A quoi EELV sert-il ?

19 novembre 2013 / Alain Lipietz



Le parti Europe Ecologie Les Verts tiendra son congrès à Caen le 30 novembre. Dans cette perspective, Reporterre ouvre sa tribune aux écologistes, politiques et intellectuels pour répondre à la question : A quoi EELV sert-il ? Après Jean-Claude Guillebaud, et Denis Baupin, Alain Lipietz présente son analyse.


La réponse spontanée de la plupart des sympathisants de l’écologie – disons, ceux qui avaient voté Europe Écologie en 2009 – sera sans doute : « À rien ». Les élus et ministres de 2012 n’ont pas pu empêcher Hollande et Sarkozy de trahir la plupart des engagements de leur programme commun. La ministre du Logement laissera sans doute son nom à une nouvelle niche de défiscalisation. Sa seconde loi (ALUR) empêche l’accélération de la hausse des loyers au moment même où, avec la crise, ils fléchissent, mais sans ambitionner de les faire réellement baisser. Quand au volet « Égalité des territoires », il s’est évaporé dans le mirage du Grand Paris.

A l’heure où la France, l’Europe et le monde sont sommés de choisir un modèle de sortie de la crise du libéral-productivisme, le seul acquis de cette « présidence pour rien » restera peut-être le mariage pour tous. Sujet important. Mais contrairement au Pacs, rien n’indique que la ministre Christine Taubira n’aurait pas pu le faire aboutir sans EELV.

La politique de Hollande, Ayrault et Valls consterne ceux qui attendaient, peut être pas le New Deal ou le Front populaire, mais enfin un petit quelque chose. Mais le silence voire la complaisance des ministres et dirigeants EELV inspirent à ces sympathisants une colère au bord du mépris. Car c’est bien d’eux, de nous EELV, que l’on attendait de se montrer les gardiens vigilants des engagements pris devant les électeurs – comme les Verts l’avaient fait en 1997-2000, imposant à un PS plus que réticent : les 35 heures, le PACS, la parité et la fermeture de Superphénix.

Il est inutile d’invoquer le poids des lobbys ou la faiblesse du score à la présidentielle. Dominique Voynet avait fait moitié moins qu’Eva Joly, et les Verts avaient cinq ou six fois moins de « grands élus ». Tout n’était pas rose dans la majorité plurielle mais au moins les Verts servaient à quelque chose.

Alors, faut-il considérer qu’un parti de l’écologie ne sert désormais plus à rien ? Je veux bien dire : un parti politique, entrant dans les institutions, quitte à passer des alliances, pour y mener des politiques écologistes ?

La première réponse est que, si le bilan de EELV au pouvoir est peu de chose, le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon et de Martine Billard n’a sur la période rigoureusement rien à son actif. Et pour les écologistes, « peu de chose », c’est infiniment plus que zéro. « C’est une belle chose, disait La Rochefoucault, que de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser ». Il ne suffit pas de « faire de la politique » : quand faut y aller, faut y aller.

Mais peut-être est-ce la politique représentative qui n’embraye plus sur rien ? Peut-être l’écologie doit-elle se rallier à la « polique anti-politique », à contrôler le pouvoir de l’extérieur sans y participer ?

La seconde réponse, c’est que la multitude des associations et fondations de l’écologie extra-politique qui clament leur déception, de la Fondation de Nicolas Hulot au mouvement des Colibris en passant par FNE ou Sortir du Nucléaire, n’a rien obtenu non plus. Seul le mouvement contre Notre Dame des Landes a obtenu le blocage du chantier, mais en étroite relation avec l’action des élus EELV et Parti de Gauche, et ce succès reste précaire et purement négatif.

On peut enfin estimer que la Nation n’est plus un cadre d’action politique, que seule l’Europe (et encore) peut contrôler le libéralisme mondialisé, et que seul le local permet de mettre en œuvre le modèle post-productiviste. Mais pour cela, il faut avoir des élus aux niveaux correspondants. Et c’est justement à ces niveaux (l’Europe, le local) que les élus EELV marquent le plus de points .

En somme : oui, l’écologie a plus que jamais besoin d’un parti, qui ne fasse pas que du « terrain » ou de l’éducation populaire, mais qui entre dans les institutions... pour se battre. Malheureusement, EELV n’a ni l’orientation ni la direction que les circonstances exigent.

On comprend, dans ces conditions, que la vraie question du congrès d’EELV n’est pas de quitter ou de rester au gouvernement, mais : « Quelle attitude adopter pour mettre en crise la ligne Hollande-Ayrault, et provoquer un changement de cap ? » Et cela peut passer par une rupture provisoire. Nous savons que le courant de l’actuelle direction, où affluent ceux qui (souvent avec d’excellentes raisons) croient devoir s’y réfugier pour conserver ou maintenir des places, ne fera rien qui pourrait compromettre l’avenir de son vaste clan.

La responsabilité des militants qui refusent ce chantage « Moi ou le placard », qui savent que le temps est compté pour sauver la planète et enrayer l’implosion de la société française, est dès lors écrasante.




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Source : Alain Lipietz pour Reporterre

Alain Lipietz est économiste, ancien député européen, et membre du parti Europe Écologie Les Verts.

Photo : Le JDD

Lire aussi : A quoi EELV sert-il ?, les réponses de Jean-Claude Guillebaud et Denis Baupin

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