Bientôt tous inassurables ? De premières données et beaucoup de questions
Inondations à Saintes, en Charente-Maritime, le 18 février 2026. - © Romain Perrocheau / AFP
Inondations à Saintes, en Charente-Maritime, le 18 février 2026. - © Romain Perrocheau / AFP
Inondations, sécheresses... Nos assurances vont-elles assurer encore longtemps nos biens ? Un nouvel observatoire tente d’y répondre. Résultat : les assureurs sont là... tant que les événements climatiques extrêmes ne se multiplient pas trop.
Face au changement climatique, nos assureurs vont-ils assurer encore longtemps ? C’est une question légitime dans une époque chahutée par les inondations, la montée des eaux ou la multiplication des sécheresses... Pour y répondre en partie, voici un observatoire attendu de longue date, une sorte de boussole pour naviguer dans les remous climatiques.
La première édition de l’Observatoire de l’assurabilité a été remise le 15 juin à Monique Barbut et Roland Lescure, respectivement ministres de la Transition écologique et de l’Économie. Réalisé par la Caisse centrale de réassurance (CCR) [1], en coopération étroite avec les services de l’État, le Cerema, France Assureurs et la Mission Risques Naturels, cet observatoire donne une photo du nombre et de la concentration des offres d’assurance sur l’ensemble du territoire français.
Son objectif ? Nous rassurer sur notre capacité à nous assurer. Sauf que nous entrons dans une époque où les événements climatiques extrêmes se multiplient et pèsent sur la rentabilité financière des assureurs.
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Pour monter l’observatoire, la CCR a regardé les « 19 millions de contrats (représentant presque la moitié des contrats dommages aux biens) et trois aléas naturels majeurs : inondation, débordement et ruissellement ; retrait-gonflement des argiles (RGA) et cyclone ». Des aléas qui représentent plus de 90 % des indemnisations versées aux particuliers au titre des catastrophes naturelles.
Attention, l’observatoire analyse partiellement les choses en ne prenant pas en compte la situation pour les appartements, les biens des entreprises, les bâtiments des collectivités, les incendies, la submersion marine, la tempête-neige-grêle, le recul du trait de cote, la Guyane ou encore Mayotte. Ce n’est pas rien : là-bas, à peine 6 % de la population mahoraise disposait d’une assurance habitation en 2020, selon un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable consacré au phénomène de non-assurance dans les territoires d’outre-mer.
Un premier pas... avant l’orage
Forcément, en regardant moins, on voit mieux. Le résultat principal de l’observatoire donne une carte de France et de ses territoires ultramarins vert chlorophylle. Les chiffres rassurent : 97,7 % des communes métropolitaines sont en situation normale. Comprendre : elles comptent un nombre suffisant d’assureurs différents, mais ce calcul ne prend pas en compte les événements climatiques futurs.
D’autres — 568 exactement — sont en tension légère, soit 1,6 % des communes, représentant 1 million d’habitants. 335 supplémentaires sont en tension modérée, dont 92 en outre-mer (Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Saint-Martin, Saint-Barthélemy), représentant 2 millions d’habitants et 2,9 % de la population française.
Cette carte ne dit pas qu’il n’existe aucun risque — il ne se prononce pas sur ce point —, mais qu’aucune tension assurantielle (lorsqu’il y a moins d’assureurs sur un territoire) n’a été détectée. Ainsi, une commune peut compter plus de 25 assureurs différents tout en étant très exposée aux inondations ou au retrait-gonflement des argiles.
L’inassurabilité massive n’est pas là. La France n’est ni la Floride ni la Californie, où nombre d’assureurs privés se sont carapatés suite aux ouragans en série et aux incendies dévastateurs de janvier 2025. Mieux, le système français est robuste. Il se base sur la mutualisation nationale — chacun met au pot des catastrophes naturelles en payant une surprime dans ses contrats d’habitation et auto — qui, avec la garantie publique du réassureur public de la Caisse centrale de réassurance, agit comme une digue, à défaut de pouvoir influer sur la météo.
Par ailleurs, en observant surtout l’accès formel à une assurance, l’observatoire ne regarde pas du tout la qualité réelle de celui-ci. Il ne mesure pas les hausses des primes, les franchises acquittées, les refus déguisés, les clauses, les découragements, les travaux imposés ou la lassitude des sinistrés. Autrement dit, il ne capte pas forcément ce qui se passe au guichet.
« Ce travail d’évaluation est indispensable à notre volonté d’accompagner structurellement l’adaptation de notre pays au changement climatique. » Dès la remise du rapport, Roland Lescure a annoncé une évolution du régime CatNat, qui indemnise les biens assurés pour catastrophes naturelles : une révision quinquennale de la surprime — obligatoire sur les contrats d’assurance — qui finance le régime, et un soutien plus appuyé à la présence des assureurs dans les territoires ultramarins. C’est bien que le vert de la carte n’est pas un feu vert pour dormir, mais bien un vert de tableau de bord avant l’orage.