ConsHome, petit Home

Durée de lecture : 2 minutes

22 juin 2009 / Hervé Kempf



Un matin de juin, Blork découvrit l’existence du produit cinématographique Home le jour même où la machinerie communicationnelle le projeta dans l’esprit du public.

il apprit cette nouvelle en entendant le réalisateur du film, Yann Arthus-Bertrand, répondre avec François-Henri Pinault, héritier du milliardaire François Pinault, aux questions d’un journaliste sur la radio Europe 1. L’usage de la société du spectacle veut que le réalisateur assure seul la promotion de son ouvrage. Par quel mystère la promotion de ce film à vocation écologiste appelait-elle la présence d’un homme fortuné qui se révéla en être le financier ?

Sans deviner immédiatement la réponse à cette question, ce que retint Blork des intentions de ces personnages fut cette phrase de M. Pinault fils : « On ne peut pas consommer moins, il faut consommer différemment. » Ah ? On ne peut pas consommer moins ?

Plus tard, il apparut que Home était un film ayant vocation à « élever la conscience du public » aux questions écologiques, selon ce qu’il apprit d’une collaboratrice du réalisateur. Du film lui-même, que dire ? De belles images : Blork appréciait ces couleurs, ces paysages, ces vues surprenantes qui font de M. Arthus-Bertrand, quoi qu’en disent ses détracteurs, un artiste. Mais l’oeuvre prétendait délivrer un message à l’humanité. Et, oui, message il y avait.

L’introduction du film présentait les noms de marques de luxe appartenant au groupe dirigé par M. Pinault - Gucci, Yves Saint Laurent, Balenciaga, Boucheron, etc. Leur présence manifestait la part qu’elles prenaient au discours exprimé par le commentaire accompagnant les images.

Que disait ce discours ? Que l’équilibre écologique de la planète est menacé par l’action humaine, ce qui devrait avoir des conséquences extrêmement dommageables, quoique imprécises. Qui était responsable de cette situation ? L’humanité. Vous, moi, nous.

Une phrase surnageait du commentaire, à une heure et vingt-quatre minutes du début : « Soyons des consommateurs responsables. » Ainsi : l’équilibre de la planète se dérègle, les zones humides disparaissent, les terres glacées de Sibérie vont relâcher leur méthane, 2 milliards d’humains vont manquer d’eau, les forêts primaires sont détruites, et que nous faut-il faire ? Etre des consommateurs responsables. M. Pinault se chargerait de confirmer à la radio que le mot-clé était « consommation ».

Blork, qui prenait au sérieux ce que dit la télévision, déclama : « Humain occidental, n’imagine pas qu’il soit possible d’exister autrement qu’en consommant. Ne crois pas une seconde que les possesseurs et utilisateurs des Boucheron, Balenciaga, Rolls Royce, Lexus, Rolex, etc., puissent avoir une autre responsabilité que la tienne dans ce qui se passe. Petit homme, pour sauver la planète, écoute leur parole : consomme, consomme, consomme, différemment, mais consomme. »





Source : Cet article a été publié dans Le Monde du 21-22 juin 2009.

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