Soja brésilien : manger de la viande nuit à la biodiversité

Durée de lecture : 5 minutes

27 février 2012 / WWF France

La France importe massivement du soja brésilien pour nourrir ses bovins. Mais la culture du soja se développe aux dépens du cerrado, un écosystème brésilien à la biodiversité exceptionnelle.

Selon le WWF, « les besoins d’un Français pour satisfaire son alimentation carnée représentent l’équivalent de la superficie d’un terrain de basket de culture de soja ».


A la veille du salon de l’agriculture de 2012, le WWF France sort un rapport intitulé Viandes : un arrière goût de déforestation qui dénonce la dépendance de la France aux importations de soja pour l’alimentation des volailles et du bétail et démontre que l’expansion de cette culture en Amérique du Sud dégrade les écosystèmes de ce continent.

La culture de soja, cause de déforestation

Alors que l’édition 2012 du salon international de l’agriculture s’apprête à ouvrir ses portes, nous avons tendance à oublier que le bétail français est nourri avec de grandes quantités de matières premières issues de monocultures intensives qui participent à la déforestation.

Principalement destiné à nos élevages, le soja, issu de monoculture intensive en Amérique du sud, est aujourd’hui la matière première alimentaire la plus importée en France. Le rapport du WWF France révèle que nos besoins en soja représentent l’équivalent de la superficie de deux départements français la Gironde et les Landes.

Le Cerrado, un joyau brésilien oublié qui disparaît

Au Brésil, les surfaces de production de soja sont passées de 1,7 millions à 21,7 millions d’hectares en à peine 40 ans. Cet accroissement exponentiel a généré une déforestation massive de la forêt atlantique jusqu’à l’Amazonie. Le Cerrado, savane boisée brésilienne de 2 millions de km² (1/5e du Brésil) hébergeant 5 % de la biodiversité mondiale avec plus de 5.000 espèces endémiques, est aujourd’hui l’éco-région la plus touchée par l’expansion de la culture du soja. 49% de sa surface a d’ores et déjà disparu au profit des cultures intensives.

Cette déforestation, en plus d’entraîner une perte importante de la biodiversité et une érosion des sols massive, accélère également le dérèglement climatique et perturbe fortement le cycle de l’eau en augmentant les sécheresses.

Outre les conflits sociaux qu’elle provoque avec les communautés locales, la culture du soja est une monoculture intensive qui entraîne une forte augmentation de l’usage des intrants chimiques en Amérique du sud. 70 à 75% de la production mondiale de soja est génétiquement modifiée ce qui généralise l’utilisation de glyphosate [1] .

Les importations de soja en chiffres

En 2010, la France importait 4,6 millions de tonnes de soja sous forme de tourteaux, d’huile, de graines de farine et de sauces. 90 % de ces volumes étaient destinés à l’alimentation animale principalement sous forme de tourteaux et 70 % provenaient directement d’Amérique du sud. La France est aujourd’hui la 3e importatrice mondiale de soja brésilien.

Les besoins d’un Français pour satisfaire son alimentation carnée représentent l’équivalent de la superficie d’un terrain de basket de culture de soja.

La filière avicole (volaille et œuf) absorbe 58% du soja destiné à l’alimentation animale . 30% sont destinés à la filière bovine, notamment pour les vaches laitières, et 12% pour l’élevage porcin .

Alternatives locales et certification RTRS Non OGM, des solutions concrètes

Alors que des actions sont entreprises pour des produits entrainant la déforestation comme le papier, le bois et l’huile de palme, les démarches mises en place concernant la problématique du soja dans l’alimentation animale se font attendre. Elles existent pourtant et nous permettraient de réduire notre empreinte écologique liée au soja.

Alors que la mascotte du salon de l’agriculture, la vache « Valentine » broute de l’herbe sur les affiches, la majorité des autres bovins, dans les élevages français, sont nourris aux céréales et au soja importé sans réelles garanties environnementales.

Comme c’était le cas par le passé, le WWF France rappelle dans son rapport Viandes : un arrière goût de déforestation, que la France pourrait aujourd’hui nourrir son bétail avec des aliments issus de cultures produites durablement nécessitant moins ou aucun apport d’engrais azotés tel que le pois, la luzerne, la féverole, le lupin, le lin mais également le soja produit localement, le tournesol ou encore le colza.

Pour le soja restant à importer, il existe diverses certifications comme la RTRS garantissant une production qui n’est pas issue de nouvelle conversion d’habitats à haute valeur de conservation, utilisant de meilleures pratiques agricoles, et s’assurant que le travail est effectué de façon éthique et dans le respect de la revendication des terres. Cette certification est un premier pas vers la durabilité des approvisionnements en soja. De plus ce soja certifié peut être tracé NON OGM.

Le WWF France appelle les entreprises françaises concernées par l’utilisation de soja d’importation à agir et mettre en place une démarche de progrès

Le WWF France, a envoyé ce jour un courrier aux 40 principales entreprises utilisatrices de soja (des traders aux distributeurs en passant par les coopératives) pour les alerter sur l’impact du soja au Brésil et les appeler à mettre en place un politique préférentielle pour le soja RTRS non OGM et les alternatives locales.

Le consommateur peut lui aussi agir en ré-équilibrant ses apports en protéines animales, consommées aujourd’hui en excès par rapport aux protéines végétales et ainsi contribuer à la réduction d’utilisation de soja pour la production de viande.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : WWF France

Lire aussi : Soja : faut-il ou non discuter avec le diable ?

27 janvier 2020
Une commune bretonne impose l’agriculture bio et paysanne à 400 propriétaires
Alternative
25 janvier 2020
Retraites : 7e rassemblement, détermination toujours intacte
Reportage
8 janvier 2020
En Australie, « même des forêts tempérées partent en fumée »
Entretien