Adresse d’un poète breton à Yann Arthus-Bertrand

3 août 2009 / Yann Morel

Le cinéaste aérien chante la planète en quadrichromie hélicoptérisé, mais la Bretagne se bétonne dans l’indifférence.

HOME LIBRE TOUJOURS TU CHERIRAS LA TERRE !

On nous a présenté cet « home » comme étant Le chef-d’œuvre cinématographique. Le réalisateur que l’on aperçoit de temps à autre dans les médias ou sur les plateaux télé, réfugié piteusement derrière le micro,n’est pourtant pas un foudre de guerre, encore moins un leader charismatique attaché à la défense de l’environnement planétaire.

Une fois encore, il nous a montré de belles images d’Epinal, certes,mais plutôt ripolinées, sélectionnées, triées, bref, tout est merveilleux et inquiétant dans le meilleur des mondes, surtout loin de l’hexagone !

Le danger n’est pas ici mais ailleurs bien sûr ! surtout pas en France, ni même en Bretagne. Le réalisateur sponsorisé par Pinault fiston ne manque pas de remercier dès le début de ce film son généreux mécène surfant sur la vague douteuse, actuelle, du développement durable, cache-misère servant à relifter en vert pâle, chantiers colossaux futurs et la pléthore d’adjoints ou présidents de commissions bidons du même tonneau vénal, en mal de reconnaissance populaire ou municipale.

Fidèle à son engagement feutré, il reste campé sur la même ligne verte à ne pas franchir.

Une image démarquée, soldée dirions-nous,reflet d’une société amorphe, sans réactions. Ne pas faire de vague sur les plateaux télé, ne pas élever la voix pour protester un tantinet, bref, ne rien dire de déplacé. Il reste bien sage dans son fauteuil, aimable avec tous les intervenants, un modèle du genre ! Le gendre idéal pour un éventuel beau-papa argenté et féru d’art abstrait !

Il nous fait penser à ces skippers aux blousons transformés en vente ambulante pour mécènes et pacotilles d’accastillage, roulant des mécaniques rallongées et carbonées devant l’éternel parterre de bobos dégriffés, plantés sur les pontons du Vendée Globe.

Ce soir je n’aime pas cette marine-là aurait pu chanter Jean Ferrat…
Ces skippers incapables de protester le moins du monde contre la prolifération anarchique des ports de plaisance sur tout le littoral.

Ainsi donc peu importe que les glaciers fondent à une allure vertigineuse depuis cinq ou six ans, que l’eau se raréfie à l’échelon mondial, pas gênant que même en Bretagne, en Corse ou en Vendée, on privatise notre littoral,détruisant à jamais des paysages et abris côtiers de nos ancêtres. Ce viol visuel, insatiable, dramatique, mémoriel, ignoble, de notre patrie celte. Ces plaies vérolées, spéculatives, scandaleuses cicatrices incrustées sur la beauté du monde originel. Et du moment que l’on se fait de l’argent sale grâce au tourisme despotique épaulé par tous les lobbies locaux ou régionaux.

Elle meurt cette Bretagne vraie, loin des festifs béats incapables de chanter ni de sonner deux mesures du Bro Goz, et peoples se découvrant une âme bretonne au bord de la piscine du cinq étoiles.
On assassine aussi notre mémoire industrielle, par programmation orchestrée et voulue.
L’Histoire laborieuse de vous, mes aïeuls, travaillant chez Chaffoteaux et Maury au Légué ou suant et peinant dans les ateliers de turbinage par 40°C, dans les raffineries sucrières de Nantes.

Désormais l’essentiel étant de nous montrer ce que l’on veut bien nous soumettre : De bien beaux clichés, soft, cool, sortis d’une planète n’existant déjà plus, et très lointains, inspirés d’une opérette ratée, ou d’une comédie musicale au top du flop dont le titre pourrait être :

« Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ou bien encore

« Qu’elle était verte ma vallée sponsorisée »




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L’auteur : Yann Morel est « écrivain poète depuis la Bretagne ».

Source : Courriel à Reporterre

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