Yasuni : en Equateur, la fin d’une forte et belle idée

27 août 2013 / Patrick Bèle (Regards latinos)



C’est une des mauvaises nouvelles de l’été : le 15 août, le président de l’Equateur, Rafael Correa, a annoncé qu’il abandonnait le projet Yasuni. Celui-ci prévoyait de laisser indemne d’exploitation cette région riche en pétrole, en échange d’une compensation internationale. Celle-ci n’est pas venue, et la forêt amazonienne devrait être forée par les compagnies.


Le rêve écologiste ITT Yasuni n’aura vécu que six ans. Il s’agissait de proposer aux pays riches de participer à la préservation de l’extraordinaire réserve de biodiversité située à l’Est de l’Equateur en finançant ce que le président Correa appelait des « droits de non émission de gaz à effet de serre ».

Concrètement payer pour conserver plusieurs centaines de milliers de barils de pétrole dans le sous sol du parc Yasuni. Avantage : limiter l’émission de gaz à effet de serre et ne pas menacer les 2 274 espèces d’arbres, les 100 000 espèces d’insectes, les 150 types de batraciens qui ont trouvé refuge dans la zone depuis la dernière glaciation. La réserve de biodiversité la plus exceptionnelle de toute l’Amazonie.

Cette idée permet de poser les vraies questions sur les responsabilités de chacun dans le réchauffement climatique. Rafael Correa vient de la jeter dans les poubelles de l’histoire. Lors de la campagne électorale, Alberto Acosta, l’un des inspirateurs du projet Yasuni, ancien collaborateur de Rafael Correa et candidat contre lui à l’élection présidentielle en 2013 m’avait affirmé, alors que nous sillonnions la banlieue de Quito dans la benne d’un camion, « Correa va mettre fin à l’initiative Yasuni en accusant les pays riches d’être responsables de ce renoncement. Mais il n’y a jamais cru, cela lui a juste permis de se donner une image positive dans les milieux progressistes occidentaux. Rafael est un tenant du productivisme qui tue notre monde. Il a fait illusion mais bientôt le masque tombera ».

A l’époque je n’avais pas cru ce brillant politicien. J’avais confiance en la sincérité du président équatorien. Cette initiative Yasuni constituait un élément si nouveau dans la politique internationale, les proches du président équatorien paraissaient si convaincus qu’il s’agissait d’une priorité de Rafael Correa, que je n’ai jamais douté de sa volonté d’aller jusqu’au bout.

J’ai travaillé longuement sur les dégâts provoqués par Texaco en Equateur et j’en ai fait un livre qui conte l’histoire terrifiante de Maria Aguinda et de sa famille, victime des agissements mafieux et irresponsables de cette compagnie pétrolière étatsunienne. Rafael Correa a plusieurs fois visité la zone polluée par Texaco, et je pensais qu’il avait corrigé sa formation productiviste enseignée dans les universités d’économie étatsuniennes à la lumière de la catastrophe subie par son pays.

Ai-je été naïf de croire en sa volonté d’aller jusqu’au bout de cette expérience ? Dans le discours qu’il a prononcé pour annoncer la fin de l’expérience Yasuni, il avance plusieurs arguments pour expliquer son recul : la faible mobilisation de fonds (ils espéraient plus de 3 milliards de dollars, ils n’en ont récolté qu’un peu plus de 10 millions), l’hypocrisie des pays occidentaux (principales pollueurs, ils veulent faire porter les efforts par les pays pauvres), la crise économique (beaucoup de pays européens ont oublié leurs promesses de contributions après la crise financière de 2008), les besoins de la population équatorienne dont plus de 30% vit en dessous du seuil de pauvreté.


Manifestation de soutien au projet Yasuni, le 15 août à Quito.

Les justifications du président équatorien sont tout à fait recevables. Mais a-t-on le droit de mettre fin à une utopie qu’on a contribué à créer ? Car c’est bien ce dont nous manquons le plus cruellement : ces utopies qui permettent de faire avancer le monde sans écouter tous ces gens qui, sous prétexte d’expertises, vous expliquent que rien ne peut changer.

Continuons donc à faire n’importe quoi, à consommer des ressources non renouvelables, à polluer la terre entière, à nier la catastrophe qui nous attend. Rafael, tu laisses des millions de personnes orphelines d’un espoir de changement dans le paradigme du développement mondial. Rafael, pourquoi n’es-tu pas allé jusqu’au bout ?





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Source : Regards latinos

Photos :
- Portrait de Rafael Correa : Regards latinos
- Manifestation à Quito : RFI

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