Faire un don
84300 € récoltés
OBJECTIF : 120 000 €
70 %
Pour une presse libre comme l'air ! Soutenir reporterre

Contre les nécrotechnologies vertes

Durée de lecture : 5 minutes

27 juin 2009 / Pièces et main d’oeuvre

Il faut unir les oppositions aux « nécrotechnologies » : nucléaire, OGM, nanotechnos, sécuritaire.


Deux mouvements caractérisent l’actualité des nanotechnologies, alias « technologies convergentes » ou plus justement « hypertechnologies ».
D’abord une offensive générale dans les faits – financements, programmes, développements industriels et sécuritaires – et dans la propagande – séminaires, nanoforums, « fêtes », thèses et livres ; et d’autre part une régression, sinon un effondrement de l’opposition
aux nécrotechnologies.

Ces deux mouvements n’ont pas de rapport. Le premier est structurel et stratégique ; le second, conjoncturel et tactique. Nous avons déjà maintes fois montré que l’épuisement écologique et matériel du milieu contraignait le système – technicien, capitaliste, etc – à l’innovation.
Un mot de code que Jacques Ellul aurait traduit par « fuite en avant technologique ». Cependant, cent ans de fuite dans la catastrophe et le machinisme finissent par susciter chez les plus écervelés une sourde méfiance qu’il importe d’inverser. D’où le bluf des « cleantech »,
ou « technologies vertes » pourvoyeuses d’une croissance « verte », d’un capitalisme « vert » et d’un « green New Deal » pour les cent prochaines années.

Pure magie des mots. Ajoutez le qualificatif « vert » à n’importe quels ravages, nuisances, industries, et l’électeur vert s’imagine, ou feint de s’imaginer, qu’on a vraiment substitué la conjonction à la contradiction
entre l’invasion du système technicien et la survie de « l’écosystème ».

Les hyper et nanotechnologies sont précisément ces « cleantech » et « technologies vertes » proposées à l’enthousiasme des citoyens non seulement par les gouvernements, les scientifiques et les industriels,
mais surtout par les meilleurs et plus raisonnables promoteurs du catastrophisme éclairé : verts, roses, rouges. Ecologistes, alternatifs et progressistes de « Sauvons la Recherche ». Il est donc logique de les
trouver à l’avant-garde de la campagne d’acceptabilité des nanotechnologies ; que ce soit dans les réunions du Conservatoire national des Arts et Métiers, dans l’implémentation d’une vie sous contrôle RFID, comme à Lille, ou dans les pseudo-débats de la
Commission nationale du débat public à l’automne prochain.

Cette débauche de propagande multiforme est d’ailleurs intrigante. Il n’y a pas, en-dehors de quelques textes que nous publions en ligne et aux éditions L’Échappée, et de quelques réunions auxquelles nous participons, d’opposition aux nanotechnologies. Pas de meeting, de sabotage, de manifestation, de diatribe dans les journaux. Et
pourtant les nanos ont rejoint le nucléaire, les biocides et les chimères génétiques dans le catalogue des sujets « sensibles » selon les officiels - d’alarme et de révolte selon ceux qui nous en parlent et qui cherchent
désespérément un remède à leur impuissance. Il faut croire que les éléments que nous apportons depuis janvier 2003, et la manifestation contre l’inauguration de Minatec en juin 2006, ont provoqué un
questionnement en chaîne, que les officiels et les écolo-techniciens tentent d’étouffer et de récupérer à leur profit. Il faut surtout admettre qu’on ne plaisante pas avec la prochaine révolution industrielle, celle du
sauve-qui-peut technologique ; et que le système est prêt à déverser des avalanches de propagande préventive pour ne pas subir une nouvelle fois ce qu’il nomme « le syndrome OGM ». C’est-à-dire un rejet
massif, quoique passif, de l’opinion. Quant à l’extinction et à la dispersion de l’opposition aux nécrotechnologies, elles proviennent en partie de facteurs objectifs et extérieurs, en partie de facteurs
internes, propres à ce type de mouvement.

Le caractère trans-industriel des nanotechnologies rend difficile l’attaque d’un point d’opposition particulier, mais il est certain que la contestation du techno-sécuritaire - biométrie, vidéosurveillance,
fichages informatisés, RFID - a rendu concrète l’une des entrées dans le nanomonde. Pour le reste, les nanotechnologies, ce sont les technologies à l’exposant nano, dont nous avons remis la critique à l’ordre du jour, en termes politiques, parce quel tel est leur
niveau de discussion approprié par tout un chacun, et non pas en termes épistémologiques ou déontologiques, parce que notre ambition n’était pas de caqueter entre experts et contre-experts. Enfin nous
avons désastreusement failli à offrir des postes, des titres, des gratifications à notre séquelle, et jusqu’à cette vanité d’amour-propre de faire partie, en toute convivialité, de la Société des Justes et des Mieux- Pensants. Nous n’avons pas recruté. Nous n’avons
répondu aux offres de service que par des propositions de travail personnel – et manifestement rebutantes.

Qu’il suffise de dire qu’à Grenoble, dans une ville plus exposée qu’aucune autre à la critique luddite depuis bientôt dix ans, il ne s’est trouvé pratiquement aucune voix pour s’élever contre le bulldozer industriel lors de la grève, très médiatisée et soutenue par des « étudiants radicaux », des salariés de Caterpillar. Certes l’emploi
est la première des solidarités, comme ne cesse de le répéter Michel Destot, le maire PS de la technopole.

Que l’on construise enfin ces tunnels sous la Bastille, le Vercors, la Maurienne, comme le réclame la Chambre de Commerce et d’Industrie, afin de « désenclaver » la cuvette et de donner de l’emploi à nos
bulldozers.

La « crise » économique cache l’effondrement écologique et social comme Sarkozy cache le technosécuritaire, comme le fait du jour cache celui du
siècle. Occultation provisoire et fragile. C’est pour la déchirer, pour réarmer et rassembler l’opposition générale aux nécrotechnologies, que nous appelons anti-nucléaires, anti-OGM, « anti-sécuritaires » - et tous ceux pour qui une vie libre et digne n’est pas envisageable
dans la ville-machine globale, hors sol et sous cloche - à participer au débat contre la tyrannie technologique organisé à Foix (Ariège) le 9 juillet 2009 par l’Observatoire de l’Évolution, le groupe Oblomoff et Pièces et Main d’OEuvre.




Source : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/...

Ecouter aussi : Les nanomatériaux sont-ils dangereux ? http://www.reporterre.net/spip.php?...

26 juin 2019
L’activisme et le militantisme écologique depuis 30 ans
Podcast
25 juin 2019
Contre la canicule, l’habitat bioclimatique
Info
26 juin 2019
Les opposants à EuropaCity bloquent les travaux de la future gare
Reportage