Climat : il faut négocier un prix du carbone plutôt que des quotas d’émission

12 décembre 2012 / Jean Sireyjol (Taca)



La négociation climatique, fondée sur la fixation de quotas d’émissions, ne marche pas. Il faut changer de logique, et aller vers l’adoption d’un prix international du carbone.


Le maigre résultat de la conférence de Doha [qui s’est achevée samedi 9 décembre], c’est de prolonger le
principe du protocole de Kyoto, mais cette fois avec encore moins de
pays concernés, la Russie, le Canada et le Japon refusant cette
prolongation. Maigre résultat quand on voit que cet « accord » ne
concerne que 15% des émissions de CO2 (rappel : les USA sont toujours
en dehors, ainsi que tous les pays en voie de développement).

En fait, si on prend le temps d’y réfléchir, est-il
illogique qu’on n’arrive pas à se mettre d’accord sur des quotas de
CO2 attribués à chaque pays ?

Le principe du protocole de Kyoto, c’est en gros ceci :

1 - Les scientifiques nous demandent de diviser par 2 les émissions
mondiales de CO2 d’ici 2050, fixons des quotas de CO2 à chaque pays,
pour progressivement atteindre cette cible.

2 - Oui, mais voilà, quelle règle utiliser pour attribuer le quota de
chaque pays pour, par exemple, les 10 années à venir ?

3 - La méthode utilisée à Kyoto est de prendre comme point de départ les
émissions actuelles de CO2 de chaque pays. Tout de suite apparait le
gros problème des énormes différences d’émissions de CO2 par
habitant selon le niveau de richesse des pays.

En 2010 (chiffre Agence
Internationale de l’Energie) l’Etats-Uniens moyen a émis 19 tonnes de
CO2 quand l’Indien en était à 1,5 tonne. Pensez-vous qu’on peut
trouver un accord en disant par exemple, l’Etats-Unien va descendre à
15 t et l’Indien ne va pas dépasser 2 tonnes d’ici 10 ans, et
après on se fixe de nouveaux objectifs ? Imaginez-vous la foire
d’empoigne pour négocier ceci entre tous les pays, et rebelote 10 ans
après ?

Pourquoi les pays qui émettent beaucoup de CO2 par habitant (les pays
riches) auraient-ils le « droit » de continuer à émettre beaucoup
(même en diminuant), alors que les pays pauvres seraient contraints à
ne pas trop augmenter leurs émissions, bien que celles-ci restent très
inferieures par habitant à celles des pays riches ?

En fait la seule règle JUSTE, c’est que chaque être humain sur Terre
ait droit au même quota de CO2.

Avec cette règle, les inégalités d’émissions actuelles par habitant rendent inextricable la définition de quotas de CO2 ÉQUITABLES entre les différents pays.

Pas étonnant que depuis 1992 le seul accord qu’aient accouché ces
grandes réunions de négociation sur le climat ne soit qu’un
protocole signé par quelques pays riches, principalement
européens, attachés à sauver l’apparence d’une action politique
pour protéger le climat.

Le marché européen des quotas de CO2 (European Trading Scheme) est la
déclinaison au niveau de l’Union Européenne du protocole de Kyoto.
Là aussi, les quotas ont été attribués aux entreprises en fonction de
leurs émissions de CO2, carrément une prime au pollueur !

Ce marché européen des quotas ne marche pas (sans parler des fraudes
liées à la prime au pollueur), car il y a trop de quotas disponibles et
aujourd’hui la tonne de CO2 se négocie à 6,5€.

1 litre de carburant contient environ 700 grammes de carbone, ce qui donne après combustion environ 2,5 kg de CO2, soit moins de 2 centimes par litre de carburant au tarif du marché des quotas. Avec un tel tarif, pas
étonnant qu’on n’arrive pas à financer des projets de réduction
des émissions de CO2.

C’est ce qui vient d’arriver au projet ULCOS de captage de CO2 pour
Florange.

Un marché des quotas n’est efficace que si le prix du quota est
significatif, sinon ce marché est un échec et n’aboutit à rien.

Devant ce double constat d’échec, échec pour se mettre d’accord
sur des quotas par pays, échec du marché européen des quotas,
n’est-il pas temps de changer complètement de point de vue ?

Plutôt que de négocier des quotas impossibles à définir, pourquoi ne
pas négocier un prix sur le carbone ?

Un prix sur le carbone, posé dès l’extraction du baril de pétrole, du
m3 de gaz ou de la tonne de charbon, reversé par le pays producteur au
Fonds Climat, et automatiquement répercuté dans le prix de vente du
baril de pétrole (ou du m3 de gaz, ou de la tonne de charbon).

Irréaliste, utopie d’écologiste,. Eh bien non, c’est ce que vient
de proposer Rafael Correa, président de l’Equateur, pays
exportateur de pétrole.

Le prix sur le carbone a tous les avantages :

- Il renchérit les produits et services nécessitant
beaucoup de carbone, rendant les solutions économes en carbone
financièrement plus intéressantes, ce qui réduit les émissions de
CO2.

- Il récolte des fonds très importants pour financer
les projets d’adaptation au changement climatique et aussi
redistribuer cet argent vers les foyers modestes pour faire face à ce
coût carbone .

Oublions les quotas de CO2, négocions le prix du carbone !

Pour éviter le pire du réchauffement climatique, voici venu le temps
des idées fraiches !





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Source : Courriel à Reporterre de Jean Sireyjol, président de Taca (agir
contre le réchauffement climatique)

Photo : Buzz écolo.com

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