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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Ayrault veut assouplir les règles environnementales de l’élevage industriel porcin


Après le renoncement à la taxe poids lourds et à la taxe sur le maléfique diesel - dont l’importance dans le parc automobile est une spécificité française - Jean-Marc Ayrault vient de procéder à une reculade plus discrète, mais pas moins symbolique sur une autre spécificité maléfique, cette fois-ci bretonne : les porcheries industrielles qui n’en finissent pas de nitrater la Bretagne. Les Verts ont moins réagi que sur le diesel, ce qui n’est guère étonnant vu leur tendance à privilégier l’écologie des villes sur l’écologie des champs.

Jeudi 12 septembre donc, lors de son bref et houleux passage, sous les huées, au Salon international de l’élevage, à Rennes, le Premier ministre s’est livré à un numéro d’impuissance politique. Ne sachant quelle perspective proposer aux éleveurs de porcs industriels dont il a reconnu « la situation difficile », il s’est contenté de céder sur l’une de leurs revendications pour poursuivre leur fuite en avant. Etranglés par la concurrence en matière de coût de main d’œuvre par l’Espagne, l’Allemagne et l’Europe centrale, les éleveurs réclamaient un allègement des contraintes d’environnement destinées à lutter contre l’épandage des déjections cochonnes qui polluent la majeure partie des nappes phréatiques bretonnes, sans parler de la prolifération des algues vertes sur les côtes.

Faciliter l’ouverture d’usines à cochons

A défaut d’une autre ambition pour le modèle agricole breton, qu’il estime « pas mort », Jean-Marc Ayrault a donc cédé en annonçant que le fameux « choc de simplification » annoncé par son gouvernement allait s’appliquer à la réglementation environnementale qui contrarie l’élevage industriel : il va faciliter les procédures d’agrandissement ou d’ouverture des usines à cochons !

« Un régime d’enregistrement sera ainsi créé, qui prendra la place du régime actuel d’autorisation », a-t-il expliqué, renvoyant discrètement les détails techniques à un texte commun aux ministres de l’Agriculture et de l’Ecologie. Ce dernier va probablement devoir avaler une autre couleuvre après celle de la taxe diesel, puisqu’on évoque la suppression de l’enquête publique préalable à l’ouverture d’une porcherie de moins de 2 000 bêtes.

Faute de vraies perspectives, cet encouragement donné à un système condamné est absurde, comme l’analyse René Louail, conseiller régional Vert et lui-même agriculteur : « Cela continuera malheureusement ainsi tant qu’on continuera à faire le choix du soutien à une production de masse, à faible valeur ajoutée. Il faut au contraire passer de la notion de "minerai" à une production agroalimentaire de qualité et à forte valeur ajoutée, génératrice de quantité de nouveaux emplois par la conquête, notamment, de nouveaux marchés en Bretagne même et une relocalisation de la production. On assiste à des choix aberrants ! Est-il normal, par exemple, qu’en 2012, on ait exporté vers l’Allemagne 750 000 porcs pour qu’ils y soient tués ? Ce simple chiffre représente à lui seul treize semaines de travail à temps plein ».

Tout cela parce que l’Allemagne sous-paye ses porchers moins de 10 euros de l’heure contre 20 en Bretagne. Et de plus en plus souvent pour une production de meilleure qualité, l’agriculture allemande reconvertissant les immenses exploitations agricoles communistes de l’ex-RDA en fermes d’agriculture bio sur des grandes surfaces réduisant les coûts de production.

L’élevage breton ne s’en sortira donc pas par des mesures prolongeant encore un système condamnable et condamné. La priorité n’est pas de relâcher les contraintes environnementales mais d’agir sur les contraintes de coût en mettant fin au dumping salarial : c’est à Bruxelles qui faut agir pour réduire les distorsions sociales et fiscales entre les entreprises européennes en imposant un smic européen pour tous.

Mais à propos de ces distorsions de coûts de main d’œuvre, le Premier ministre s’est contenté de déclarer : « Sur ce sujet dont je connais la forte sensibilité pour vous, la France continuera de porter vigoureusement au niveau européen l’harmonisation des règles en la matière ». Des engagements « vigoureux », mais beaucoup moins précis que le recul en matière d’environnement…

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