Climat : la solution passe par un partage mondial

Durée de lecture : 6 minutes

27 novembre 2012 / Jean Sireyjol (Taca)

Alors que s’ouvre à Doha (Qatar) une nouvelle conférence sur le changement climatique, l’analyse du problème conduit à la nécessité d’un partage mondial des émissions de gaz à effet de serre.


Qu’est-ce que cette conférence de DOHA ? Du 26 novembre au 7 décembre c’est la suite des conférences annuelles pour trouver un accord mondial sur le climat, après Copenhague en 2009, puis Cancun et Durban l’an dernier. A part le protocole de Kyoto, très insuffisant, il n’est pratiquement jamais rien ressorti de concret de ces conférences, sinon des vœux pieux.

Le réchauffement climatique, mais ça existe encore ? C’est même en voie d’accélération. Cet été la banquise du Pôle Nord a battu un nouveau record de fonte, il ne reste que la moitié de ce qu’il y avait dans les années 80. Une fonte complète pourrait arriver dans les prochaines années (avant 2020), un évènement qui précédemment n’était pas prévu avant 2100.

L’objectif de limiter le réchauffement à +2°C est-il maintenu ? Oui, mais c’est vraiment un vœu pieu. On en est aujourd’hui déjà à +0,8°C et on voit la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes à travers le monde.

La Banque Mondiale vient de lancer une alarme car si on continue comme aujourd’hui on sera à +4°C en 2060, et là ce sera « une cascade de cataclysmes climatiques » qui risquent de détruire des grands pans de notre société et plusieurs centaines de millions de vies humaines.

Pourtant, passer de +2°C à + 4°C, ce n’est pas la fin du monde ? L’évolution d’une température moyenne parait anodine, mais c’est trompeur. En fait, on pourrait traduire ce que nous dit la Banque Mondiale [1] de la façon suivante avec notre propre température. Avec + 2°C, vous avez tous les jours 39° de fièvre, ce n’est pas agréable, mais on survit et on peut encore essayer de faire baisser la température. Avec +4°C on atteint 41°C, et c’est rapidement mortel.

Mais alors, quoi faire ? On sait très bien ce qu’il faut faire. Le CO2 est un gaz à effet de serre, qui est la cause du réchauffement en cours ; il faut rapidement arrêter nos émissions de CO2. Pour le monde entier, il faut commencer par les diviser par 2, ce qui pour nous français correspond à les diviser par 4.

Comment diminuer ces émissions de CO2 ? Diviser par 2, par 4, ce n’est pas rien, c’est un changement profond. Le principe pollueur payeur est l’outil indispensable pour réduire cette pollution. Il faut mettre un prix sur le carbone.

Aujourd’hui il coûte moins cher de prendre un avion low cost qu’un train, alors que l’avion est 10 fois plus polluant pour le climat. Il faut que ça change ! Le prix carbone incite chacun à moins consommer de carbone et fait payer les pollueurs.

Que faire de l’argent ainsi récolté auprès des pollueurs ? Cet argent représente l’utilisation d’une ressource commune, d’un bien commun, l’atmosphère, et donc chaque être humain a droit exactement à la même part de ce bien commun. C’est la suite logique du principe pollueur payeur. Donc le principe juste c’est de partager également les revenus entre chaque citoyen du monde.

Que donnerait au niveau mondial l’application de ces 2 principes ? A partir des données mondiales de consommation de carburants publiées par l’AIE [2] pour 2010, et en appliquant le prix de 32€ par tonne de CO2 (soit 8 centimes par litre de carburant) proposé par la commission Rocard, on obtient les chiffres annuels suivants :

Dépense individuelle carbone moyenne par habitant et par an selon les pays :
Américain du Nord : 600€,
Européen de l’Ouest : 300€,
Chinois : 130€,
Indien : 50€,
Sénégalais : 15€.
Redistribution annuelle individuelle : 142€

Ce sont des chiffres moyens, chaque individu payant exactement selon sa quantité consommée de carbone, puisqu’il paie le prix du carbone à l’achat du carburant ou des produits en contenant, tandis que la redistribution, 142€, est la même pour tout le monde.

Que disent ces chiffres ? Ceux qui vont payer ce sont ceux qui polluent le plus, ça tombe bien, ce sont les habitants des pays riches (et aussi les riches des pays pauvres).

Par contre les pauvres, des pays riches et des pays pauvres, utilisent beaucoup moins de carbone, et la redistribution est bien supérieure à ce nouveau coût et pour une fois, ils seront favorisés.

Ces chiffres disent aussi qu’avec un prix carbone modeste (8 centimes par litre de carburant) on arriverait à dégager des sommes gigantesques pour la redistribution : 300 millions d’américains vont contribuer en moyenne à hauteur de 458€ (600-142) ce qui représente plus de 130 milliards € par an. De même l’Europe de l’Ouest contribuerait à hauteur de 80 milliards €, des chiffres impressionnants et à la hauteur de l’enjeu.

Va-t-on en parler à DOHA ? Probablement pas. Ceux qui négocient à DOHA font partie des classes dirigeantes, directement touchées par une telle mesure, c’est la seule explication pour laquelle le principe de prix carbone avec redistribution n’est pas immédiatement exigé par la majorité des pays pauvres, mais ils n’auront pas ce discours !

Ce que propose taca. C’est à nous citoyens de pays riches, et parait-il démocratiques, d’avoir le courage de regarder cette vérité qui nous dérange : au prix de quelques efforts financiers, nous pouvons mettre en mouvement l’ensemble des pays pour dé-carboniser l’économie mondiale et protéger notre atmosphère et l’avenir de nos enfants.

Arrêtons d’agiter la responsabilité des charbons indiens et chinois qui en matière de pollution carbone sont des petits joueurs à coté de nous.
Ces chiffres ne sont que le résultat de l’application basique du principe pollueur payeur et du principe que chaque être humain a droit à la même part !

Sommes-nous prêts à payer pour la pollution que nous émettons ?
Sommes-nous prêts à payer notre part pour protéger le climat ?

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Notes

[1] Rapport Banque Mondiale, 18 novembre 2012 sur l’urgence d’agir pour éviter un monde à 4°C.

[2] AIE : Agence Internationale de l’Energie

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Précisions de l’auteur

- Biais producteur consommateur :
Les chiffres de l’AIE (p99 du rapport cité) attribuent les consommations de CO2 là où l’énergie est utilisée. Pour les produits manufacturés, il faut donc effectuer une correction pour attribuer le CO2 au consommateur final. Cette correction a été appliquée à partir des données d’une étude Davis-Caldeira (Stantford 2010).

- Autres gaz à effet de serre (ges) :
Les autres ges (méthane, oxyde d’azote et hexafluorure) pourraient aussi être taxés à la source pour appliquer le principe pollueur payeur sur le consommateur final.

- Modalités de mise en œuvre de la contribution climat universelle :
Elles doivent être négociées, ce qui est proposée ici est un principe, une boussole indiquant la direction à suivre.
Par exemple faut-il distribuer la totalité des 142 € à chaque individu, ou en comptabiliser une partie par pays et financer ainsi des projets collectifs d’adaptation au réchauffement climatique ?
La redistribution égalitaire pour chaque individu, en plus du principe d’égalité universelle, a pour premier objet de permettre aux personnes à revenus modestes de recevoir suffisamment d’argent pour faire face au coût du CO2 pour son mode de vie.




Source : Courriel à Reporterre de TACA (Agir contre le réchauffement climatique)

Photo : World Bank

Lire aussi : Pour un salaire minimum mondial

Consulter par ailleurs le DOSSiER Taxe carbone

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