L’accord pour le climat attribue « une somme ridicule » aux pays du Sud
Lors des négociations finales à la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan, le 23 novembre 2024. - Flickr/CC BY-NC-SA 2.0/UN Climate Change/Kiara Worth
Lors des négociations finales à la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan, le 23 novembre 2024. - Flickr/CC BY-NC-SA 2.0/UN Climate Change/Kiara Worth
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La COP29 en Azerbaïdjan s’est terminée sur un accord financier largement insuffisant, selon Anabella Rosemberg, du Climate Action Network. « Les États développés n’ont pas voulu mettre assez d’argent sur la table. »
L’urgence climatique n’a pas permis de déjouer les pronostics d’un échec annoncé. La 29e Conférence des parties sur le climat (COP29) à Bakou, en Azerbaïdjan, s’est achevée dans la nuit du samedi 23 novembre, plus de trente heures après la clôture officielle. Si les 197 États partis ont trouvé un accord sur la finance climatique à l’arraché, celui-ci a été accueilli sans enthousiasme.
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Le texte — qui prévoit 300 milliards de dollars (288 milliards d’euros) d’aides financières annuelles aux pays en développement pour financer leur transition climatique à l’horizon 2035 — a rapidement été contesté par une partie des États du Sud, dans une ambiance électrique. Pour Anabella Rosemberg, experte du Climate Action Network, il s’agit de « la pire » COP à laquelle elle a participé en vingt ans de négociations climatiques.
Reporterre — Les pays développés se sont engagés à verser 300 milliards de dollars annuels aux pays en développement, un montant trois fois plus élevé que lors de la COP15 à Copenhague, en 2009. Pourquoi la somme est-elle insuffisante ?
Anabella Rosemberg — 300 milliards de dollars par an pour aider les pays en développement à réaliser leur transition écologique, c’est une somme ridicule. C’est un accord profondément injuste et irrespectueux. Ces États réclamaient au moins 1 000 milliards de dollars [environ 959 milliards d’euros] chaque année.
Le problème, aussi, et que ces 300 milliards ne sont pas de l’argent donné aux pays du Sud. Cette somme inclut des dons, mais aussi des prêts mobilisés par les banques multilatérales de développement et par le secteur privé. Or ces prêts devront être remboursés par les pays en développement. Tout cela est très flou, on ne sait pas quelle part sera consacrée à des dons et quelle part viendra des prêts. L’autre risque est que l’aide officielle au développement soit ponctionnée en réduisant les aides consacrées à l’éducation, à la santé ou à la lutte contre la faim.
Pensez-vous que l’accord aurait pu être meilleur si d’autres pays comme la Chine avaient rejoint la liste des pays contributeurs ?
C’est ce qu’ont voulu faire croire les pays développés. Les pays européens poussaient pour que la Chine, l’Inde, les États du Golfe et la Corée du Sud participent aux aides financières en direction des pays en développement. Finalement ces pays sont seulement encouragés à contribuer de manière volontaire. L’accord à Bakou rend ces flux plus transparents, on saura un peu mieux qui envoie combien. Les pays développés auraient pu proposer davantage d’efforts financiers pour encourager les autres à participer. Au lieu d’envoyer un signal positif, ils ont préféré remettre la faute sur la Chine et l’Inde.
L’accord n’a pas réaffirmé l’engagement pris l’an dernier lors de la COP28, à Dubaï, d’une « transition hors des énergies fossiles ». C’est un autre recul…
Ce n’est pas étonnant. On a beaucoup visé les pays pétroliers du Golfe, mais il existe d’autres États dont la survie dépend des exportations des énergies fossiles. C’est par exemple le cas du Gabon, dont les exportations de pétrole représentent la moitié du PIB [produit intérieur brut]. On aurait pu convaincre ces pays de sortir progressivement du pétrole, du gaz et du charbon en échange d’un soutien financier conséquent pour réaliser cette transition. Or, les États développés n’ont pas voulu mettre assez d’argent sur la table.
Comment voulez-vous les encourager à sortir des énergies fossiles si on ne les aide pas un minimum ? Sur ce point, les pays développés ont tenté d’inverser la responsabilité. La sortie des fossiles n’est pas morte, mais l’accord de Bakou n’aide pas à avoir davantage d’ambitions.
Comment jugez-vous la gestion des négociations par l’Azerbaïdjan ?
L’Azerbaïdjan a une responsabilité dans l’échec de cette COP. Son président Ilham Aliyev a qualifié le pétrole et le gaz de « dons de Dieu » en ouverture du sommet, n’envoyant pas un bon signal. Aussi, la présidence azerbaïdjanaise a organisé des débats très hiérarchiques, où seuls les ministres étaient assis à la table des négociations. Il n’y a pas eu suffisamment de discussions techniques avec d’autres interlocuteurs de la société civile.
Toutefois, ce serait une erreur de reporter toute la faute sur l’Azerbaïdjan. Ce pays n’a ni l’expérience ni la force diplomatique nécessaire pour permettre un débat qui aboutisse à un accord plus ambitieux. Si les autres États avaient voulu aboutir à un meilleur accord, ils auraient pu le faire, notamment en mettant des contributions plus ambitieuses sur la table.
Malgré toutes ces déceptions, y a-t-il quelques raisons de se réjouir ?
La seule lueur d’espoir est que la COP30 se tiendra l’année prochaine à Belém, au Brésil. Les ONG, syndicats, mouvements de paysans et toute la société civile brésilienne se mobiliseront pour donner une impulsion et permettre d’aboutir à un accord plus ambitieux. Depuis trois ans, les COP se déroulent dans des pays autoritaires, de l’Égypte à l’Azerbaïdjan en passant par les Émirats arabes unis. Des terrains aussi difficiles pèsent forcément sur les négociations.