« 100 % dégâts, 100 % tracas » : les agriculteurs en colère contre les assurances privées
Martin, maraîcher dans le Finistère, et Clara, maraîchère en Normandie, militent au sein de la Confédération paysanne pour la création d’un fonds mutuel et solidaire face aux risques climatiques. - © Chloé Richard / Reporterre
Martin, maraîcher dans le Finistère, et Clara, maraîchère en Normandie, militent au sein de la Confédération paysanne pour la création d’un fonds mutuel et solidaire face aux risques climatiques. - © Chloé Richard / Reporterre
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Une vingtaine d’agriculteurs de la Confédération paysanne ont occupé l’agence de Groupama à Morlaix, dans le Finistère. Les assurances privées, désormais chargées du risque climatique, refusent de couvrir certaines exploitations.
Morlaix (Finistère), reportage
En plein cœur de Morlaix, place Charles de Gaulle, le long de l’une des artères principales de la ville, la pluie de drapeaux jaune vif contrastait avec le ciel gris automnal, mardi 5 novembre. C’est ici, à quelques centaines de mètres de la sous-préfecture, du commissariat et du fameux viaduc de Morlaix, qu’une vingtaine d’adhérents du syndicat agricole de la Confédération paysanne s’étaient donné rendez-vous.
Le but : occuper temporairement l’agence locale de l’assurance Groupama « pour dénoncer le système assurantiel privé inadapté face au dérèglement climatique », explique Thomas Gibert, secrétaire national du syndicat de paysans et maraîcher en Haute-Vienne. « On tenait à être présent ici aujourd’hui, un an après la tempête Ciarán qui a fait beaucoup de dégâts dans le coin ».
« Assurance récolte : zéro pour les fruits et légumes ! », « Groupama — Pacifica — État : 100 % dégâts, 100 % tracas face aux aléas », « Assurances privées : assez d’insuffisances ! »… En une quinzaine de minutes, les murs, portes, fenêtres, tables, chaises, panneaux et imprimantes de Groupama Morlaix ont été recouverts de plusieurs centaines de stickers jaunes à la typographie noire. Victoire : au bout d’une heure et trente minutes, un rendez-vous a été promis « d’ici quinze jours » par la direction, jointe au téléphone.
Depuis le 1er janvier 2023, un nouveau régime d’assurance est en effet proposé aux agriculteurs. Le précédent dispositif, connu sous le nom de « régime des calamités agricoles », alors cofinancé par l’État et la profession, visait à assurer les agriculteurs en cas de dégâts sur l’exploitation liés au climat. « Ce n’était pas parfait mais c’était moins pire que ce qui existe aujourd’hui », indique Thomas Gibert.
Désormais, les agriculteurs doivent se tourner vers des assurances privées en cas de dégâts liés au climat. « Sauf que le maraîchage diversifié, l’arboriculture ou l’apiculture sont exclus de ce régime assurantiel privé », regrette l’élu syndical. « Il est difficile pour les maraîchers avec des cultures diversifiées ou encore les apiculteurs d’être assurés », déplore le secrétaire national. « Quand je me suis installé il y a trois ans, j’ai voulu m’assurer pour le multirisques auprès d’Allianz et cela m’a été refusé », explique de son côté Martin, maraîcher à Guengat, dans le sud du département.
La compagnie d’assurance est-elle prête à modifier son fonctionnement ? Gwenaël Simon, directeur agricole chez Groupama, a assuré que le groupe essaierait de trouver une solution pour que tous les paysans et toutes les paysannes puissent être assurés face au risque climatique.
Fonds mutuel et solidaire
« Il nous a fallu deux ans pour obtenir la garantie d’avoir un rendez-vous. C’est dommage de devoir en arriver là », dit Nicolas, salarié de la Confédération paysanne. Celle-ci demande une indemnisation par mètre carré de cultures et non par type de cultures.
La ferme de Martin, maraîcher dans le Finistère, a été fortement frappée — comme des centaines d’autres en Bretagne — par la tempête Ciarán et ses rafales, qui ont frôlé les 200 km/h : « J’ai des serres qui se sont envolées, j’ai eu des dégâts matériels… Certains sont assurés, d’autres pas. Il y a un manque de transparence de la part des assurances », explique-t-il.
Une première étape est franchie pour le syndicat qui milite, plus globalement, pour la mise en place d’un fonds mutuel et solidaire face aux risques climatiques, fonds qui serait aussi abondé par les acteurs de l’aval : agroalimentaire et grande distribution. « Les assurances privées, qui par définition agissent sur des aléas exceptionnels, ne peuvent être une réponse face à l’impact du changement climatique sur l’agriculture », assure le syndicat.