Grenoble, la clé du chambardement PS-écologistes

Durée de lecture : 4 minutes

29 mars 2014 / Barnabé Binctin (Reporterre)



Depuis dimanche, tous les projecteurs écolo sont tournés vers Grenoble, qui pourrait devenir la première grande ville française gérée par un écologiste. Ce sont en fait deux visions totalement différentes qui opposent PS et écologistes.


A Grenoble, les élections municipales ont fait des étincelles. En terminant en tête le 23 mars lors du premier tour avec 29,40 % des suffrages exprimés, Eric Piolle, tête de liste du rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes, a créé la surprise dans une ville gouvernée depuis dix-neuf ans par le Parti Socialiste. Il devance de quatre points le favori des sondages pendant la campagne, le candidat PS, Jérôme Safar, premier adjoint de Michel Destot et héritier légitime d’un maire sortant qui avait renoncé à se présenter pour un quatrième mandat.

M. Safar a finalement renoncé à fusionner avec le représentant de la liste Grenoble, une ville pour tous, menée par M. Piolle, malgré deux nuits d’intenses négociations. Le journal Libération raconte que Manuel Valls puis le Premier Ministre en personne, Jean-Marc Ayrault, ont décroché leur téléphone pour convaincre le dauphin de se rallier à la candidature écologiste, évitant ainsi le risque que la division de la gauche ne finisse par profiter à la droite. Sans succès. La liste de Safar n’a de ce fait pas l’investiture PS pour le second tour. Mais c’est une quadrangulaire qui se déroulera dimanche 30 mars avec, outre les listes de M. Piolle et Safar, celles de l’UMP (20,86 % au premier tour) et du Front National (12,55 %).

Son maintien, le candidat socialiste le justifie par des divergences de vue profondes sur le développement économique de la ville. Aujourd’hui centre industriel de référence pour les nanotechnologies, Grenoble s’est développée depuis dix-neuf ans, sous l’égide des équipes socialistes au pouvoir, avec l’ambition de devenir la « silicon valley française ». La ville s’est aussi construite autour du nucléaire. Michel Destot, qui est venu soutenir personnellement Jérôme Safar lors de son dernier meeting jeudi soir, avait créée en 1989 une start-up, Corys, spécialisée dans la réalisation de simulateurs de centrales. On retrouve dans l’histoire de cette entreprise Geneviève Fioraso, actuelle ministre de l’Enseignement supérieure et de la Recherche : elle en fut la directrice commerciale en charge des projets de recherche et développement pour améliorer la sûreté des centrales nucléaires et thermiques. Le site Atlantico avait révélé il y a deux ans les doutes concernant la gestion des comptes de l’entreprise.

De son côté, André Vallini, sénateur PS et président du Conseil Général d’Isère, dont le nom est évoqué pour entrer au gouvernement lors du prochain remaniement, était qualifié de « grand promoteur inutile » par un journal local, Le Postillon, en décembre 2012, suite à ses nombreux engagement dans des grands projets d’infrastructures, comme le prolongement de l’autoroute A 51 entre Grenoble et Sisteron, le projet de tunnel routier pour la rocade Nord de Grenoble, ou bien encore le projet de Center Parcs dans la forêt des Chambarans-

Les deux listes de gauche qui s’affrontent ce dimanche ne partagent décidément pas les mêmes visions du développement d’un territoire. Le refus de l’étiquette officielle par la rue de Solférino dissimule mal une réalité dérangeante pour le Parti Socialiste : la peur de perdre avec Grenoble un bastion local des politiques d’infrastructure et d’énergie.

Avec 157 000 habitants, la seizième ville de France est ainsi présentée depuis cinq jours comme un possible « laboratoire expérimental d’une nouvelle gauche ». De fait, les écologistes n’ont jamais géré une municipalité aussi importante dans leur histoire. Jusqu’alors, Montreuil était la seule ville de plus de 100 000 habitants sous leur responsabilité. Avec une représentation à peu près équitable entre la société civile et les associations écologistes – 50 % de la liste – et les partis politiques – le Parti de Gauche et Europe-Ecologie les Verts pour l’autre moitié – la liste menée par Eric Piolle incarne, seule, ce dimanche, cet espoir d’une alternative à gauche à la politique socialiste actuelle.

Pour toutes ces raisons, la campagne d’Eric Piolle a pris une toute autre envergure depuis dimanche. L’homme de 41 ans, dont Politis dresse le portrait, aura focalisé l’attention médiatique. Certains ont été jusqu’à le comparer à Barack Obama – des « Yes we Piolle » et des visuels rappelant l’affiche du président américain essaiment sur les réseaux sociaux.

Suspense, donc, jusqu’à dimanche soir. Reporterre sera à Grenoble, et racontera la soirée en direct.





Source : Barnabé Binctin pour Reporterre.

Image : zinfos974.

Lire aussi : Eric Piolle : « Pour les Grenoblois, l’écologie est la force politique qui sert l’intérêt général ».


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