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ReportageMonde

La sécheresse ne dissuade pas les fermiers texans de voter Trump

Fohn Bendele dit avoir dû se séparer d'une partie de ses bêtes, faute de pouvoir leur fournir une surface suffisamment grande à brouter à cause de la sécheresse.

Au Texas, la sécheresse frappe durement depuis trois ans. Mais cela ne suffit pas à ébranler la popularité de Donald Trump, largement plébiscité même chez les éleveurs qui en souffrent.

Hondo (Texas, États-Unis d’Amérique), reportage

« C’est à ça que ça devrait ressembler. » Fohn Bendele montre la surface verte où broutent ses bovins, tandis qu’autour de la parcelle, l’herbe est marron. « C’est sec comme ça depuis des mois », raconte ce propriétaire d’un ranch familial, à Hondo, dans le sud du Texas. 95 % de son comté, Medina, est en catégorie de « sécheresse extrême », le niveau 3 sur une échelle de 4, selon l’US Drought Monitor. Les comtés voisins sont aussi touchés par cette sécheresse qui dure depuis près de trois ans.

Fohn Bendele en fait les frais. Les réserves d’eau du sous-sol, puisée pour l’irrigation, ont drastiquement diminué. Cet éleveur ne peut désormais plus pomper que 100 gallons par minute [378 litres], contre 400 auparavant. Chapeau de cow-boy sur la tête et une Apple Watch au poignet, Fohn Bendele se penche sur l’herbe grillée. « C’est de pire en pire », dit-il.

L’herbe non-irriguée a depuis longtemps séché sur pied dans cette partie du Texas. © Edward Maille / Reporterre

L’éleveur, incapable de leur donner assez de surface pour brouter, dit s’être débarrassé de la moitié de son troupeau de bovins. Il ne lui en reste que 75 et « sûrement 50 d’ici la fin de l’année ». Pour nourrir toutes ses bêtes, il a dû augmenter les approvisionnements de foin, utilisé d’ordinaire pendant l’hiver pour compenser le manque d’herbe. Son budget foin est passé de 10 000 à 40 000 dollars « et seulement pour la moitié des vaches », regrette-t-il.

Le sud-ouest des États-Unis est coutumier des sécheresses, mais, accentuées et propagées du fait du changement climatique, elles le rendent très vulnérable. L’éleveur estime que « le changement climatique est responsable à 50 % » de cette période de sécheresse qui l’accable, la pire qu’il ait jamais connue.

Avec la sécheresse, les fermiers ont été forcés de diminuer les quantités d’eau souterraine pompées pour l’irrigation. © Edward Maille / Reporterre

Ce fermier pense qu’avoir une production agricole respectueuse de l’environnement est essentiel. Ses bœufs sont élevés en plein air, pour approvisionner des clients locaux, livrés avec une voiture électrique Tesla. « C’est écologique, mais surtout économique », dit-il. Comme 69 % des habitants de son comté, il a voté pour Donald Trump il y a quatre ans.

« Même si des fermiers sont touchés par des sécheresses, et qu’ils reconnaissent le rôle du changement climatique, ils savent que les mesures prises aujourd’hui par des élus politiques ne vont pas avoir d’effet sur la durée de cette sécheresse, explique Matt Burgess, professeur adjoint d’économie à l’université du Wyoming, spécialisé sur la polarisation politique du changement climatique. Certains fermiers peuvent estimer qu’il y a des préoccupations plus urgentes, sur des sujets culturels, économiques ou sur l’immigration, par exemple. »

Pour nombre de personnes, les thématiques économiques et sécuritaires prennent le pas sur le changement climatique. © Edward Maille / Reporterre

Fohn élève ses vaches avec deux de ses quatre enfants. Son fils William, 25 ans, partage ses préoccupations climatiques, mais quand il se rend au bureau de vote, « [s]a plus grande crainte est la sécurité ». « Quand ma femme est seule à la maison, je ne pense pas au changement climatique, j’ai peur qu’elle soit attaquée par un immigré venu illégalement. Si je n’étais pas préoccupé par les frontières et par les villes brûlées [référence aux manifestations et émeutes du mouvement Black Lives Matter contre les violences policières en 2020], le changement climatique serait en haut de la liste », explique-t-il.

L’économie avant le climat

Le dérèglement climatique n’est pas la priorité d’une grande partie des électeurs étasuniens, et vient après l’économie, la santé et l’immigration. 37 % des électeurs sondés estimaient en septembre que le changement climatique était un sujet « très important », contre 81 % pour l’économie, selon le Pew Research Center en septembre.

Fohn Bendele dit avoir quadruplé son budget foin à cause de la sécheresse. © Edward Maille / Reporterre

Fohn Bendele, qui travaille aussi comme conseiller financier, partage ce constat. « Donald Trump est favorable aux entrepreneurs, les gens ici travaillent dur pour vivre le rêve américain », explique celui qui apprécie l’expérience de « businessman » du candidat républicain.

Pour son fils, le programme écologique des démocrates n’est pas viable. « Donald Trump sera mieux pour lutter contre le changement climatique. Les démocrates cherchent à développer les voitures électriques. Pour cela, il faut aller à l’étranger, obtenir du lithium avec des gens qui travaillent presque comme des esclaves, et ensuite l’envoyer aux États-Unis, argumente William. Je ne pense pas que Kamala Harris ait un programme pour lutter contre le changement climatique. »

«  Je ne pense pas que Kamala Harris ait un programme pour lutter contre le changement climatique  », dit William, le fils de Fohn Bendele. © Edward Maille / Reporterre

À côté se trouve l’atelier où sa femme, Jana Bendele, tient sa fabrication de bougies artisanales, « sans huiles toxiques », contrairement à celles des supermarchés, dit-elle. La famille est aussi attachée à une alimentation plus saine et locale.

« Lorsqu’ils donnent de l’argent, je vois ça juste comme une aumône »

« Le gouvernement doit jouer un rôle dans la lutte contre le changement climatique, mais je ne pense pas qu’il devrait encourager les gens avec de l’argent ou des subventions. Il devrait faire plus d’éducation sur ces questions, et donner des options et des orientations. Lorsqu’il donne de l’argent, comme pour l’achat des véhicules électriques, je vois ça juste comme une aumône », estime-t-elle. Le développement des voitures électriques a été l’un des piliers de la politique environnementale de l’administration Biden, avec des crédits d’impôt pour les acheteurs et le développement d’usines de batteries électriques.

La réticence de la famille Bendele à voir le gouvernement agir contre le changement climatique s’inscrit dans la lignée du Parti républicain, qui souhaite limiter le rôle de Washington. « Par définition, le changement climatique est un échec du marché, qui ne prend pas en compte les externalités négatives liées à la pollution. Et, par définition, quand il y a un échec du marché, il faut une intervention du gouvernement. Cela entre en conflit avec le point de vue libertarien du Parti républicain, qui est en faveur de moins d’intervention du gouvernement dans l’économie », détaille Matt Burgess. Une position qu’illustre parfaitement Fohn, pour qui « le gouvernement n’est pas la solution à tous nos problèmes. Il faut une approche commerciale ».

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