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Quotidien

La consigne de verre revient en France, mais les magasins ne jouent pas le jeu

Ce supermarché a pris part à l'expérimentation du retour de la consigne de verre déployée en juin 2025

La consigne de verre a fait son retour en 2025 dans 4 régions. Elle peine à décoller, notamment car les produits consignés sont rares et vendus plus chers, souligne Zero Waste France. Exemple dans ce supermarché nantais, qui fait figure de bon élève.

Nantes (Loire-Atlantique), reportage

« C’est super comme initiative ! » lance Isabelle, 54 ans, habitante du quartier, lorsqu’on évoque le retour de la consigne dans ce supermarché Super U de Nantes. « J’utilise déjà le moins d’emballages possibles, et quand j’ai un contenant en verre, je le garde », précise-t-elle.

Ce Super U a obtenu en avril le trophée du magasin ayant reçu le plus de retours de consignes de verre. L’opération a eu lieu dans le cadre de ReUse, une expérimentation du retour de la consigne de verre déployée en juin 2025 et pour dix-huit mois dans quatre régions (Bretagne, Hauts-de-France, Normandie, Pays de la Loire) par Citeo. Cet éco-organisme privé est chargé par l’État de réduire le coût environnemental des emballages ménagers.

Référente du dispositif dans le magasin, Virginie Cochard a été surprise par cette nouvelle. Depuis un an, l’automate violet du supermarché a avalé 3 000 contenants en verre — des bouteilles de jus de fruit ou de bière par exemple —, tout en remboursant les personnes qui les rapportaient d’une somme allant de 10 à 20 centimes d’euros, selon le coût initial de la consigne. « Ça ne fait que 47 % de taux de retour. Je pensais que ce n’était pas terrible parce qu’on n’atteignait même pas la moitié. Mais Citeo m’a répondu : détrompez-vous, la moyenne, c’est plutôt 24 %. » Le bilan définitif de l’expérimentation ne sera dévoilé que fin juin par Citeo.

Les bouteilles, une fois récupérées, sont envoyées vers un centre de lavage, puis renvoyées vers les producteurs pour être à nouveau remplies et remises en rayon.

Des produits parfois trois fois plus chers

Un an après son déploiement, l’expérimentation du retour de la consigne de verre peine à décoller pleinement. Zero Waste France, de son côté, est encore plus précis dans ses critiques dans un rapport publié le 11 juin.

L’association dédiée à la prévention des déchets dénonce une « mise en œuvre hétérogène et insuffisamment ambitieuse du dispositif de consigne pour réemploi », s’appuyant sur une enquête menée pendant un mois par ses différents groupes locaux dans 74 magasins partenaires de l’opération (sur 350).

Parmi les faux pas recensés : l’absence d’affichages et d’explications pour expliquer l’opération dans les deux tiers des magasins visités ; des automates de retour de la consigne peu mis en avant ; des prix jusqu’à trois fois plus chers selon que les produits ont un emballage réemployable ou jetable (hors coût de la consigne) ; une moyenne de seulement 9 produits en emballages consignés disponibles par magasin sur un catalogue de plus de 250 références...

La loi Agec fixait pour objectif d’avoir 10 % d’emballages réemployés d’ici 2027. © Mathilde Doiezie / Reporterre

« Dans son état actuel, [le dispositif] ne réunit pas les conditions minimales nécessaires pour favoriser une adoption large et durable du réemploi », tacle l’organisation. L’enjeu est pourtant de taille : ce test grandeur nature doit permettre de valider une généralisation nationale du retour de la consigne de verre pour espérer répondre aux objectifs de la loi Agec (antigaspillage et pour une économie circulaire).

Adoptée en 2020, elle fixait pour objectif d’avoir 5 % d’emballages réemployés d’ici 2023 et 10 % d’ici 2027, contre tout juste un peu plus de 2 % aujourd’hui, selon l’Observatoire national du réemploi et de la réutilisation, qui dépend de l’Ademe.

« Il y a un manque d’engagement flagrant des magasins »

Marine Bonavita, chargée de plaidoyer pour Zero Waste France, pointe en particulier du doigt la responsabilité des enseignes, sachant que l’opération et son déploiement sont financés par Citeo. « Il y a un manque d’engagement flagrant de leur part », décrit-elle auprès de Reporterre. Elle regrette par exemple le nombre de magasins investis : alors qu’un millier d’entre eux étaient partants en 2023 lors de l’appel à manifestation d’intérêt, ils ne sont que 350 au final.

93 % des Français se disent favorables au retour de la consigne, selon Ipsos. © Mathilde Doiezie / Reporterre

Besoin d’une « harmonisation nationale »

« L’engagement des magasins et des enseignes, sur le référencement des produits et la lisibilité en rayons, c’est la clé pour le succès de l’opération et son déploiement », abonde Célie Couché. Elle est la fondatrice et directrice de l’entreprise Bout’ à bout’, qui a inauguré en Loire-Atlantique une usine de lavage dédiée au réemploi et assure avec d’autres partenaires le déploiement du dispositif ReUse pour le compte de Citeo. Engagée dans le secteur du réemploi depuis 2016, elle veut y croire : « Nous avons besoin d’une harmonisation nationale pour déployer le réemploi à grande échelle ».

Alors que 93 % des Français se disent favorables au retour de la consigne, d’après un sondage Ipsos paru en novembre, davantage de moyens seront-ils annoncés pour que cette première expérimentation — qui doit durer jusqu’à l’automne — porte vraiment ses fruits ?

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