La joie et la bataille

Durée de lecture : 3 minutes

28 septembre 2015 / Hervé Kempf (Reporterre)

Alors même que le Tour Alternatiba arrivait dans la joie à Paris, le gouvernement prenait une nouvelle décision anti-écologique en autorisant des LGV inutiles et destructrices de l’environnement.

Et s’il valait mieux parler des bienfaits que va apporter la lutte contre le changement climatique plutôt que de répéter l’impact catastrophique que son développement pourrait avoir ? C’est la conclusion à laquelle parviennent des chercheurs en sciences sociales. Dans un article publié lundi 28 septembre dans la revue scientifique Nature Climate change, ils expliquent - au terme d’une enquête auprès de six mille personnes dans 24 pays - que parler des « co-bénéfices » des actions de prévention du changement climatique surmonte les réticences, l’indifférence, voire le scepticisme à l’égard du changement climatique ; ces bénéfices collectifs concernent la réduction de la pollution, un autre développement économique, l’amélioration de la santé et du bien-être, le développement de la solidarité.

Ce principe est au coeur de la démarche d’Alternatiba, lancée il y a deux ans à Bayonne, et qui a depuis essaimé dans toute la France et ailleurs, jusqu’à cette belle fête qui a animé la place de la République, avec l’arrivée du Tour dans un Alternatiba Paris chaleureux et ensoleillé. Et le même week-end, se tenaient dans plusieurs villes, à Mimizan, à Angers, au Havre, à Lorient, à Bergerac, dans onze villes au total, d’autres Alternatiba.

Les cyclistes du Tour Alternatiba explosent de joie lors de leur arrivée place de la République à Paris, le 26 septembre

De quoi s’agit-il ? De dire et répéter que le changement climatique est un immense défi, le plus important de tous : « Si on ne gagne pas cette lutte, il ne sera pas possible de gagner les autres, par exemple sur la retraite ou sur le travail », a dit Adrien, un des activistes du Tour, lors de la conférence à l’étape de Montreuil (93). Mais il s’agit aussi de montrer que, en changeant les modes de vie et en mettant en œuvre les alternatives, les solutions existent, dans le quotidien de chacun, dans les pratiques collectives, dans un autre système économique.

L’ambiance chaleureuse qui règne dans tous les Alternatiba, la floraison qu’ils expriment, leur capacité à occuper l’espace public, la ville - et non pas des hangars perdus dans des parcs d’exposition -, réussissent à amorcer cette démonstration, à toucher un public qui va au-delà du peuple écologiste et militant, à convaincre qu’il ne s’agit pas d’un rêve impuissant, mais d’une réalité concrète.

Cependant, cette image de bonne humeur et de joie projetée sur la question du climat, perçue habituellement comme anxiogène et paralysante, ne saurait nous faire oublier la nécessité de la lutte, et l’obstination de ceux qui dominent les pouvoirs. Le jour même où le Tour Alternatiba arrivait à Paris, le gouvernement annonçait qu’il accordait "l’utilité publique" aux projets de LGV Bordeaux-Bayonne et Bordeaux-Toulouse : de grands projets inutiles, destructeurs de l’environnement, empêchant les alternatives ferroviaires, dilapidant l’argent des citoyens. Cette décision a été prise malgré des avis officiels très critiques, notamment celui de la Cour des comptes, et malgré une conclusion négative de l’enquête d’utilité publique. Le pouvoir, donc, crache son mépris à la figure des citoyens.

- plus d’informations dans ce communiqué à télécharger :

La coïncidence de ce mépris gouvernemental et d’Alternatiba nous rappelle un élément crucial de la situation actuelle : oui, il faut des alternatives, oui, prévenir le climat passe par des solutions bénéfiques à tous, oui l’avenir peut être souriant. Mais c’est bien une bataille sévère, âpre, dure, qui est engagée entre le peuple et les saboteurs du climat. Et dans cette bataille, les sourires et les bons sentiments ne peuvent suffire.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photos : © Eric Coquelin/Reporterre



Documents disponibles

  Sans titre
6 avril 2020
Pendant le confinement, les épandages de pesticides autorisés près des habitations
Info
6 avril 2020
Au nom du coronavirus, l’État met en place la société de contrôle
Enquête
4 avril 2020
SPÉCIAL OUTREMER - À Mayotte, le coronavirus s’installe dans un département sinistré
Reportage




Du même auteur       Hervé Kempf (Reporterre)