À la COP29, 60 % des présents sont des hommes
La « photo de famille » des dirigeants mondiaux et délégués participants à la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan, le 12 novembre 2024. - © AFP / Alexander Nemenov
La « photo de famille » des dirigeants mondiaux et délégués participants à la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan, le 12 novembre 2024. - © AFP / Alexander Nemenov
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Chefs d’État, représentants, invités... Les hommes sont bien plus nombreux que les femmes à la COP29, en Azerbaïdjan. Reporterre a fait le calcul : 60 % des personnes sont des hommes.
Bakou (Azerbaïdjan), reportage
Torses bombés, mentons fiers, muscles tendus et regards défiant un adversaire invisible. La protocolaire photo de classe des « leaders » restera comme l’une des instantanées de ce début de COP29, en Azerbaïdjan. Des dizaines de chefs d’État, vice-présidents et princes héritiers, en rangs d’oignons dans leur cravate ajustée, se sont figés une poignée de secondes devant les flashes du monde entier. Des dizaines d’hommes pour une poignée de femmes.
Les 12 et 13 novembre, lors du « Sommet des leaders », seules neuf dirigeantes ont tenu une allocution devant la plénière « Nizami » de Bakou. Leurs homologues masculins étaient, eux, soixante-treize.
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Cette absence criante de parité en diplomatie internationale se traduit-elle aussi dans les coulisses de la 29e édition de la Conférence des Nations unies sur le climat ? Reporterre a épluché la liste des personnes accréditées. Un tableur Excel aux dizaines de milliers de lignes, publié le 11 novembre par le secrétariat de la conférence.
Enseignement n°1 : l’autocrate du pays hôte a quelque peu forcé le trait en déclarant l’avant-veille avoir dénombré 72 000 participants. Aux yeux de l’Organisation des Nations unies (ONU), il y en aurait en réalité 52 000, soit 20 000 de moins. Et enseignement n°2 : seuls 39,6 % d’entre eux sont des femmes.
L’Azerbaïdjan invite principalement... des hommes
« Ces statistiques sont vraiment dérangeantes, déplore Judit Szoleczky, du réseau international d’ONG écologistes Inforse. Les femmes sont plus vulnérables au changement climatique que les hommes. Leur parole doit être entendue. »
Dans les travées du Stade olympique de Bakou, cette exclusion genrée inquiète : « Au Nigeria, les tâches domestiques sont encore bien souvent confiées aux femmes. Avec la multiplication des sécheresses et des inondations, les distances qu’elles doivent parcourir pour s’approvisionner en eau sont décuplées. » Et sa collègue Nelly Doofan, du Women Environmental Programme, d’ajouter : « Les hommes, eux, n’ont pas à marcher des dizaines de kilomètres pour se laver en période de menstruations. »
Dans le détail, parmi les 1 128 participants rattachés aux Nations unies, 46 % sont des hommes et 54 % sont des femmes. Pour le site d’information Carbon Brief, il s’agit de « la COP la plus équilibrée de l’histoire ». Une parité positive, dont s’approche également les près de 10 000 intervenants d’ONG, avec près de 48 % de femmes. Le fossé dans l’égalité de répartition se creuse en réalité du côté des personnes invitées par l’Azerbaïdjan — frôlant les 70 % de taux de masculinité —, mais aussi chez les journalistes, avec plus de 64 % d’hommes, et enfin dans les délégations nationales, où à peine plus de 6 100 femmes ont été accréditées sur 17 680 représentants.
Au moins l’une d’entre elles a d’ailleurs décidé de ne pas honorer la COP29 de sa présence. Le 13 novembre, la ministre française de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a déclaré qu’elle n’assisterait pas à l’ultime round de négociations comme prévu jusqu’ici. Devant le Sénat, elle a dénoncé les propos « inacceptables » et « injustifiables » tenus le matin même par Ilham Aliyev, le président-dictateur de l’Azerbaïdjan. Celui-ci a accusé « le régime d’Emmanuel Macron » d’avoir « tué treize personnes [...] pendant les légitimes protestations du peuple kanak en Nouvelle-Calédonie ».