Cher Monsieur l’huissier...

Durée de lecture : 3 minutes

19 juin 2009 / Denis Robert



Un peu las, le journaliste Denis Robert écrit à un huissier au ton comminatoire. Pas loin de son trois centième huissier...

Cher Monsieur l’huissier,

Depuis quelques années (mars 2001), j’ai une certaine habitude des avis
d’huissiers. J’en ai reçus par lettres recommandées. Par facteurs.
Factrices. Par avion. Par fax. Par temps nuageux, pluie, neige, soleil. J’en
ai fait monter par des ascenseurs en panne, par temps de pluie sur terrain
gras. J’ai offert du café à certains d’entre eux. A d’autres, j’ai évoqué
les problème familiaux de leurs femmes, enfants, arthroses, cancers (à force
plus de 300 sur Metz, on finit par se connaître).
J’en ai connus des huissiers. Des jeunes, des vieux (restez à la porte je
descends). Des sympas, des chieurs, des emmerdés (j’ai lu vos livres et
franchement ça m’emmerde de faire ce boulot avec vous).
Mais là, bon comment dire ? Votre lettre (courrier postal, normal) m’énerve.
Ce ton que vous employez. Comminatoire. Genre, si vous en vous pointez pas,
on envoie la police...

Je vous lis :

"Monsieur,
Je vous remercie de bien vouloir passer de TOUTE URGENCE (caractère gras et
majuscules, on se demande pourquoi). Et en tous cas DANS LES TROIS JOURS
(idem avec en sus les majuscules et minuscules en gras) à réception de la
missive, en mon étude 6 rue du Lancieu à METZ CEDEX, muni ( e ) d’une pièce
d’identité (caractère gras) pour y retirer une pièce personnelle vous
concernant.

Vous me précisez ensuite (toujours caractères gras) qu’aucun renseignement
ne pourra m’être communiqué téléphoniquement.

Puis, pour facilité mon passage, vous m’indiquez vos horaires

"Du lundi au jeudi de 8h à 9 h et de 17h à 18h et le vendredi de 8h à 9h et
de 16h à 17h et le « samedi:fermé ». (vous avez bien de la chance en tant
qu’huissier d’être fermé le samedi et de ne pas travailler la nuit.)« Vous chutez de la manière suivante : »Dans l’attente de votre visite, veuillez agréer Monsieur mes meilleurs
salutations".

Puis vous signez.

En précisant en bas de lettre que la « TVA à payer à l’encaissement » est
notifiée « APE 741A, etc... »

Cher Monsieur l’huissier, je découvre votre lettre sur mon bureau à mon
retour. Le délai a malheureusement expiré. Je ne pourrais donc pas être en
votre cabinet avant la semaine prochaine. Je crois que je en me déplacerai
pas. J’en suis même assez sûr. Qu’est ce qui m’y oblige ? Rien.

J’ai reçu cette semaine trois visites de vos confrères.
L’un d’eux m’a annoncé ma condamnation au TGI de Bordeaux pour un montant
d’un euro.
L’autre, ma convocation en décembre prochain au TGI de Paris sur plainte de
Monsieur de Villepin.
Le troisième m’annonce qu’il reste un reliquat à la facture du 13 courant
(mon éditeur a oublié la date de paiement, écrivez lui).

Eux se sont déplacés pour exécuter leur besogne. J’allais dire pour faire
leur besoin.

Bref, comme dirait Chirac "Votre missive m’en touche une, l’autre ne bouge
pas".

Je vous demande donc cher Monsieur l’huissier de bien vouloir vous déplacer
jusque chez moi afin de me porter votre si important courrier (vous avez mon
adresse je crois). Mon temps étant compté (moins que le vôtre je suppose),
le plus simple serait que vous veniez à des horaires à ma convenance. Je
serai à mon domicile demain vendredi 19 juin, lundi 22 juin. Je n’y serai
pas mardi. Mais je serai de retour mercredi, jeudi ou vendredi. J’emmène mon
fils à l’école entre 8h15 et 8h45. Le reste du temps, j’écris. Je travaille
plutôt la nuit et je me lève tard. Vous me dérangerez mais ce n’est pas trop
grave.

J’ai l’habitude.

Bien à vous.





Source : Courriel à Reporterre.

Denis Robert répond à la question : « Le capitalisme peut-il fonctionner sans la corruption ? » : http://www.reporterre.net/spip.php?...

>Site de soutien : http://lesoutien.blogspot.com/

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