Enfin ! Un éco-label pour les WC

Durée de lecture : 6 minutes

14 décembre 2013 / Pascale Mugler (Reporterre)



L’Union européenne vient de définir un label écologique pour les toilettes : moindre consommation d’eau et matériaux recyclables sont promus - mais l’on n’a pas été jusqu’à promouvoir les toilettes sèches.


Voici qui devrait soulager complètement les plus inquiets d’entre nous quant à l’impact écologique de certains de nos besoins : la Commission européenne vient de définir les conditions d’obtention d’un écolabel pour les WC à chasse d’eau et les urinoirs. Ainsi le Journal officiel de l’Union européenne du 9 novembre définit-il les différents systèmes concernés et détaille huit critères d’attribution. Ils portent sur le volume d’eau utilisé : pas plus de six litres pour une chasse complète - entendez la grande - avec possibilité d’économiser au moins trois litres, et un litre pour celle de l’urinoir. En comparaison, une chasse, une vieille, peut avaler dix à douze litres.

Vierge ou recyclé, s’il y a présence de bois dans les composants du WC labellisé, il doit provenir d’une forêt gérée dans une optique de durabilité. Toutes les pièces de l’installation, qui bénéficie d’une garantie de réparation ou de remplacement d’au moins cinq ans, sont facilement remplaçables. La commande de chasse à la demande est obligatoire sur les urinoirs collectifs. Enfin, si le tout est géré électroniquement, le concepteur doit avoir prévu un système qui permet de couper les déclenchements intempestifs.

Ces performances seront repérables grâce au logo de l’écolabel avec un texte qui indique « rendement hydrique élevé, diminution du volume des eaux usées, économie d’eau et d’argent, incidence en fin de vie du produit réduite ». Pour l’arborer il faut pouvoir faire preuve du respect de ces critères avec la validation d’un laboratoire agréé.

Pour le néophyte, la curiosité de ce texte législatif d’une quinzaine de pages réside dans la formule de calcul arithmétique qui permet d’évaluer la qualité écologique ou non de ladite chasse selon la quantité d’eau qu’elle utilise : Va= (Vf +(3 X Vr) )/4). Oui, bien sûr...

Va, pour volume par chasse, Vf, pour volume par chasse complète et Vr pour volume réduit.

Quoi, encore de l’eau ! Est-ce écologique ?

Reste qu’en la matière, il y a débat : avec ou sans eau, les WC ? Certains estiment en effet qu’il est préférable de réintroduire les déjections assainies dans la terre plutôt que dans les rivières qu’elles chargent d’azote et de phosphore et qu’elles polluent. Les adeptes de la cabane au fond du jardin se seront reconnus. Mais dans son texte, l’Europe ne s’est pas penchée sur ce type d’installations.

En moyenne, une personne consomme vingt à trente litres d’eau potable par jour dans l’utilisation des toilettes. Sur une année pour une famille, des toilettes sèches permettent d’économiser près de 45 000 litres estime l’ingénieur, consultante en environnement, Sandrine Cabrit-Leclerc. Dans son petit livre pratique J’économise l’eau à la maison (éd. Terre Vivante), elle consacre un chapitre au sujet : fonctionnement, coût, systèmes, etc. Les principaux systèmes étant le scandinave (urines et fèces séparées), ou la TLB, toilette à litière biomaîtrisée (l’eau est remplacée par de la sciure de bois), le plus connu en France.

Pour approfondir la question, on peut se reporter au guide technique très complet accessible en ligne de Toilettes du monde.

Cette structure est également l’auteur d’un rapport intitulé Les toilettes sèches familiales : état de l’art, état des lieux dans plusieurs pays et propositions pour un accompagnement en France. Elle travaille depuis dix ans au développement et à l’accompagnement de l’assainissement écologique. Basée à Nyons (Drôme), elle a développé un réseau d’expertise en France et à l’international et propose des animations ou des formations notamment sur les toilettes sèches (avec compostage, etc. ). Dans son programme 2014, notons une nouveauté d’actualité : un module sur la précarité sanitaire.

Pas de quoi rire

Le sujet n’est pas aussi léger qu’il y paraît. Un tiers de la population mondiale, soit 2,5 milliards de terriens, n’a pas accès à des toilettes, selon l’Unicef (Fonds des Nations unies pour l’enfance). Les conséquences sur la santé et le développement sont dévastatrices. Au point que le 19 novembre dernier, l’Onu a célébré la Journée mondiale des toilettes.. Au siège de l’organisation à New York, lors d’une conférence de presse, des spécialistes de l’assainissement ont rappelé que le manque de latrines et les maladies qu’il engendre tuent chaque année 800 000 enfants de moins de cinq ans, soit deux mille par jour.

En juillet de cette même année, l’Onu avait lancé un appel pour accroître l’accès des pauvres à l’assainissement et pour lutter contre la défécation en plein air. Cette pratique utilisée par un milliard de personnes est extrêmement nuisible à la santé publique (développement de bilharziose, diarrhées, typhoïdes, hépatites ou cholera).

Sans assainissement selon l’Unicef, les filles rechignent à aller à l’école dès qu’elles ont leurs règles et aujourd’hui, quelque 500 millions de femmes et de filles perdent plusieurs heures par jour à chercher un endroit discret où faire leurs besoins. Le manque d’assainissement freine l’éducation et la productivité des femmes et des filles, et combiné à une absence d’accès à l’eau potable, il fait perdre aux pays en développement quelque 260 milliards de dollars par an, estime l’Onu.

Lors de la célébration, la représentante de Singapour, Karen Tan, a expliqué l’expérience de son pays où, en 1965, 45% de la population seulement avaient accès à l’assainissement : « Il nous a fallu de la discipline, de la créativité et des investissements pour atteindre l’objectif de l’assainissement pour tous en trois décennies. » Le temps est désormais révolu où il n’était pas possible de placer le mot « toilette » dans un discours officiel, s’est-elle félicitée, en notant que la fin du tabou et des sourires gênés est une étape déterminante de la sensibilisation aux enjeux liés à l’assainissement.





Source : Pascale Mugler pour Reporterre.

Photo : RFI

Lire aussi : Aux Philippines, une urgence oubliée : les toilettes.


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