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Agriculture

« Le système s’effondre déjà » : l’échec de l’assurance privée pour les récoltes

Un vigneron au milieu de ses vignes brûlées à Tournissan (Aude), le 22 août 2025.

Le nouveau système d’assurance-récolte « est déjà en train de s’effondrer », alerte le porte-parole de la Confédération paysanne. Censé aider les agriculteurs face aux risques climatiques, il ne couvre pas les incendies.

Enfin, les dernières flammes et fumées ont disparu. Le 28 août, la préfecture de l’Aude a annoncé que l’incendie qui sévissait depuis plus de trois semaines et a parcouru 17 000 hectares était éteint. Une catastrophe climatique de plus dans un été où la France a enregistré deux canicules, et alors qu’une grave sécheresse se poursuit dans le centre du pays.

Face à ces drames, les agriculteurs se retrouvent en première ligne. Dans l’Aude, « on a 1 700 hectares de vignes touchées directement ou indirectement par les fumées, 35 hectares d’oliviers, des apiculteurs, trois exploitants en plantes à parfum et médicinales, quelques éleveurs... » liste Ludovic Roux, président de la chambre d’agriculture.

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Le nouveau système d’assurance « multirisques climatiques », mis en place en janvier 2023, devait aider les agriculteurs à faire face à cette augmentation des risques climatiques, et préserver leurs revenus.

Mais « pour nous, ce système est déjà en train de s’effondrer après seulement deux ans de mise en place », constate Thomas Gibert, maraîcher en Haute-Vienne et porte-parole national de la Confédération paysanne chargé de ce dossier. Avant même son instauration, le syndicat dénonçait cette réforme, qui a remplacé l’ancien régime — public — des calamités agricoles par des assurances-récolte privées (le public ne reprend la main qu’en cas très exceptionnel, quand les pertes dépassent certains seuils, variables selon les cultures).

L’assurance-récolte ne prend pas en compte les feux

Dans l’Aude, cette nouvelle assurance-récolte n’a tout simplement servi à rien. « Elle ne prend pas en compte les feux, ce n’est pas considéré comme un aléa climatique », constate Ludovic Roux. Les agriculteurs ont donc dû se retourner vers leur classique assurance professionnelle. « Le problème, c’est que les paysans se retrouvent seuls face à leur assureur pour tenter de se faire rembourser », regrette Thomas Gibert.

C’est le cas de Flore Chautard, apicultrice installée à Laroque-de-Fa, dans l’Aude. D’une voix faible semblant encore sous le choc, elle nous répond alors qu’elle a le nez dans les papiers. Elle rassemble les documents pour être indemnisée par son assurance. Début août, elle a perdu une trentaine d’essaims dans les flammes. Elle évalue les pertes à 500 euros par ruche, entre « les abeilles, la cire, la caisse, le matériel... ». « Mais mon assurance m’a proposé 155 euros par ruche », dit-elle. La faute au choix de cotisations minimales, liées à ses moyens.

« Les contrats d’assurance sont chers et les paysannes et paysans sont dans la précarité »

Même si l’assurance-récolte avait pris en compte les feux, elle n’aurait pu en bénéficier : l’apiculture, comme le maraîchage diversifié, les plantes à parfum et médicinales et les pépiniéristes ne sont pour l’instant pas assurables. Les assureurs ne proposent pas de contrats aux agriculteurs de ces filières, dont ils peinent à évaluer les risques. Un autre trou dans la raquette de ce nouveau système.

En tout, selon les chiffres diffusés par le ministère en réunion et relayés par la Confédération paysanne, seules 18 % des fermes françaises ont demandé « l’aide à l’assurance-récolte ». « Les contrats d’assurance sont chers et les paysannes et paysans sont dans la précarité », explique Thomas Gibert. Le coût de l’assurance est pourtant subventionné à 70 % par les aides européennes de la politique agricole commune (PAC). « Il faut quand même pouvoir sortir plusieurs milliers d’euros », poursuit le paysan, qui dénonce un système inégalitaire.

Un calcul biaisé

Ce nouveau système assurantiel a plutôt été taillé pour des productions telles que les grandes cultures ou la viticulture, qui n’ont pas de mal à se voir proposer des contrats. Ludovic Roux, viticulteur, n’était pas opposé à la réforme : « Le risque, c’était que les assureurs ne veuillent plus assurer », dit-il. Mais, là encore, dans l’Aude, il reconnaît commencer à en voir les limites.

Son département a subi quatre ans de sécheresse. « Alors, dans les Corbières, on est des spécialistes de l’assurance-récolte », dit-il. Le calcul de celle-ci se fait sur la moyenne dite « olympique » des récoltes des années précédentes, c’est-à-dire en enlevant la meilleure et la pire année du calcul.

« La première année de sécheresse, ça fonctionne du feu de Dieu, puis quand on arrive à quatre années sur cinq d’aléas, on enlève du calcul la seule récolte normale », déplore Ludovic Roux. L’indemnisation devient alors très basse, car calculée sur les rendements de trois années de sécheresse. « Il faut réformer la moyenne olympique », en conclut le président de chambre d’agriculture.

« Couvrir réellement les risques liés au dérèglement climatique »

Toujours selon les chiffres consultés par Reporterre, la surface de vignes assurées a diminué de 10 % entre 2024 et 2025 [*]. Et la surface agricole utile assurée, elle, n’est passé que de 17 % en 2022 — avant réforme — à 22,8 % en 2025 [*]. Le but de la réforme était pourtant, selon le ministère de l’Agriculture, de « créer un réel choc dans la diffusion de l’assurance-récolte ».

La Confédération paysanne pousse donc une proposition alternative : un « fonds professionnel mutuel et solidaire » géré par l’État et l’Union européenne. Ils participeraient à financer ce fonds, avec toute la chaîne alimentaire (interprofessions, fournisseurs d’agroéquipements et d’intrants, transformateurs et grande distribution), afin de mutualiser le risque climatique.

« On a déjà consommé presque la totalité de l’enveloppe des aides PAC dédiée au système assurantiel actuel, alors que seules 18 % des fermes sont assurées, constate Thomas Gibert, qui estime qu’élargir le cercle des financeurs est indispensable. Sinon, on n’arrivera pas à couvrir réellement les risques liés au dérèglement climatique. »

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