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Place to B et le Jardin d’Alice : deux alternatives différentes à la COP officielle

8 décembre 2015 / Tiffany Blandin et Lorène Lavocat (Reporterre)



D’un côté, le formel Place to B, pensé pour l’émulation des journalistes, blogueurs et membres d’ONG. De l’autre, le Jardin d’Alice, convivial et un peu foutraque. Les militants du monde entier de passage à Paris pendant la COP s’adaptent à leurs qualités et à leurs défauts, entre activités intellectuelles et manuelles.

- Paris, reportage

Devant un grand immeuble aux larges baies vitrées, deux imposants vigiles fouillent les sacs. Juste derrière eux, une jeune femme souriante accueille les visiteurs : « Bienvenue à Place to B ! » Après vérification sur sa longue liste d’inscription, elle ouvre une lourde porte avec son badge et laisse entrer les curieux dans le hall fourmillant de ce « lieu où il faut être ».

Pendant les deux semaines de la Conférence climat, l’auberge de jeunesse Saint Christopher Inn et le bar Belushi accueillent journalistes indépendants, blogueurs ou membres d’ONG venus des quatre coins du monde. Le lieu se pense comme un hub, une plate-forme d’échanges et de rencontres online et in live. « Nous avons besoin d’endroits pour nous retrouver, faire du réseau, partager des expériences », assure Boris, de l’association Etika Mondo. De passage pour un rendez-vous, il apprécie l’atmosphère « propice au hasard créatif ».

Complet depuis plusieurs semaines

Accoudé au bar, un documentariste français discute avec une militante écologiste étasunienne, tandis que le serveur prépare un burger de canard aux champignons de Paris, châtaignes et poires (12 €). À côté, Marie-Hélène, étasunienne d’origine haïtienne, observe les allées et venues incessantes : « Hier, j’étais avec une militante de la République dominicaine, et ce matin, j’ai aidé un réalisateur kényan à traduire son film sur le Kilimandjaro. »

Dans la salle principale règne un brouhaha franco-anglais à base de « climate » et de « sustainable development ». Karen arrive des États-Unis avec une centaine de membres de la Climate Justice Alliance, un réseau nord-américain d’associations écologistes et sociales. Même si elle apprécie le cosmopolitisme du lieu, pour elle il s’agit avant tout d’une « good place to sleep ».

L’auberge de jeunesse affiche d’ailleurs complet depuis plusieurs semaines. « Les 600 lits ont été réservés spécialement pour la COP, nous accueillons une centaine de nationalités différentes », explique l’un des employés. Derrière lui, un écran plat indique le programme de la journée. Conférences, ateliers, films. Mais le lieu sert surtout d’espace de travail. « C’est plus calme que d’habitude, c’est très studieux », confirme l’employé en souriant.

Un réseau social en chair et en (Mac) OS

Les ordinateurs envahissent les tables, et les prises électriques deviennent des biens rares. Dans un recoin, une journaliste interviewe Vandana Shiva, pendant que Public Sénat enregistre une émission en direct.

« C’est plus qu’un centre de presse, explique Sami, membre de la « Team » de Place to B. Nous voulons profiter d’avoir au même endroit toutes ces personnes différentes pour trouver des manières de parler différemment du climat. » Un « récit alternatif » qui se construit notamment au sein de la Creative Factory.

Ce mercredi, une vingtaine de participants, dont un expert en bien-être et un apiculteur, planchent donc autour du thème « les merveilles et le pouvoir guérisseur de la nature ». L’objectif, en deux jours : « Faire naître une réflexion collective et produire un message alternatif, positif sur la crise écologique », explique Tiphaine, qui coorganise la Factory. Vidéo lyrique, poème ou autoroute végétal à insectes... tout est possible !

Seul problème pour le moment, cette « usine créative » peine encore à interagir avec les coworkers de Place to B. Pour Flick, jeune anglaise de la Youth Climate Coalition, logée avec ses quinze collègues à l’auberge, « ici, c’est très sympa, très dynamique mais très institutionnel. Au Jardin d’Alice,c’est plus branché autogestion, activisme et art ».

« Zone de gratuité »

Le Jardin d’Alice, un immeuble associatif situé à Montreuil, est un autre point de rassemblement pendant la conférence climat. Le 1er octobre, le collectif d’artistes qui loue cet immeuble de 2.600 mètres carrés a ouvert tout le rez-de-chaussée aux militants.

Ici, pas besoin d’être inscrit sur une liste. La porte du bâtiment est grande ouverte. Dans l’entrée, des piles de tracts et brochures sur le climat ou les ZAD. Puis, une « zone de gratuité » où chacun peut prendre ou déposer livres et objets divers. Un peu plus loin, posées sur des grandes tables en bois, d’énormes marmites.

« Ce midi, c’est fricassée de butternut, sarrasin, purée de courge et salade », dit Jimmy, en charge du service. Comme tous les jours, le menu proposé ce mercredi par les radicales cocottes, le collectif qui s’occupe de la restauration du lieu pendant la COP, est 100 % végétalien. Pendant que Jimmy remplit généreusement une assiette, une jeune femme dépose une pièce dans le panier marqué « prix libre ». Autour, quelques « clients » déjeunent sur de grandes tables.

Matteo, lui, a emporté son repas dans le vaste atelier qui occupe les deux tiers du rez-de-chaussée. « J’ai beaucoup de travail », se justifie cet Étasunien qui a connu le Jardin d’Alice en lisant un article sur Internet.

Une vingtaine de personnes sont éparpillées dans l’atelier. L’ambiance y est studieuse. Au fond, une dizaine de militants Alternatiba, qui séjournent au quartier génial de l’Ile-Saint-Denis, peignent en rouge, bleu et vert des palettes de bois pour le village mondial des alternatives. Sur la droite, deux filles dessinent l’inscription « État d’urgence climatique » sur une banderole de dix mètres de long installée sur des tréteaux.

« Ce n’est pas très organisé, mais le lieu fonctionne bien »

Un peu à l’écart, un groupe d’une dizaine d’Étatsuniens s’affaire. Il s’agit des militants de l’organisation 350.org, qui a choisi le Jardin d’Alice comme atelier. L’ONG Avaaz a aussi utilisé les locaux pour préparer le matériel de la marche pour le climat. Mais l’événement a été interdit, et remplacé par une chaîne humaine.

Du coup, les centaines de pancartes et de décorations en tout genre qui avaient été confectionnées pour l’occasion ont à peine servi. Elles sont maintenant empilées un peu partout. « Ça fait mal au cœur de voir tout le monde se donner autant de mal, alors que beaucoup de mobilisations n’auront pas lieu », se désole Leila, qui travaille à l’accueil des militants non parisiens.

Trois personnes, l’air un peu perdu, entrent dans la grande pièce. Aurélie, Marion et Leeroy sont venus donner un coup de main. Ils se dirigent vers un atelier de découpe d’un curieux tissu argenté. Artur, du collectif berlinois Tools for Action (des outils pour l’action) supervise la fabrication de cubes gonflables de deux mètres de diamètre. « Nous sommes au complet. Il n’y a besoin que de quatre personnes pour chaque cube », dit en anglais l’activiste. « Je peux vous laisser ma place si vous voulez essayer », propose gentiment une femme.

Scotché au mur, le planning de la semaine reste vide, alors que les activités s’enchaînent. « Ce n’est pas très organisé, mais le lieu fonctionne bien, estime Elise, une militante d’Alternatiba. Les personnes qui viennent ici sont responsables et bienveillantes. En fait, ce sont les gens qui font le lieu. »

« On se sent en sécurité tous ensemble »

Assis à une table, cinq habitants de Notre-Dame-des-Landes discutent. Ils ont une idée d’action. Des séances de rire collectif devant les sièges sociaux des « sponsors » de la COP 21. Ils sont arrivés de la ZAD le samedi précédent avec le convoi de vélos et de tracteurs. N’ayant nulle part où aller, ils ont frappé à la porte du Jardin d’Alice. Même si des lieux comparables, comme l’Annexe, au Pré-Saint-Gervais, ont été perquisitionnés quelques jours avant. « Je n’ai pas vraiment peur de ça, confie Estelle, arrivée elle aussi de Notre-Dame-des-Landes. Je ne fais que fabriquer des vélos en carton. Et puis, on se sent en sécurité tous ensemble. »

L’heure du dîner approche. Les travailleurs de l’atelier commencent à affluer dans la salle de restauration, tandis qu’une quinzaine d’anglophones viennent d’arriver. Ce sont les Youngos, le groupe représentant la jeunesse à la conférence climat. Logés à Place to B, ils avaient besoin de trouver un lieu tranquille où se réunir. Et de prendre un peu l’air. « Place to B, ce sont des gens riches qui parlent à des gens riches, confie Cassy, une Youngo. On a entendu beaucoup de bien du Jardin d’Alice. Et apparemment, ce serait plutôt ici “the place to be”. »




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Lire aussi : Il y a la COP officielle – et celle des citoyens : voici les lieux alternatifs et leurs acteurs

Source : Tiffany Blandin et Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Éric Coquelin/Reporterre
. Chapô : Le Belushi, Place to B.

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