compresseur et d’un ventilateur, les pompes air/air, air/eau ou eau/eau produisent toutes du bruit qui va fluctuer selon les besoins. Ainsi, en hiver quand il fait froid, la pompe tourne plus fort et fait plus de bruit.

« Même si ce sont des moments où on a les fenêtres fermées et où on est un peu moins dehors, ça peut créer une gêne, dit Nicolas Balanant. Et certaines pompes à chaleur font aussi de la clim’ l’été. C’est là où il va y avoir le plus de nuisances, notamment quand les gens dorment avec les fenêtres ouvertes. » Le bruit sera d’autant plus gênant si l’environnement général autour du logement est calme.

Lors de l’achat d’une PAC, il est important de comparer la « puissance acoustique UE » (pour unité extérieure) en décibels (dB A) des différents modèles pour choisir le moins bruyant. Cette information figure obligatoirement sur l’étiquette énergie. « Pour une même puissance en kW, on peut avoir des appareils plus ou moins silencieux, explique l’acousticien de Qualitel. En revanche, il ne faut pas se fier au niveau sonore [ou pression acoustique] annoncé par les fabricants qui peut être mesuré à des distances variables de l’appareil. » Il estime que les pompes à chaleur les plus silencieuses ont une puissance acoustique autour de 50 dB, les plus bruyantes autour de 70 dB.

« Certains problèmes persistent, soit à cause d’une mauvaise installation, soit d’un manque de formation des installateurs »

Les nouveaux modèles sont moins bruyants qu’il y a dix ans, assure l’Association française pour les pompes à chaleur (Afpac). « Il existe désormais des PAC « low noise » plus silencieuses, mais aussi plus chères, dit Arnaud Meyer, délégué aux affaires techniques à l’Afpac. Les fabricants travaillent, par exemple, à moduler le bruit en proposant des cycles plus silencieux la nuit. D’autres développent des unités extérieures plus grandes afin de réduire la vitesse de rotation du ventilateur. »

Pour Justine Monnereau, juriste et responsable du pôle communication au CIDB, le problème des nuisances sonores peut aussi se poser avec les appareils les plus récents : « Certains problèmes persistent, soit à cause d’une mauvaise installation de la PAC, au mauvais endroit, soit d’un manque de formation des installateurs, ou du moins de sensibilisation à l’impact sonore d’une PAC sur le voisinage. »

Éviter de l’installer sous les fenêtres ou dans la cour intérieure

L’emplacement de l’unité extérieure doit être choisi avec soin à la fois pour épargner ses voisins, mais aussi s’épargner soi-même : ne jamais placer une unité extérieure sous ses fenêtres ou celles de son voisin ; l’installer au moins à 3 mètres des limites de propriété ; l’orienter de façon à ce qu’elle soit abritée du vent qui peut porter le bruit ; l’éloigner le plus possible des pièces de vie et des chambres.

Mettre de la distance est le meilleur moyen de réduire le bruit : « En l’absence de tout obstacle, le niveau sonore décroît avec l’éloignement. Il baisse de 6 décibels chaque fois que l’on double la distance à la source », selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). « Si on peut éviter de l’installer contre un mur — ce qui est tout de même assez difficile —, c’est mieux, parce que les murs ont tendance à réfléchir le son. Il faut aussi éviter de l’installer dans une cour intérieure ou dans un coin parce que, là aussi, ça va propager les bruits », conseille Nicolas Balanant.

« Les installateurs certifiés sont sensibilisés à la question acoustique lors de leur formation »

L’Afpac liste une série de recommandations pour les installateurs. « Il s’agit surtout de conseils de bon sens. Par exemple, aujourd’hui, les installateurs ont pris l’habitude d’installer de façon systématique en maison individuelle des plots antivibratiles afin d’éviter les vibrations dans le logement », dit Arnaud Meyer. Des conseils ont également été édictés à l’adresse des consommateurs, pas toujours conscients des possibles nuisances générées par leur future PAC. « Les installateurs ont parfois du mal à convaincre leurs clients qui ont une idée bien précise de l’endroit où ils veulent qu’on place l’unité extérieure et n’en démordent pas », raconte Arnaud Meyer.

Parmi les autres recommandations de l’Afpac : toujours recourir à un installateur certifié RGE (reconnu garant de l’environnement) Qualibat. « Les installateurs certifiés sont sensibilisés à cette question acoustique lors de leur formation », souligne Arnaud Meyer. Faire appel à un professionnel compétent, c’est aussi la garantie d’avoir une PAC bien dimensionnée par rapport à la surface à chauffer, donc moins bruyante, car lorsqu’elle est sous-dimensionnée, elle tourne plus souvent.

Mieux encadrer la pose de pompes à chaleur ?

Si malgré tout, la PAC se montre trop bruyante une fois installée, il existe des solutions, comme la pose d’écrans acoustiques ou d’encoffrements. « On gagne jusqu’à 5 dB en général », assure le responsable de l’Afpac. En revanche, la plantation d’une haie végétale ne suffira pas : « Ça joue sur le visuel, mais pas sur le bruit », considère Nicolas Balanant, qui estime que les PAC sont « une nuisance à bas bruit qui mériterait d’être mieux encadrée ».

Le CIDB plaide pour une étude d’impact sonore systématique avant l’installation de la pompe. « Car après, c’est trop tard et difficilement récupérable, juge Justine Monnereau. Or, ces études d’impact ne sont pas obligatoires et rarement réalisées pour les installations en maison individuelle. » Elle prend l’exemple de l’État de Fribourg, en Suisse, où une attestation doit être fournie lors d’une demande de permis de construire pour l’installation d’une PAC air/eau : « On pourrait imaginer un système qui consisterait à conditionner les autorisations d’urbanisme au respect du voisinage. Les villes auraient ainsi aussi leur rôle à jouer. »

Une proposition qu’Arnaud Meyer juge superflue, l’Afpac mettant gratuitement à disposition des installateurs des outils d’évaluation acoustique. « Imposer une étude d’impact pour chaque installation en maison individuelle ne serait pas viable économiquement, car ces études coûtent cher », met-il en garde. Selon lui, il existe suffisamment de solutions à disposition aujourd’hui pour éviter et résoudre les nuisances.



Que risquez-vous si votre PAC dérange les voisins ?

Le propriétaire d’une pompe à chaleur qui dérange ses voisins peut être accusé d’enfreindre l’article R.1336-5 du Code de la santé publique, selon lequel « aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme ».

Il encourt une amende pouvant atteindre 450 euros. Si le voisin dépose plainte et que l’affaire va jusque devant le juge, la peine peut être beaucoup plus lourde, comme le montre la jurisprudence en la matière. Ainsi, par un jugement du 13 novembre 2024, le tribunal judiciaire de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) a condamné l’installateur et la propriétaire d’une pompe à chaleur à indemniser les voisins à hauteur de 5 000 euros de dommages et intérêts, tout en ordonnant le déplacement de l’installation. Le propriétaire d’une PAC peut aussi encourir une amende pour tapage nocturne (article R.623-2 du Code pénal).

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