Des mitraillettes et des CRS contre une cantine associative

16 mai 2016 / Collectif 39 Montreuil



C’est un conte de la folie policière ordinaire... Un jour, des policiers armés jusqu’aux dents débarquent dans un lieu alternatif, tranquille... Pourquoi ?

Un soir du mois d’avril, un soir où comme on le sait il ne faut pas se découvrir d’un fil, un soir donc... Mercredi 27 avril, 20h précise. Montreuil-sous-Bois, Seine-Saint-Denis.

Au 39 rue de la Solidarité, des agents d’institutions publiques représentant : la Douane, l’URSSAF, l’Hygiène et la Santé publique, le fisc et la Préfecture de Bobigny, sont envoyés en mission, encadrés de policiers municipaux, de la police nationale et de la police de l’immigration. Dix voitures banalisées ou pas, à quoi s’ajoute un fourgon. Point à ne pas négliger, certains policiers détiennent des bombes lacrymogènes, des flash-ball et d’autres des mitraillettes...

En tout, vingt à vingt-cinq personnes réparties dans la cantine et dans les voitures.

Qui peut bien être aussi dangereux au 39 rue de la Solidarité ? Qui pourrait exiger autant d’institutions en même temps ? Pourquoi vingt-cinq personnes se retrouvent-elles là ? Des armes contre qui ?

Eh bien, au 39 rue de la Solidarité, se trouve une cantine participative et autogérée qui s’appelle Tardigrade, crée il y a un an au sein d’un immeuble occupé qui a, quant à lui, six ans d’existence. Des mitraillettes contre une cantine ?... Est-ce bien sérieux ? N’y a-t-il rien d’autre à faire ? Mais bon, il faut bien que la police montre son nouvel arsenal.

Rentrons dans le vif du sujet.

La file des dix voitures bloque une partie de la rue de la Solidarité, une rue mitoyenne avec Vincennes. L’une d’elle bloque le grand portail. Tout ce groupe entre dans la cantine, et là, ils tombent sur une dizaine de personnes qui boivent du thé, discutent et écoutent de la musique. Les personnes présentes se demandent ce qui se passe. La police est-elle là pour les protéger contre un quelconque danger ? Un terroriste se cacherait-il parmi eux ?

Que nenni, que nenni...

A certains, ils disent :

« Nous sommes là, car certains de vos voisins se sont plaints du bruit ». C’est une nouvelle méthode que d’autres devraient utiliser : vous ne savez pas comment éradiquer le bruit ? Très simple, envoyez 20/25 policiers armés et des fonctionnaires de l’Etat et...et vous n’aurez plus de problème de bruit !

A d’autres, ils disent : « Nous sommes là pour faire un contrôle de l’URSSAF ». Un contrôle de l’Urssaf (la Sécurité sociale), accompagné de policier munis de flash-ball et de bombes lacrymogènes...

Mais leurs questions sont plutôt : « Combien de personnes habitent cet immeuble ? » Aucun rapport avec la Cantine donc.

Autre question : « Dans les habitants des 2 immeubles, y a-t-il des enfants ? Et si oui, quel âge ont-ils ? » Aucun rapport avec la Cantine non plus, mais plutôt avec la protection de la jeunesse... une institution manquante à l’appel.

J’oubliais, nous sommes sous état d’urgence depuis... fin novembre 2015.
Que veulent-ils ? On ne sait pas...c’est... flou.

Au bout d’un certain temps, quelqu’un demande combien de temps cela va durer, un policier répond, deux heures. C’est le moment que choisit M. B. pour aller aux toilettes. Un policier lui demande ses papiers, avant qu’il ne sorte. M. A. veut se déplacer pour changer de siège, un policier lui demande de s’asseoir. M. A s’interroge, n’a-t-il pas le droit de se déplacer au sein de cette cantine encerclée ?

Toutes les personnes doivent présenter leur carte d’adhérent pour montrer qu’elles font bien partie de l’association.

Les policiers demandent à voir les papiers concernant les statuts de l’association Le Collectif 39, qui est à la base de la Cantine Tardigrade. Tous les documents demandés sont fournis : déclaration en préfecture, bulletins de paies, assurance, statuts, numéro de Siret, cartes d’adhésion, etc. Les policiers se montrent surpris et reconnaissent que tout est en règle.

C’est là que M.S. demande à voir un papier officiel justifiant la réquisition. Finalement, un fonctionnaire lui tend le papier du procureur. M. S. a à peine le temps de le tenir dans sa main et de le prendre en photo qu’un agent de police lui arrache le papier des mains. Le même policier demande ses papiers à M. S.

Toute cette intervention dure 45 minutes. On lira plus tard sur la photo floue du document du procureur qu’ils avaient une large plage horaire de 20 h à 00h. Soit quatre heures devant eux. Qui paye tout ça ? Nous, les citoyens. Et la nuit, c’est gratuit ? Non, ce soir-là, ce sont les citoyens français qui ont payé une opération armée dans une cantine autogérée.

D’après le papier, le procureur cherchait à savoir s’il y avait :

- Une dissimulation d’activité
- Une dissimulation d’emploi salarié
- Emploi d’étranger sans titre de travail

Voilà...

Pour en savoir plus sur cette cantine Tardigrade qui compte plus de 1000 adhérents, où tout est basé sur la récup’ des invendus alimentaires et autres (livres, vêtements, outils, vélos, etc.) et la participation libre : voir le magazine VSD du 30 mars 2016, Le Parisien numérique, article du 1 juin 2015, aussi un article sur le parisien papier. A voir aussi, dans le film de Beatrice Turpin, Montreuil, vers une écolonomie ? sur les alternatives à Montreuil.

Notons peut-être que cet immeuble, ainsi qu’un autre qui lui fait face, fait partie d’un lot vendu aux enchères et au rabais, 2,6 millions d’euros le 12 avril dernier, soit 10 jours plus tôt.

Le 27 avril, il y avait donc un nouveau propriétaire depuis deux jours. Les mauvaises langues pourraient suggérer que ce n’est pas sans rapport avec cette spectaculaire, disproportionnée et terrifiante descente. Mais pour pouvoir affirmer une telle chose il faudrait peut-être enquêter un peu sérieusement sur les réseaux du nouvel acquéreur. La société Stanroc Real Estate
ainsi que son commisaire aux comptes titulaire, Francis Colson.

Il faudrait vraiment être paranoïaque pour imaginer que cette visite surprise du 27 avril au Tardigrade puisse avoir un quelconque rapport avec le fait que ce M Colson siège à la Commission départementale des Impôts pour instruire et défendre les dossiers de contentieux fiscaux.

A la cantine, personne n’a l’âme d’investigateur, les gens préfèrent dépenser leur énergie à construire un lieu d’accueil chaleureux et solidaire où les habitants sont invités à sortir de l’isolement citadin pour échanger et partager autour d’un bon repas l’idée d’une société respectueuse de tous.




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Lire aussi : A Paris, la police interdit de rire - c’est vrai !

Source : Courriel à Reporterre du Collectif 39

Photos : Pêche monnaie locale

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