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Tribune —

Ce qui se passe au Forum social mondial, au Brésil

En discussion : l’avenir du mouvement altermondialisation, la lutte sociale autour du changement climatique, l’alliance entre paysans et urbains.


Pour le 10e anniversaire du Forum social mondial (FSM), deux rencontres sont organisées au Brésil : l’une à Porto Alegre, du 25 au 29 janvier ; l’autre à Salvador de Bahia, du 29 au 31.

A Porto Alegre, cinq ans après que le FSM y ait été organisé pour la dernière fois, se tient une série de séminaires internationaux, rassemblés sous le titre « 10 ans après, défis et propositions pour un autre monde possible ». Parallèlement, sont proposées près de 300 activités : rencontres, séminaires, ateliers, etc..
La ville de Salvador de Bahia, quant à elle, accueillera le Forum social mondial autour de la thématique « Dialogues, diversité culturelle et crise de civilisation ». Il s’agira, entre autres, de préparer la prochaine édition du FSM 2011 à Dakar au Sénégal.

Il ne faut pas longtemps de présence sur place pour vérifier à quel point la nécessité de bâtir un nouveau projet stratégique pour le FSM a fait son chemin au cours de ces dernières années. Il s’agit, pour les Forums sociaux, d’aller au-delà de leur périmètre historique, tout en préservant leur principal acquis : être l’espace d’échanges et de coordination privilégié des mouvements sociaux au niveau mondial. Ce projet, dont une des premières manifestations avait été le Manifeste de Porto Alegre de janvier 2005 (http://medelu.org/spip.php ?article27), avait trouvé un début de concrétisation lors du FSM de Belém en janvier 2009 avec la rencontre entre des gouvernements progressistes d’Amérique latine et les mouvements sociaux du sous-continent (http://medelu.org/spip.php ?rubriqu...)

Au cœur de cette réflexion - comment construire des lignes d’action plus avancées ?, pour reprendre une formule de Marta Harneker - se trouve la question de la méthode et des modalités de l’articulation à construire entre mouvements sociaux, forces politiques et actions de gouvernement. Ce que nous avons appelé le post-altermondialisme.

Allons-nous vers la redéfinition d’un « consensus altermondialiste » (http://medelu.org/spip.php ?article166), dans un contexte mondial très différent de celui qui a présidé à la naissance du processus des Forums en 2001 ? Les nouveaux paramètres sont légion : crise globale ; changement de pouvoir politique aux Etats-Unis ; émergence de nouvelles puissances - Brésil, Russie, Inde, Chine - qui cherchent à modifier à leur avantage la hiérarchie capitaliste mondiale ; délégitimation croissante des institutions financières internationales et mise sur orbite du G 20 ; persistance et extension des conflits planétaires ; arrivée (ou consolidation) au pouvoir de gouvernements progressistes en Amérique latine - Bolivie, Equateur, Venezuela - dont les dernières positions à Copenhague, dans le cadre de l’Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique (Alba), ont montré qu’ils pouvaient désormais jouer un rôle politique significatif sur la scène internationale, etc.

Il est trop tôt pour le dire, mais on ne peut que se réjouir de cette préoccupation désormais affichée, après quelques années de piétinement sur la stratégie à suivre, quant à la relation de la « société civile » avec les processus de transformation concrets, notamment en Amérique latine.

La question de cette articulation a notamment été au menu d’une rencontre sur l’après-Copenhague. Autour de la même table étaient réunies plusieurs organisations ayant participé aux mobilisations réussies lors du Sommet tenu dans la capitale danoise du 7 au 19 décembre dernier. Elles ont pu dresser un bilan de leurs actions et engager un travail de préparation internationale des prochaines échéances, notamment celle de la prochaine Conférence plénière des Nations unies sur le réchauffement climatique qui se déroulera à Cancun du 29 novembre au 10 décembre 2010.

Pablo Solon, ambassadeur de la Bolivie auprès des Nations unies, a renouvelé l’invitation lancée par Evo Morales, le 16 décembre à Copenhague, aux mouvements sociaux du monde entier à participer activement au Sommet des peuples et des mouvements sociaux sur le changement climatique qui se tiendra du 20 au 22 avril à Cochabamba (http://medelu.org/spip.php ?article317).

Il en a rappelé quelques objectifs centraux :

-  mettre en évidence les causes structurelles du réchauffement climatique : le capitalisme et son modèle productiviste ;
-  débattre de la dette climatique contractée par les pays industrialisés envers les pays du Sud ;
-  mettre en place un Tribunal permanent de la justice climatique ;
-  construire un mouvement durable pour la justice climatique ;
-  préparer l’organisation d’un référendum mondial sur le réchauffement climatique.

Pour Pablo Solon, le succès de la lutte contre le réchauffement climatique dépendra de notre capacité collective à « construire une articulation entre un engagement des gouvernements progressistes et une pression internationale très forte des mouvements sociaux ».

Selon lui, la base politique de cette articulation doit être le rejet du texte issu des négociations de Copenhague. Pablo Solon a en effet rappelé qu’il n’y avait pas eu d’accord lors du Sommet, ni du point de vue politique ni du point de vue juridique.

Il a signalé un point important pour tous les mouvements sociaux impliqués dans cette bataille : c’est au mois de mars que les gouvernements décideront de la base de discussion pour Cancun : texte de Copenhague ou protocole de Kyoto ? Cochabamba permettra de dresser un premier bilan de la situation après cette décision.

Texte de Copenhague ou protocole de Kyoto ?

Le rejet du texte de Copenhague est une nécessité politique de première urgence qui va devoir mobiliser l’ensemble des forces qui se battent contre le réchauffement climatique. Mais, dans le même temps, nous ne devons pas oublier que si le Protocole comporte des points positifs (engagements contraignants pour les pays riches et objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre chiffrés), il formule et promeut les mécanismes de marché des droits à polluer et la finance carbone, que nous dénonçons par ailleurs.

La réflexion, à moyen terme, sur la construction d’un cadre de coopération internationale alternatif doit s’inscrire dans l’agenda de travail collectif.

Enfin, Pablo Solon a appelé de ses vœux un « approfondissement de ce débat sur la relation entre mouvements sociaux et gouvernements ».

Pour sa part, l’un des plus emblématiques mouvements sociaux du monde, le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil (MST), bien présent à Porto Alegre (après avoir peu participé à Belém), considère que le temps est venu pour lui d’ouvrir « un moment de réflexion » sur sa stratégie.

Cette expression est celle de Joao Pedro Stedile, membre de la coordination nationale du MST : « Nous sommes à un moment de réflexion où il s’agit de réfléchir à un nouveau modèle pour avancer », a-t-il ainsi indiqué. « Aujourd’hui, les occupations de terre [principal mode d’action du MST depuis sa création dans les années 1980] ne nous apportent plus d’alliés supplémentaires. Ainsi, nous devons aller plus loin. Nous cherchons de nouvelles alternatives pour développer nos alliances (…) avec les travailleurs des villes ».

Nous y reviendrons dans un prochain billet…


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