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Tribune

Avis aux charognards : EELV n’est pas morte !

« Certains spéculent sur la mort d’EÉLV. Oui, oui. Ceux qui réduisent la vie politique au quinquennal concours d’hypocrisie, à l’élection la plus anti-démocratique qui soit, veulent anticiper d’un mauvais résultat pronostiqué de l’écologie politique, la disparition d’EÉLV. Ah, c’est qu’ils sont quelques-uns que ça arrangerait de voir enfin disparaitre ces écologistes autonomes ! »


Ok, il est fort probable que EÉLV [Europe Ecologie Les Verts] et Éva Joly n’obtiennent pas en avril prochain les mêmes suffrages que ceux des Européennes, des régionales ou des cantonales. Certes. Rien de bien surprenant à cela, cette situation s’explique par tout un certain nombre de critères totalement extérieurs à la personne qui porte la candidature de l’écologie.

Or, tenez-vous bien, il se trouve que certains spéculent sur la mort d’EÉLV. Oui, oui. Ceux qui réduisent la vie politique au quinquennal concours d’hypocrisie, à l’élection la plus anti-démocratique qui soit, veulent anticiper d’un mauvais résultat pronostiqué de l’écologie politique, la disparition d’EÉLV. Ah, c’est qu’ils sont quelques-uns que ça arrangerait de voir enfin disparaitre ces écologistes autonomes ! On pourrait enfin avoir un petit coup de peinture verte accolé à un programme productiviste, on pourrait enfin ne parler que de protection de l’environnement sans aborder le fond social et économique qui concourt à la destruction de la planète et des solidarités.

Pas de bol pour vous, chers messieurs-dames charognards, vous spéculez mal. On ne vous a d’ailleurs jamais appris que la spéculation, ce n’était pas franchement une vertu écologiste ? Europe Écologie les Verts est un mouvement plein de défauts, un collectif parfois brouillon, avec lequel je peux parfois avoir de vraies divergences, mais c’est un collectif, c’est-à-dire des gens qui se mettent ensemble pour soutenir un objectif commun : l’écologie politique. Je veux bien imaginer qu’il y ait plusieurs mouvements se revendiquant de l’écologie politique même si je pense que celle-ci n’est pas encore assez forte pour se le permettre.

Cependant, au sein d’EÉLV, il y a des militants, des sympathisants, des coopérateurs, des élus, des gens qui sont tous les jours sur le terrain. Ce soir par exemple, j’avais conseil municipal. Oui, c’est vrai, ce n’est pas très glorieux de débattre du camping municipal de Pontarlier ou de l’achat de parcelles de forêts, ce ne sera pas au JT, mais c’est cela aussi l’écologie politique.

Éva Joly a été largement choisie lors d’une primaire ouverte à laquelle était conviée toute personne se réclamant de l’écologie politique. Lui faire un procès en légitimité, c’est insulter les 30.000 électeurs. Parmi eux, certains ont voté pour Nicolas Hulot, Stéphane Lhomme ou Henri Stoll. Ils auraient pu également voter pour une autre candidate si elle avait daigné se présenter. La majorité de ces votants soutient aujourd’hui Éva Joly. Certains, déçus, ne font pas campagne. Je le comprends tout à fait et ne les en blâme pas, mais au moins ne font-ils pas campagne CONTRE la candidate de l’écologie, soutenue par EÉLV et le MEI.

Au-delà de la présidentielle, EÉLV, c’est un réseau, c’est un mouvement. Il ne s’agit pas d’un fan club. Il ne s’agit pas d’amoureux béats de l’environnement prêts à rejoindre celui qui leur fera la plus belle danse du ventre. Où sont-ils les adhérents et les élus de CAP 21 dans le Haut-Doubs quand il faut défendre les transports en commun ou les personnes persécutées parce qu’elles n’ont pas le bon papier d’identité, quand il faut réfléchir à une alternative touristique, quand il faut défendre la Loue et les rivières comtoises, quand il faut demander la fermeture d’élevages illégaux de visons ? On les a beaucoup entendu les militants du Front de Gauche sur les tentatives des productivistes pour relancer le projet fou de grand canal ? Qui a dénoncé les ventes de Rafales “made in France” par Dassault, le copain de tous les briscards de la politique, de Sarko à Mélenchon ? La vice-présidente à la culture de la région Franche-Comté qui se bat pour montrer qu’il existe une politique écologiste de la culture, vous me rappelez de quel parti elle est ? Et qui se confronte régulièrement en commission locale de l’eau aux acharnés des canons à neige si ce n’est un élu EÉLV ? Qui part à la rencontre des éleveurs, des environnementalistes, des biologistes pour faire en sorte que le retour du loup dans Haut-Doubs soit une réalité gagnante pour tous ?

LV, ce sont tous ces militants et ces élus, reconnus et implantés, avec leurs divergences internes, leurs débats, qui se battent au quotidien, dans les quatre coins de France, ils sont opiniâtres, passionnés, et ils ne sont pas prêts à changer de bord uniquement parce que nous ne faisons pas un bon résultat à l’élection de Mister testostérone France 2012.

Éva Joly aura moins de difficultés à obtenir les 500 signatures que ses prédécesseurs, tout simplement parce que l’écologie politique qu’elle représente s’est implantée localement, parce qu’elle a obtenu sa légitimité de l’action locale de tous ces activistes, de tous ces élus.

Je pense même que, quel que soit notre (oui, NOTRE) résultat, nous sortirons renforcés de cette épreuve de la présidentielle parce que nous avons fait, comme toujours, le choix du fond, du projet, de la transparence, et non pas celui de la forme, du simplisme et de la démagogie. Parce que nous en tirerons forcément les conséquences sur notre organisation interne. Parce que, contrairement à ce que répètent en boucle les charognards, nous sommes largement en position de réaliser le meilleur score des écologistes à cette parodie de démocratie. Parce qu’en présentant une incorruptible, une “candidate qui ne sait pas mentir”, une femme, d’origine étrangère, nous avons provoqué des débats qui sont des révélateurs de l’état de notre démocratie.

La vie politique, c’est bien plus que la présidentielle. Alors, oui, les pisse-froids, on les emmerde et on leur donne rendez-vous le 22 avril, mais aussi aux législatives, aux municipales et surtout, on leur donne rendez-vous, en dehors des élections, dans tous les combats locaux de l’écologie politique.


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