Faire un don
22372 € récoltés
OBJECTIF : 80 000 €
28 %
Pour une presse libre comme l'air ! Soutenir reporterre

Biodiversité : les candidats s’en contrefichent

Durée de lecture : 4 minutes

27 mars 2012 / Humanité et biodiversité

L’offre politique en matière de biodiversité se limite à une juxtaposition d’objectifs calibrés pour ne fâcher personne


Les enjeux écologiques, sociaux et économiques liés à la préservation de la biodiversité conditionnent largement l’avenir de nos sociétés. Ils doivent occuper la place légitime qui leur revient dans les programmes des candidats aux élections présidentielles de 2012. C’est pourquoi Humanité et Biodiversité a diffusé aux candidats le 22 novembre 2011 un questionnaire afin de recueillir et évaluer leurs propositions sur la prise en considération de la biodiversité dans leur programme. L’évaluation des réponses repose sur trois critères principaux : l’ambition, le réalisme et la technicité.

Déception sur les trois critères d’évaluation

Si les réponses témoignent d’une connaissance du sujet en progrès, cela ne suffit pas à construire des réponses à la hauteur des enjeux.

L’ambition des candidats est timide, ils éprouvent de réelles difficultés à se projeter dans l’avenir. Et la mise en œuvre des propositions manque quant à elle de réalisme et de technicité : les prises de position des acteurs économiques et sociaux sont rarement prises en compte, le rôle des collectivités n’est presque jamais abordé, les candidats restent globalement très flous sur la façon dont ils envisagent concrètement d’atteindre leurs objectifs, ils ne se saisissent pas de l’expérience acquise dans la mise en œuvre des politiques nationales, de celles des collectivités territoriales ou encore d’acteurs privés.

« Les propositions restent trop générales, peu précises, et les méthodes pour les mettre en œuvre sont globalement absentes. Pourtant on attend de candidats à la Présidence de la République qu’ils proposent des politiques », regrette Christophe Aubel, Directeur d’Humanité et Biodiversité qui poursuit : « l’offre politique en matière de biodiversité semble se limiter à une juxtaposition d’objectifs divers – et calibrés pour ne fâcher personne- avec peu de méthodologie opérationnelle  ».

Quatre thématiques saillantes illustrent cette prise en charge insuffisante de la biodiversité

Ce constat se retrouve dans l’évaluation de thématiques considérées comme clés pour l’association. Par exemple, alors qu’Humanité et Biodiversité attendait un fort niveau de propositions dans le domaine de la fiscalité et du financement des politiques, aucun candidat ne prend d’engagement pour la première loi de finance de son quinquennat, il est pourtant urgent d’agir. Par exemple en matière de subventions néfastes ou de fond dédié à des actions de préservation.

Concernant l’aménagement du territoire, la mise en œuvre concrète des propositions soumises n’est pas ou peu précisée. La réflexion sur des évolutions fortes du code de l’urbanisme est insuffisante, et aucun candidat ne souhaite faire de la trame verte et bleue LE modèle des « grands travaux » du XXIe siècle pour construire l’aménagement durable des territoires tout en développant de l’emploi et du lien social autour de la nature.

Très inquiétant, le sujet de la gouvernance nationale de la biodiversité ! Aucun candidat ne fait de la Stratégie Nationale pour la Biodiversité (SNB) une politique majeure du prochain gouvernement, alors qu’elle doit permettre à la France de tenir ses engagements internationaux. Aucune proposition forte n’est avancée sur le rôle et les compétences des collectivités territoriales en matière de biodiversité, et la question de l’évaluation des politiques n’est pas traitée.

La question de la chasse illustre parfaitement l’insuffisance des réponses, les vrais sujets sont évités, la plupart des candidats ne souhaitant pas faire fuir « le chasseur électeur », par exemple en matière de partage de l’espace ou de chasse d’espèces en danger. La même prudence vaut pour les questions liées aux espèces et aux aires protégées.

Un constat sévère

« Le sujet n’est pas suffisamment pris en charge. Tant qu’il n’y aura pas de vrai engagement de la part d’un chef de l’Etat, nous continuerons à être confrontés à des mesures cosmétiques. La biodiversité est une opportunité pour construire le monde du XXIe siècle. Les candidats passent à côté de l’essentiel », regrette Hubert Reeves, Président d’Humanité et Biodiversité, qui ajoute : « Humanité et Biodiversité va poursuivre le dialogue avec les candidats, il reste encore du temps pour qu’ils approfondissent leurs propositions ! ».



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Humanité et biodiversité

Photo : Geo

Lire aussi : Les députés adoptent une loi inique sur les semences de ferme

7 décembre 2019
Le Brésil est toujours en flammes, mais la police harcèle les écolos
Info
6 décembre 2019
Mobilisation contre les retraites : « Le 5 décembre n’est qu’une étape »
Reportage
6 décembre 2019
Géo-ingénierie : « La Terre est une bête incontrôlable. Vouloir la mettre en laisse, c’est chercher des ennuis »
Entretien




Du même auteur       Humanité et biodiversité