Abandon des recherches sur le porc transgénique

9 avril 2012 / Christophe Noisette (Inf’OGM)


L’Université de Guelph, au Canada, qui travaillait depuis 1995 à la création d’un porc génétiquement modifié pour réduire la quantité de phosphore dans ses excréments (baptisé Enviropig [1]), a annoncé officiellement qu’elle « réduirait l’ampleur des recherches sur Enviropig au printemps ». Cette « mise en veilleuse », nous expliquent les responsables de l’Université de Guelph en charge de ce programme, est la conséquence de la décision du groupe industriel Ontario Pork de « cesser de financer cette recherche ».

La technologie est détenue par l’Université mais Ontario Pork est le propriétaire de la marque EnviropigTM et l’unique sponsor privé de cette recherche [2]. Et « un accord de développement conjoint pour le partage de tous les revenus qui peuvent être réalisés si cette technologie est commercialisée » a été signé entre ces deux partenaires, lit-on sur le site de l’Université.

La responsable de l’Université nous précise aussi : « Je peux vous dire que l’Université de Guelph a produit des Enviropigs depuis 1999. La recherche a été menée jusqu’à la validation de la modification génétique. Le service de l’Université en charge du développement commercial continuera à chercher de nouveaux partenaires, académiques ou industriels, intéressés à prendre les devants dans la commercialisation de cette technologie. La recherche continuera, mais à moindres frais, sans élevage ou production continue d’animaux vivants. Le travail, y compris l’analyse des données et la publication de plusieurs articles scientifiques en cours de rédaction, continuera. Les échantillons de sperme et de tissus seront conservés dans des lieux de stockage, sécurisés sur le long terme, du Programme canadien de dépôt du matériel génétique agricole, géré par le ministère canadien de l’Agriculture et Agroalimentaire ».

L’Ontario Pork, dans un communiqué de presse, précise que si les porcs GM Enviropigs sont les premiers animaux transgéniques écologiques, « avec un public décidément tiède à consommer des aliments génétiquement modifiés et personne pour développer commercialement ces porcs, le maintien d’un troupeau n’est pas viable ». C’est la raison officielle de l’abandon du financement de cette recherche.

Pour Inf’OGM, sans exclure que l’opposition des consommateurs aux OGM soit une raison du retrait d’Ontario Pork, il est aussi possible d’envisager une autre analyse. En effet, le non intérêt du public a souvent bon dos : cette opposition n’est pas récente, et elle n’a, jusqu’à présent, que peu inquiété les chercheurs. Alors, concrètement, s’il y a si peu de demande des consommateurs, pourquoi ces recherches ont-elles été initiées et poursuivies quelques années ? D’autant que ces recherches ont eu un coût non négligeable : Ontario Pork a, par exemple, financé Enviropig avec plus d’un million de dollars depuis les années 1990.

Bona Hunt, porte-parole de l’Université de Guelph en charge de ce projet, a toujours refusé de détailler le coût total de cette recherche, considérant que cette information est confidentielle, « parce que l’Université est en train de chercher des licences ». Mais elle ajoute : « c’est dans l’ordre des millions de dollars ». Ainsi, cet exemple montre, une fois de plus, que les chercheurs s’engagent parfois dans des recherches non seulement pas demandées par la société, mais qui la rebutent. Et, à nouveau, Inf’OGM se pose la question de la gouvernance de la recherche : quelle procédure faudrait- il mettre en place pour que la recherche scientifique rejoigne les préoccupations des citoyens, et réponde à des attentes de la société ?

Le Réseau Canadien d’action sur les biotechnologies se réjouit de cette « mise en veilleuse de ces recherches » et souligne, dans un communiqué de presse [3] qu’« il n’y a pas de demande ni de besoin pour les animaux génétiquement modifiés. Le gouvernement fédéral devrait cesser d’accepter les demandes d’autorisation concernant les animaux GM destinés à la consommation humaine. L’Université de Guelph devrait maintenant retirer la demande d’autorisation qu’elle a faite auprès de Santé Canada et ne pas poursuivre sur la voie de la commercialisation ».

.................................

Notes :

[1] UOGuelph

[2] Parmi les financeurs du projet, on trouve aussi des partenaires publics, comme le ministère de l’Agriculture de l’Ontario, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, le ministère fédéral de l’Agriculture, et le programme de développement économique et rural de l’Ontario, ou des organisations à but non lucratif comme le Advanced Food Materials Network

[3] Réseau canadien d’action sur les biotechnologies




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Source : Inf’OGM

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