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Afrique, aide-nous

Durée de lecture : 2 minutes

29 juin 2009 / Hervé Kempf


Le hasard de l’existence conduit le chroniqueur dans un pays d’Afrique réputé être l’un des plus pauvres du monde. Comme lors de chaque reportage, le chroniqueur enregistre moult observations, émotions, informations, sensations. Mais une idée nouvelle lui apparaît. Encore imparfaite, il la propose au public, comme une proposition de réflexion plus que comme une thèse aboutie. Peut-être est-elle provocatrice.

Le savoir commun dit que si l’on ne parvient pas à enrayer le changement climatique, les premières et principales victimes en seront les pays pauvres de l’hémisphère Sud. Cela ne signifie pas pour autant que les pays du Nord en seraient indemnes. Les conséquences seraient nuisibles partout, quoique selon des degrés différents.

On peut dès lors s’interroger sur la capacité des diverses sociétés à résister ou à s’adapter à ces nouvelles conditions. La proposition paradoxale est que les sociétés les plus riches ne sont pas forcément les mieux placées pour y faire face : habituées à une profusion de biens, baignées dans une idéologie publicitaire posant la surconsommation comme un idéal, organisées selon le principe de la transformation brutale de leur environnement, elles semblent être psychologiquement et culturellement fort dépourvues pour se couler dans de nouvelles et rudes conditions d’existence. Leurs moyens matériels et techniques pourraient pallier une partie des transformations négatives, mais leur « appareillage » mental les handicaperait profondément face à la réduction inévitable de leur niveau de vie.

En revanche, des sociétés habituées à supporter les restrictions, sachant s’organiser avec peu, coutumières de la mobilité (« l’exode »), présenteraient une « résilience » plus grande que les sociétés riches aux tourments à venir.

L’hypothèse : devant les difficultés, l’essentiel n’est pas l’armement technique et matériel, mais l’appareillage culturel et la disposition à vivre sobrement.

Prenons la question sous un angle plus optimiste. Il est possible de prévenir la crise écologique. Cela suppose une réduction drastique de la consommation matérielle et de la consommation d’énergie par les pays les plus gaspilleurs. Ceux du Nord. Pour y parvenir, ils doivent se déconditionner, se désaliéner de l’idéologie consommatoire, selon laquelle plus est mieux. L’Afrique peut enseigner à l’Occident comment s’accommoder de la frugalité. Le débat n’est pas ici que la simplicité soit subie ou choisie ; l’important est qu’elle forme le fond de sa vie quotidienne et de sa culture. Pour prévenir la crise écologique, l’Europe pourrait ainsi demander à l’Afrique de l’aider à modifier son mode de vie. En fait, l’Europe a besoin qu’on l’aide à développer ses valeurs culturelles de sobriété.

Afrique, aide notre développement mental.

Afrique, aide l’Europe à entrer dans la nouvelle histoire.




Source : Cet article a été publié dans Le Monde du 28-29 juin 2009.

This article has been translated in English : http://www.truthout.org/063009E

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