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A l’usine de La Hague, on se suicide trois fois plus qu’ailleurs

Information alarmante passée discrètement en octobre : les suicides dans l’usine nucléaire de La Hague atteignent un taux très élevé.


15 octobre 2012

L’Etat a mis en demeure l’usine Areva de La Hague (Manche) de mettre en place un plan d’action après avoir notamment relevé un « taux de fréquence des suicides » des salariés du site « trois fois supérieur à la moyenne de la Manche », elle-même supérieure à la moyenne nationale. Des « risques pour la sûreté des installations » sont invoqués dans cette mise en demeure, datée du 18 septembre, révélée par le journal La Presse de la Manche et dont l’AFP a reçu lundi une copie.

Cette mise en demeure, signée par Christine Lesdos, directrice de l’unité territoriale de la Manche de la DIRECCTE (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) a été transmise le 8 octobre au Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l’usine. Selon l’Insee, la Manche est le troisième département le plus touché par les suicides avec 29,1 pour 100.000 habitants contre 16,3 en France en 2009.

Ces derniers mois, les syndicats avaient averti à plusieurs reprises que ce site, où Areva emploie directement 3.000 personnes, et qui concentre la plus grande quantité de matières radioactives en Europe, connaissait un nombre préoccupant de suicides de salariés, chez eux dans la plupart des cas. L’Etat pointe pour sa part surtout une flambée des heures supplémentaires.

La direction régionale du travail demande « la mise en place d’un plan d’action permettant l’évaluation et la maîtrise de la charge mentale et physique de travail ». Areva La Hague doit en outre « ramener la durée du travail sur site et hors site du personnel aux limites maximales légales » et « mettre en place un système d’enregistrement automatique du début et de la fin de chaque période de travail ».

Un excès d’ heures supplémentaires pointé

« L’état de la santé mentale des salariés se dégrade de façon accélérée depuis deux ans », selon le rapport 2011 du chef de la santé du site. « Les éléments présentés démontrent l’importance de la charge mentale et physique pour certains salariés qui génèrent des risques pour leur santé et leur sécurité et des risques pour la sûreté des installations », écrit Mme Lesdos. « Un volume d’heures supplémentaires conséquent a été déclaré en 2011 par des salariés non cadres du service dans lequel un salarié non cadre s’est suicidé en janvier », relève encore la direction du travail.

Le 26 septembre, le secrétaire CFDT du CHSCT du site, Thierry Mouchel, avait déjà fait part à l’AFP de ses préoccupations face à la « dégradation de la santé mentale » des salariés et avait estimé que 2012 allait être « un copié-collé » de 2011.

Début 2011, les syndicats avaient déjà tiré la sonnette d’alarme sur la question de ses suicides dont les raisons restent floues. La question avait été évoquée en juin 2011 devant la cour d’appel de Caen, qui avait partiellement validé une demande d’expertise du CHSCT.

La directrice de la communication de l’usine, Catherine Argant, a indiqué que le site avait envoyé une première réponse le 5 octobre à l’inspection du travail et préparait une réponse plus complète.


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