Acheter les terres pour empêcher la LGV

Durée de lecture : 4 minutes

7 juin 2013 / S. Bardy (La Dépêche)

Pour retarder le projet de LGV entre Bordeaux et l’Espagne, 494 particuliers ont acheté deux parcelles de terrain placées sur le tracé. Ces copropriétaires, parmi lesquels José Bové et la veuve de Jacques Chaban-Delmas, sont fermement décidés à ne pas vendre.


Guérilla juridique autour de la LGV

Pendant trois ans, ils ont préparé leur coup dans le plus grand secret avant de le dévoiler officiellement le 5 juin. Les opposants à la ligne à grande vitesse (LGV) qui doit relier Bordeaux à l’Espagne en traversant le Pays Basque, ont engagé une forme de guérilla juridique contre ce projet qu’ils jugent inutile.

Elle a pris la forme de deux parcelles de terrain d’une superficie totale de 860 mètres carrés, situé sur les communes de Mouguerre et Saint-Pierre-D’Irrube, au Pays Basque. Un bout de terrain qui a la particularité d’être sur le tracé de la future LGV, mais aussi et surtout d’appartenir à 494 copropriétaires.

Mme Chaban-Delmas et José Bové parmi les copropriétaires

« C’est amusant parce que cela faisait trois ans que l’on connaissait, suite à une indiscrétion, le tracé de RFF. Et c’est celui qui a été retenu » explique Victor Pachon, le porte-parole du Collectif des associations de défense de l’environnement (CADE) à l’origine de l’opération.

Pendant de longs mois, sans attirer l’attention de Réseau ferré de France, le collectif a œuvré discrètement pour récupérer les procurations, les livrets de famille, l’argent des 494 copropriétaires, avant de signer l’acte de vente en 2011.

Les deux parcelles ayant été achetées en indivision, tous les copropriétaires doivent s’accorder pour vendre. Ce qu’ils n’ont nullement l’intention de faire. « Évidemment, nous ne vendrons pas à l’amiable. RFF devra aller jusqu’au tribunal s’il veut acheter et donc convoquer les 494 copropriétaires. Ce sera un bon moment médiatique » s’amuse Victor Pachon, pour qui la priorité est de rénover les voies existantes sur lesquelles les trains pourraient rouler à 200 km, plutôt que d’investir des « sommes folles pour gagner si peu de temps ».

Sur la liste des 494 propriétaires, figurent notamment Micheline Chaban-Delas, la veuve de l’ancien Premier ministre et maire de Bordeaux, qui possède une propriété à Arcain, ainsi que José Bové, le député européen d’Europe-Ecologie les Verts. « J’ai en effet participé à cette action de guérilla juridique qui a été gérée localement. Elle est basée sur la même logique que celle qui avait permis, à l’époque, de retarder le processus d’extension du camp militaire du Larzac » précise-t-il.

Selon lui, ce projet de LGV Bordeaux-Hendaye par le Pays Basque n’a pas de sens au moment où l’État doit faire des économies. « C’est inutile, et en termes d’aménagement, c’est une folie totale. Le tracé va désarticuler un territoire constitué de zones agricoles, de piémont. C’est d’autant plus inutile que, d’après mes informations, ce projet ne serait pas retenu par l’État » ajoute-t-il.

Une manœuvre de retardement

Quel impact peut avoir réellement l’opération lancée par les opposants sur le projet de LGV entre Bordeaux-Hendaye à supposer qu’il se fasse ?

« Un léger retard, tout au plus quelques semaines » estime un connaisseur du dossier.

Habituellement, pour la création d’une ligne ferroviaire nouvelle, la plupart des achats de terrains se font à l’amiable. « À plus de 95  confirme-t-il. En effet, Réseau ferré de France préfère souvent payer davantage afin d’acquérir plus rapidement la réserve foncière. Reste 5 % de cas plus litigieux qui se règlent, devant les tribunaux, par des expropriations. Des procédures dont RFF à l’habitude.

Pour l’heure, si le tracé a été défini, le projet de LGV Bordeaux-Hendaye doit encore être confirmé avant que ne démarre l’enquête d’utilité publique.

En effet, la commission Duron, qui doit faire le tri parmi les très nombreux projets du Schéma national des infrastructures de transports (SNIT) qui prévoyait sous le précédent gouvernement un investissement de 245 milliards d’euros sur 25 ans, doit rendre son rapport à la fin du mois de juin. Un rapport qui sera ensuite étudié attentivement par le ministre des Transports, Frédéric Cuvilliers.

Le projet LGV Bordeaux-Hendaye sera-t-il retenu dans le futur SNIT ? Les opposants espèrent que non.



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Source et photo : La Dépêche

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