Aux Etats-Unis, les OGM impuissants face à l’amarante

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29 octobre 2012 / Regards sur le monde



« Cet été, une armée de journaliers a désherbé à la houe les champs de coton dans tout le sud-est des Etats-Unis, du jamais-vu depuis les années 1960 »


Aux Etats-Unis, depuis 1994, de nombreux Etats ont fortement développé la culture transgénique de coton, maïs et soja. Mais les Etats qui ont le plus fortement utilisé ces cultures OGM font face depuis plusieurs mois à une plante mutante redoutable : l’amarante de Palmer (Amaranthus Palmeri).

Cette plante a développé une improbable – mais bien réelle – resistance au Roundup, le désherbant total, produit phare de Monsanto. L’amarante de Palmer peut atteindre deux mètres quarante et pousser de 5 centimètres par jour. Elle résiste aux moissonneuses-batteuses, aux fortes chaleurs et à absolument tous les traitements. Les fermiers les plus modernes du monde doivent revenir à des outils d’un autre âge, la houe et la pelle, pour déloger l’amarante qui prolifère rapidement.

Les années de gloire du Roundup

Pour ces agriculteurs, la démarche était simple jusqu’alors. Tout d’abord acheter des semences OGM Roundup Ready à Monsanto, le plus grand producteur de semences génétiquement modifiées (OGM) de la planète. Ces semences de coton, maïs et soja ont été génétiquement modifiées en ce sens qu’elles resistent au Roundup, le désherbant total également vendu par Monsanto. Pour l’agriculteur c’est alors très simple ; une fois ces semences plantées, il n’a plus qu’à pulvériser joyeusement l’herbicide ; toutes les plantes crèvent, sauf la plantation de l’agriculteur.

Magique non ? Pour Monsanto, magique sans aucun doute, étant donné que la société gagne sur les deux tableaux : semences et désherbant. Pour la pollution des nappes phréatiques, pour la santé des agriculteurs et pour l’impact sur la biodiversité dont la large contribution au syndrome de disparition des abeilles, c’est une autre affaire…

Mais Darwin nous enseigna l’évolution…

Comme nous l’a enseigné Darwin, une fois de plus la sélection naturelle a joué son rôle. A force d’appliquer le glyphosate (c’est le nom du désherbant total commercialement appelé RoundUp) sur des monocultures, des souches résistantes de plantes dîtes indésirables ont été sélectionnées par le processus naturel. Dans la population initiale, certains individus étaient naturellement résistants ; ils se sont multipliés.

Ce mécanisme de résistance au glyphosate a déjà été confirmé chez 16 espèces de « mauvaises » herbes. Le mécanisme de résistance mis en évidence chez l’amaranthe de Palmer s’apparente à celui déjà observé chez certaines familles de moustiques face à certains insecticides.

… et l’amarante de Palmer prolifère

L’amarante de Palmer surnommée pigweed (l’herbe à cochon) prolifère maintenant dans de nombreux Etats. La plante peut pousser de 5 centimètres par jour et atteindre plus de 2 mètres de haut. Il arrive que ses racines cassent les moissonneuses. Chaque femelle produit des dizaines de milliers de graines ; la capacité de l’amarante à se développer est impressionante.

Dans l’Arkansas, l’explosion a eu lieu cette année. Les agriculteurs ont été pris par surprise. « On se disait que ça pouvait arriver, mais pas autant, pas aussi vite », témoigne West Higgins devant l’un de ses champs, où son soja a littéralement été étouffé. Tous les herbicides se succèdent, mais rien n’en vient vraiment à bout. Alors, cet été, une armée de journaliers a désherbé à la houe les champs de coton dans tout le sud-est des Etats-Unis, du jamais-vu depuis les années 1960. Mais les champs ne restent propres que quelques semaines et l’amarante revient en force.

Vers un changement des pratiques ?

Face à ce fleau, nombre d’agriculteurs américains s’interrogent. Certains, bien trop habitués à ces pratiques « faciles » où même le labourage de la terre (une pratique naturelle pour lutter contre les mauvaises herbes et aérer la terre) n’est parfois plus utile, vont tenter l’expérience LibertyLink, un OGM de Bayer, le concurrent de Monsanto. Il fonctionne avec un herbicide différent, relativement efficace sur Amaranthus palmeri.

Mais quelques jeunes agriculteurs (encore peu nombreux) semblent aussi se laisser tenter par un retour aux semences conventionnelles. Le coût exorbitant des semences OGM, dont l’efficacité est de plus en plus contestée, n’est pas pour rien dans leur choix.






Source : Regards sur le monde

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