Faire un don
25680 € récoltés
OBJECTIF : 80 000 €
32 %
Pour une presse libre comme l'air ! Soutenir reporterre

Contre la surconsommation, « l’artivisme » se propage

Durée de lecture : 3 minutes

17 février 2014 / Gaspard d’Allens (Reporterre)

Des rues de Sao Paulo aux Champs Elysées, des performances artistiques dénoncent avec talent le culte voué à la consommation dans nos sociétés nanties. Arrêt sur de superbes images.


Lundi 9 décembre 2013, alors que la classe aisée brésilienne prépare fébrilement les fêtes de fin d’année, un défilé original investit le centre commercial de Natal et interrompt un temps la frénésie consumériste. Quarante personnes déambulent en silence dans les galeries, avançant lentement comme des automates, les yeux bandés et le corps recouvert d’une épaisse couche d’argile.

A l’origine de cette performance artistique intitulée « Blind Ones », les étudiants de l’école de communication et d’art de Sao Paulo. Ils ont interprété une œuvre créée par leurs professeurs, les metteurs en scène et chorégraphes Marcos Bulhoes et Marcelo Denny.

Eux-mêmes se sont inspirés du tableau de Pieter Bruegel, « La parabole des aveugles », où les personnages, non-voyants, s’accrochent désespérément les uns aux autres avant de vaciller ensemble dans le fossé.

Le titre de l’œuvre fait référence à la parole du Christ adressée aux Pharisiens : « Laissez-les. Ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or, si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse » (Matthieu, 15:14-24).

En réactualisant cette parabole, les auteurs souhaitent « provoquer une réflexion sur notre aveuglement face à la consommation ». Dans un monde qui érige en vertu cardinale la transparence, qui veut pour autant savoir les conditions de fabrication des objets achetés ? Qui s’interroge sur l’origine de son désir consumériste et de ses conséquences irréversibles ?

Mettant en scène l’acte de dévotion permanent des populations occidentales envers la marchandise, dénonçant l’instinct grégaire et la désolante condition de l’homme vide aux mains pleines, cette performance artistique invite à agir et à réfléchir.

Voir une vidéo de la performance

Son succès a poussé ses auteurs à multiplier ce type de flash mob à travers le monde. Lors de la dernière Fashion week à Paris, en septembre 2013, ils ont ainsi défilé sur les champs Elysée et la place de la Concorde au grand étonnement des passants.

Pour cette occasion, les figurants étaient bénévoles. Ils avaient été ralliés sur facebook et l’entreprise de basket écolo « Veja » (« regarde » en portugais) avait financé l’événement.

Au-delà de ces performances, c’est le mouvement anti consumériste, dans sa globalité, qui semble très inventif. Face à quelque chose d’aussi inné et acquis que la consommation, les militants doivent redoubler de créativité pour frapper l’opinion et décoloniser son imaginaire.

Du Révérend Billy et sa « Church of stop shopping » aux Etats Unis à l’église de la très sainte consommation en France, les initiatives parodiques et artistiques sont multiples. Elles sont aussi nécessaires. Car comme disait Ionesco, « Pour s’arracher au quotidien, à l’habitude, à la paresse mentale qui nous cache l’étrangeté du monde, il faut recevoir comme un coup de matraque ».


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Reporterre.

Photos :
. au Brésil : Hungeree
. à Paris : France Info.

Lire aussi : « La décroissance permet de s’affranchir de l’impérialisme économique »


Pour une information libre sur l’écologie, soutenez Reporterre :

9 décembre 2019
Les zadistes de la Cagette des terres ravitaillent et réchauffent les luttes
Reportage
9 décembre 2019
« La grève est écologique : elle limite la production »
Entretien
9 décembre 2019
Rénovation énergétique : comment passer à la vitesse supérieure ?
Alternative