A quoi EELV sert-il ?

Durée de lecture : 4 minutes

28 novembre 2013 / Chantal Jouanno



Le parti Europe Ecologie Les Verts tiendra son congrès à Caen le 30 novembre. Dans cette perspective, Reporterre ouvre sa tribune aux écologistes, politiques et intellectuels pour répondre à la question : A quoi EELV sert-il ? Aujourd’hui, Chantal Jouanno.


Je peux avouer aujourd’hui que j’avais accueilli plutôt favorablement et positivement la création d’Europe Ecologie. Ce nouveau parti portait l’idée d’un dépassement des idées traditionnelles, d’une ouverture de la réflexion politique à des experts issus d’autres sphères, d’une place dans le monde politique pour la société civile. C’était un mouvement citoyen. Il portait aussi l’idéal européen, un idéal d’innovation et de croissance.

Par contre, je n’ai jamais cru à l’opportunité de son rapprochement avec les Verts. Europe Ecologie et les Verts ne se confondent pas. Ce dernier parti s’est historiquement structuré dans un discours de gauche alternatif, opposé à la croissance, hostile aux grands groupes, rétif à l’innovation technologique. Il s’inscrit pleinement dans les débats de la société industrielle et ne sort pas de l’opposition entre néo keynésiens et monétaristes.

Des fondements qui expliquent que le débat pour les Verts se soit trop souvent résumé à anti-nucléaire ou anti-OGM. Ce n’est pas l’écologie qui a déterminé l’engagement des Verts, c’est l’opposition à la mondialisation, à l’économie toute puissante, à la consommation. D’où un discours trop souvent moralisateur, restrictif, contraignant ou punitif.

Je leur reconnais une grande capacité de travail, d’engagement, de détermination et une véritable constance. Et après tout, les cordes de rappel contre les abus de certains sont toujours utiles. Ils nous réveillent, nous interpellent. Ils ont opportunément défendu certaines causes.

Je leur reconnais surtout une grande habileté politique. Il suffit de constater avec quel brio les congrès présentés comme un grand moment de démocratie participative aboutissent à la consécration des personnalités dominantes. C’est une tradition dans la plupart des partis, mais ils ont le mérite de ne pas « faire semblant ».

Plus encore, les Verts ont su préempter les sujets, et systématiquement discréditer les discours des autres partis. Ils ont ancré dans l’espace politique français l’idée que l’écologie ne pouvait être défendue que par la Gauche. Et aujourd’hui, ils savent faire oublier leurs incohérences et renoncements.

Comment continuer à soutenir un gouvernement qui a « viré » une ministre de l’écologie qui s’était logiquement opposée à des forages en Guyane, puis une deuxième ministre qui s’était émue du sabotage de son budget ? Comment appartenir à un gouvernement qui enterre l’éco-taxe, sacrifie le budget du ministère de l’Ecologie, et s’apprête à autoriser une nouvelle entreprise à explorer les gaz de schiste en Ile de France ?

C’est possible lorsque le fond des convictions n’est pas l’écologie mais un engagement dit d’extrême gauche. Je ne critique pas cet engagement mais l’absence de clarté du discours.

L’écologie politique n’est pas l’écologie. Un discours sincère serait de reconnaître que les Verts ont pour priorité l’appropriation publique des services économiques, la socialisation du logement, de l’alimentation, de l’eau, de l’énergie, la suppression de toute politique d’immigration contrôlée ou encore l’opposition au commerce international.

Ils n’ont pas collectivement pour priorité une croissance économe en énergie et en matière, une économie circulaire positive, une énergie décarbonée territorialisée où chaque citoyen pourrait en tirer des revenus, une consommation soutenable et saine qui privilégie la qualité même si cela coûte plus cher.

Il en va de même pour l’innovation écologique portée par les créateurs et entrepreneurs, la refonte du produit intérieur brut pour que la croissance ne se crée plus sur la destruction du capital humain et environnemental, la refonte des institutions pour garantir à nos enfants la soutenabilité des projets publics, ou encore la réforme de la fiscalité et des institutions financières pour que l’écologie soit plus profitable que la pollution. Croissance, innovation, créativité, liberté d’entreprendre ne sont pas contradictoires mais nécessaires à l’écologie.

Naturellement, toutes les voix au sein d’Europe Ecologie les Verts ne sont pas uniformes. Evidemment, chaque conviction est utile car elle permet aussi de faire bouger les lignes. Et reconnaissons qu’ils ont été précurseurs sur certains sujets.

Mais, il faudrait avoir un discours sincère, à défaut, c’est toute l’écologie qui est discréditée, oubliée, voire critiquée. A défaut, il est impossible de développer un discours qui dépasse le clivage fondé sur la société industrielle dans lequel s’inscrivent encore les Verts. Ils furent utiles dans l’économie industrielle. Le sont-ils encore au l’aube de la nouvelle révolution écologique et numérique ?





Source : Chantal Jouanno pour Reporterre.

Chantal Jouanno a été ministre de l’Ecologie et est sénatrice pour l’Ile-de-France. Elle est membre de l’UDI.

Photo : 20 MInutes.fr

Lire aussi : A quoi EELV sert-il ?, les réponses de Jean-Claude Guillebaud, Denis Baupin, Alain Lipietz, Paul Ariès, Daniel Cohn-Bendit et Geneviève Azam.


Pour une information libre sur l’écologie, soutenez Reporterre :

23 septembre 2020
La réforme de la recherche « ne nous incite pas à prendre soin du monde dans lequel on vit »
Entretien
23 septembre 2020
En Allemagne, les activistes d’Ende Gelände repartent au charbon
Info
26 septembre 2020
Mobilisation climat : faisons place à la vie
Tribune




Du même auteur       Chantal Jouanno