Au long de l’autoroute A 75, l’urbanisation s’en donne à coeur joie

24 septembre 2012 / ACNAT (Action Nature et Territoire en Languedoc-Roussillon)




« Utiliser l’autoroute A 75 c’est avoir un aperçu de la France de demain », « Les Grands Causses et la Méditerranée ne font presque plus qu’un ». Voilà ce que l’on peut lire sur la page d’accueil de « l’association » La Méridienne, association d’élus, promotrice de cette autoroute et principale interlocutrice de la politique 1% paysage et développement.

Ce "1%" correspond à la part dédiée à la politique paysage sur le coût total des travaux de ladite autoroute. Cette politique ambitionne de préserver les paysages remarquables : « Nous avons commencé par financer la résorption des points noirs en rénovant les façades sur les bâtiments dégradés, en supprimant les décharges sauvages, en enfouissant les réseaux aériens des lignes électriques », explique Frédéric Leray, de la mission environnement de la direction des routes (JDLE, déc. 2004).

En effet le mot d’ordre est (était ?) de préserver l’intégrité des paysages visibles depuis l’A75. C’est pour ce motif que, dans le département de l’Hérault, on déviera le tracé de la ligne THT entre Saint Guiraud et Lodève, en doublant sa longueur pour la cacher derrière les collines. Plutôt défigurer une autre vallée que d’imposer au regard de l’automobiliste une verrue au bord du macadam.

Mais la dialectique du 1% faisait naîvement disparaître de son champ, le terme associé de «  développement ». La dernière décennie se dépêche de rattraper le temps perdu et l’arrière pays languedocien pourrait bientôt concurrencer la façade littorale dans sa frénésie de bétonisation. C’est ainsi que les engagements de préservation du paysage des terres rouges de la vallée de la Lergue, sur les 20 km séparant Lodève de Clermont l’Hérault, succombent aujourd’hui à la realpolitik d’une région qui veut capter sa dîme des flux tendus.

Quelques kilomètres après le tunnel de la Vierge, à tout bien tout honneur, ont fleuri la ZAC La méridienne, puis le triangle de Ceyras, modèle d’étalement pavillonnaire promis à l’avenir radieux des trucks center et enfin les 80 ha de la ZAC de la Salamane et son vaisseau amiral, la base logistique Seveso de Système U.

Et dire que les réunions publiques du “1% paysage” promettaient de ne pas faire déborder l’urbanisation au sud de l’autoroute ! Croyez vous que c’en est fini ?

Que serait notre modèle de développement sans ses normes ? Pas plus de 30 km entre deux poses pipi. 44 kilomètres séparent l’aire de repos du Caylar de celle de Paulhan, mais également trois sorties dont deux aménagées pour du commerce. On construit donc des zones commerciales en bord d’autoroute en considérant que ceux qui sont déjà sur l’autoroute doivent utiliser une aire d’autoroute pour leurs besoins primaires.

Construisons donc une nouvelle aire de repos, oublions les villages étapes et les zones commerciales dépourvus de sanitaires publics munis de miroirs .
Détruisons une autre portion de l’étroite vallée de la Lergue, à la confluence de trois rivières, dans une Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF). Car, comble de l’ironie, la RGPP [révision générale des politiques publiques] veut que ce soit la DREAL (Direction régionale de l’écologie mais aussi de l’aménagement et du logement) qui soit maître d’œuvre de ce projet d’aire de repos comme elle l’est de la désignation des ZNIEFF.

Exproprions et arrachons quatre hectares de vignes dont la politique agricole a subventionné la replantation en cépage améliorateur, car comme le disent les panneaux publicitaires du département de l’Hérault, le conseil général défend la viticulture, (sauf dans ses avis consultatifs).

Ainsi arrive le temps où nos édiles locaux n’ont plus qu’à se préoccuper du nom de baptême de l’ultime sortie de route.





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Source : Courriel à Reporterre

Contact : acnat.lr (arobase) gmail.com

Photo : Global view

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